MEURTRE

Murder! – Royaume-Uni – 1930
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Acteurs : Herbert Marshall, Norah Baring, Phyllis Konstam, Edward Chapman…
Musique : John Reynders
Durée : 102 min
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Studio Canal
Date de sortie : 5 mars 2021
LE PITCH
Un acteur est choisi comme membre d’un jury au cours du procès d’une jeune femme accusée d’avoir assassiné une amie. Convaincu de l’innocence de la jeune femme, l’acteur décide de prouver son innocence en recherchant le véritable assassin
Génie en germe
Bien moins célèbre que le matriciel (et magnifique) Chantage de 1929, Meurtre, sorti à peine un an plus tard, est pourtant une œuvre importante réalisée par un Alfred Hitchcock en pleine maturation. Pour son troisième film parlant, le cinéaste va en effet investir le genre du whodunit pour en faire un grand et passionnant terrain d’expérimentation.
Et pourtant, le whodunit, Hitch n’en a cure. Il méprise le genre, qui selon lui place le spectateur dans une position trop passive, sans l’impliquer émotionnellement (il s’en explique d’ailleurs dans le classique Hitchcock/Truffaut aux éditions Gallimard). Face au film, on sent effectivement que le sujet – un acteur de théâtre cherche à prouver l’innocence d’une jeune femme – ne le passionne pas. Le traitement de l’intrigue est lâche, à l’image d’un personnage principal (campé par Herbert Marshall) nonchalant, trop à distance des évènements. Un héros à mille lieux de ceux obsédés et investis jusqu’à l’extrême qui seront une des composantes essentielles du cinéma d’Hitchcock.
Jeune et innocent
En revanche, ce qui intéresse le réalisateur, ce sont les possibilités narratives infinies du medium cinéma, à une époque, le début du parlant, où celui-ci s’invente en direct. Ainsi, pour une séquence cruciale de monologue intérieur, Hitchcock a l’idée de faire jouer le comédien sur un enregistrement de sa propre voix (rappelons que la post-synchronisation n’existe pas encore). En fond sonore, l’ouverture de Tristan et Isolde de Richard Wagner, censément diffusé à la radio, souligne les émotions du personnage. Une musique qui est en fait jouée… par un orchestre situé derrière le décor ! Hitchcock, inventeur de formes et immense technicien, offre ainsi au public une des premières voix-off de l’histoire de cinéma, dans une séquence d’une grande efficacité narrative. Sublime. Tout comme le travelling introductif sur les différents voisins de l’immeuble à leur fenêtre, illustrant dès les premières secondes la mécanique du film, celle d’une enquête de voisinage méthodique. Ou encore le montage alterné purement symbolique en fin de métrage, entre l’échafaud qui attend le coupable et une girouette. Une superbe idée stylistique, clairement héritière du cinéma muet.
Enfin, une thématique se fait jour pour la première fois chez Hitchcock : la sexualité. Car si le mobile officiel du meurtrier est sa condition de métis qu’il cherchait à cacher, on y lit aisément en creux la problématique tragique de l’homosexualité honteuse. Et à la fin du film, c’est ce personnage qu’Hitchcock va humaniser – bien plus que le héros – dans une séquence de funambulisme virtuose et profondément touchante. Un regard bien éloigné de l’approche perverse (et fascinante) des sexualités refoulées, qui deviendra au fil des films un des axes centraux de son cinéma.
Image
Une copie usée, des raccords qui laissent parfois voir quelques images noires, une stabilité variable… Le film est ancien, mais la restauration du master n’a clairement pas eu droit au même traitement que d’autres film du maître. On peut cependant, à la décharge de l’éditeur, imaginer que les copies existantes étaient elles-mêmes dans un état moins reluisant que les œuvres plus célèbres et donc mieux conservées. Un travail honnête pour un film de 1930, mais vraiment pas exceptionnel.
Son
Une restauration tout à fait honnête. Le souffle est bien présent mais la piste sonore est suffisamment claire.
Liste des bonus
Aucun.