MAX FLEISCHER’S SUPERMAN

Etats-Unis – 1941, 1943
Support : Bluray
Genre : Aventure, Super-héros, Animation
Réalisateur : Dave Fleischer
Acteurs : Bud Collyer, Lee Royce, Joan Alexander, Jackson Beck, Jack Mercer, Grant Richards…
Musique : Sammy Timberg, Winston Sharples
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 145 minutes
Editeur : Moon Squad Studio
Date de sortie : 12 novembre 2025
LE PITCH
Avant la destruction de la planète Krypton, une petite nacelle est envoyée sur Terre. À son bord, Kal-el, un bébé recueilli par un couple de fermiers du Kansas. Quelques années plus tard, le jeune homme cache sa force surhumaine et ses superpouvoirs sous l’identité de Clark Kent, journaliste au Daily Plannet de Metropolis. Aux côtés de Lois Lane, Clark enquête sur les criminels menaçants la sécurité de la Terre, qu’il neutralise sous les traits de Superman !
« It’s Superman! »
Non Man of Steel n’est pas le vrai Superman du grand écran. Non Christopher Reeve (c’est lui le vrai au fait) n’a pas été le premier à faire rêver croire qu’un homme pouvait voler… Car à peine trois ans après la création du super-héros dans les pages d’Action Comics, les frères Fleischer lui dédiaient 17 cartoons mémorables.
Fleischer Studios, une firme légendaire dirigée par les frangins Max et Dave, qui en ce début des années 40 aurait clairement pu faire de l’ombre à Walt Disney et écraser tranquillement les cartoons de la Warner, enchainant les succès avec Koko le Clown, Betty Boop ou Popeye et s’étant même essayé au long métrage avec Les Voyages de Gulliver. Le groupe est d’ailleurs bien occupé en 41, préparant son futur Bugville, et n’est pas franchement intéressé lorsque Paramount vient lui proposer d’adapter en une série de courts métrages les aventures trépidantes du surhomme de Joe Shuster et Jerry Siegel. Les Fleischer imaginent même s’en débarrasser poliment en proposant un coût de production mirobolant… Qu’à peu de chose près la Paramount acceptera. Nous sommes alors aux balbutiements de Superman, à l’univers encore simpliste déjà largement exploré par le feuilleton radiophonique (dont les cartoons reprennent acteurs et quelques gimmicks), et la durée d’un cartoon, entre 7 et 10 minutes, ne permet pas franchement de développer des scénarios révolutionnaires. A peu de chose près chacun des 17 épisodes qui vont suivre reposent sur les mêmes arguments avec cette sotte de Lois Lane qui se met en danger pour un super article, un savant fou ou un groupe de criminels qui annoncent au monde leur futur plan et le discret Clark Kent qui s’éclipse pour se transformer en son alter-ego : « This is a job for Superman ! ». C’est simple, direct, iconique et absolument charmant.
“Faster than a speeding bullet!”
Mais ne cachons pas que ce n’est pas ce défilé de vilains de pacotille (gangsters, savants-fou…), peu à peu rejoint par un T-Rex qui ressemble étrangement à Godzilla, un robot rétro dont Miyazaki se souviendra pour Le Château dans le ciel, ou le progressif rapprochement des mini films en outils de propagande anti-jap et un un peu anti-nazi (avec Hitler en caméo) qui font vraiment la force des spectacles, mais bien leur direction artistique. Pouvant effectivement s’appuyer sur un budget des plus confortables d’environ 50000 dollars pour chaque opus (contre 25000 pour un cartoon de l’époque), le studio va ici déployer tout son savoir-faire pour aboutir a de vrais petits bijoux du cinéma d’animation. Installés dans des décors grandioses, optant pour un habile mélange de lignes simples rétrofuturistes et d’arrière-plans fouillés, les films jouent constamment avec des éclairages marqués, très film noir, une pléthore d’effet spéciaux lumineux, pour imposer en quelques plans la réalité de Superman. La ressemblance d’ailleurs avec les comics de l’époque est aussi impressionnantes que troublante, en particulier lorsque l’on pense à l’aspect caricatural et tout en rondeur des dessins animés de ces années là. Ici Superman est élancé, affiche une vraie belle gueule carrée et des proportions harmonieuses, tout comme sa futur conquête Lois Lane, gracieuse, et la plupart des personnages rencontrés, usent même de la rotoscopie (système justement inventé par les Fleischer) pour donner plus de prestance et de souplesses aux mouvements. Le charme suranné des situations, est ainsi constamment dépassé par une mise en scène méticuleuse et classieuse, piochant ouvertement dans les chefs d’œuvre de l’impressionnisme allemand et une technique d’une grande rigueur, aux prouesses aujourd’hui encore sidérantes.
“More powerful than a locomotive!”
De vrais beaux et grands classiques qui se permirent au passage de faire voler Superman pour la toute première fois de sa carrière, mais qui vont tout de même être malmené par des soucis budgétaires et les disputes incessantes entre les deux frères. Paramount rachète le studio en 1942 et le renomme Famous Studios, ne gardant plus essentiellement que les anciens assistants et collaborateurs aux postes clefs. Le budget commence à s’étioler et les directives propagandistes à prendre le pas sur l’imagination débridée des débuts. Photographie plus sombres ennemis moins survolté, et Superman est bien souvent résumé à un soldat de la fier Amérique cassant du boche et de l’asiatique jaune aux dents longues, perdant un peu de cette fraicheur enfantine originale. Les huit derniers cartoons n’en restent pas moins de très beaux objets, toujours dotés d’un soin assez unique, de séquences ambitieuses et spectaculaires (l’attaque de Superman sur les navires japonais dans Eleventh Hour), mais qui vont aussi marquer une progressive perte d’intérêt de la part des spectateurs américains et finalement l’arrêt de ce couteux mais fabuleux programme… non sans laisser en ultime image un Superman volant aux cotées de la bannière étoilée ! Un peu dommage, mais logique au vu de l’époque.
Du héros universel, voir social par instants, le Superman animé est devenu en quelques cartoons un héros patriotique faisant finalement le même cheminement que son homologue de papier. Ce dernier d’ailleurs, en retour de bon et loyaux services et tout comme les nombreuses adaptations à venir (du serial live avec ses séquences animées jusqu’aux séries Batman et Superman des années 90 par Paul Dini et Bruce Timm) n’hésiteront jamais à venir y piocher quelques idées, quelques images, quelques ingrédients mythologiques, car se sont bel et bien les cartoon Fleischer qui auront définitivement popularisé Superman dans l’esprit du grand public.
Image
Proposé en suppléments sur le premier et très beau coffret Bluray Anthologique de Superman, les épisodes de ce la série reviennent cette fois-ci entièrement restaurés et en véritable HD. Un travail entièrement effectué par la Warner aux USA, semble-t-il à partir de scan 4K à la source des négatifs Technicolor, qui a permis de faire disparaitre les très nombreuses taches, griffures et zones de décolorations qui les abimaient. L’image retrouve une propreté inédite depuis des lustres et expose fièrement une colorimétrie de nouveau intense et contrastée. Cependant, les outils utilisés par les restaurateurs ont aussi sévèrement atteint le grain de l’image, parfois encore légèrement présent, mais très loin de la finesse et des textures initiales, aboutissant à une définition certes solide, mais qui repose sur une patine souvent trop douce. Reste que ce sont là les meilleurs masters vus pour ces petits bijoux animés.
Son
Tous les cartoons n’ont pas eu l’honneur d’être doublé en français, ces derniers resteront donc visibles uniquement en anglais d’époque. Un peu dommage pour les enfants mais pas forcément pour les autres puisque le doublage n’a pas toujours bien vieilli. La version originale s’en sort bien mieux avec de petits chuintements parfois, mais aussi une clarté et un confort retrouvé.
Interactivité
Première sortie pour le tout nouvel éditeur Moon Squad Studio, le Bluray est très joliment présenté avec un fourreau cartonné iconique contenant le plus traditionnel boitier scanavo. A l’intérieur six cartes collector reprenant les croquis initiaux et sur le disque proprement dit deux interventions du journaliste Fabien Mauro. Une première vidéo revient sur l’historique complet des Studio Fleischer et la seconde explore la naissance du projet Superman et décortique les épisodes un à un, décrivant les changements de genres et d’inspirations, mais aussi soulignant à chaque fois les échos futurs de certains visions (le robot transformable, Superman qui aide l’avion à atterrir…). A chaque fois le monsieur multiplie les anecdotes et les infos, et offre un regard pointu et passionné sur le sujet.
Liste des bonus
6 cartes collector des croquis des Fleischer Studios, « Les Fleischer Studios avant Superman » : Présentation par Fabien Mauro (20’), « Superman » : Présentation par Fabien Mauro (31’).






