MATERIALISTS

Etats-Unis – 2025
Support : Bluray
Genre : Comédie romantique
Réalisateur : Celine Song
Acteurs : Dakota Johnson, Pedro Pascal, Chris Evans, Zoe Winters, Marin Ireland, Dasha Nekrasova…
Musique : Daniel Pemberton
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 116 minutes
Editeur : Sony Pictures
Date de sortie : 5 novembre 2025
LE PITCH
Une jeune et ambitieuse matchmakeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le « match » parfait et son ex tout sauf idéal.
Can’t Buy Me Love
Dakota Johnson, Pedro Pascal et Chris Evans se retrouvent pour rejouer le fameux triangle amoureux dans une comédie romantique comme seul le cinéma américain sait en produire. L’affiche est affriolante, mais le ton lui est bien moins joyeux et féerique qu’à l’accoutumé, car si encore une fois l’amour triomphe de tout (ou presque) les étapes se discutent âprement et se soupèsent avec acuité.
Après le beau drame romantique Nos vies d’avant profondément ancré dans l’héritage culturel de la réalisatrice d’origine coréenne, Celine Song s’inspire cette fois-ci de son passé de matchmakeuse. Un nouveau métier, dans l’air du temps, version moderne des marieuses d’autrefois pour une nouvelle frange huppée et citadine qui n’a plus le temps d’attendre, de chercher et d’espérer. Lucy les écoute énumérer leurs exigences d’enfants gâtés et leurs critères drastiques : âge, taille, poids, intérêts, rémunérations… A elle de trouver la perle qui « coche toutes les cases » et le partenaire qui aboutira à une union qui fonctionne et mieux, à un mariage qui augmentera le taux de réussite de la boite. Plus rien de romantique là-dedans, mais les relations sentimentales sont désormais phagocytées par les mécaniques puantes du capitalisme. L’autre est pesé et jugé comme une marchandise, comme un investissement à plus ou moins longue durée, et le tout est illustré avec une froideur frontale, un cynisme qui tranche avec la candeur les inserts « documentaire » de l’incontournable Quand Harry rencontre Sally. A la base l’idée est plus ou moins la même : apporter pour une nouvelle génération de spectateurs, et de spectatrices, la sacro-sainte comédie romantique dans un contexte et une grammaire plus contemporaine.
L’amour a aucun prix
Comme pour le film de Rob Rainer, il s’agit aussi de redonner une parole adulte aux personnages et leur permettre une véritable réflexion sur la barrière de la trentaine et la difficulté de construire une relation solide dans la frénésie du monde moderne et la culture de la conquête. La comparaison s’arrête là puisque si Celine Song reprend consciencieusement les codes du genre, du triangle amoureux aux accents de comédie du remariage en passant par l’inévitable Happy End, elle les approche avec un cynisme lucide et un réalisme étonnant. Rares sont en effet les romcom américaines où la cause de la rupture n’est pas une énième incompréhension stupide ou un quiproquo basique, mais bien la question fondamentale de l’argent, et la perception que chacun en a. Une valeur qui est au cœur de Materialists et qui crée un fossé frappant entre le séduisant Harry (Pedro Pascal), riche « fils de » faisant son chemin dans le joyeux monde de la finance et de l’apparence, et John (Chris Evans) aspirant acteur depuis des années jouant les serveurs occasionnels. Lucy (Dakota Johnson) ne doit pas simplement choisir entre deux hommes, mais bien entre deux modes de vie. La finesse et l’élégance des dialogues, la justesse de certaines situations (l’agression subie par l’une des clientes) et la précision spatiale de la mise en scène (les rencontres entre l’un et l’autre ne sont pas filmés de la même façon) donnent corps à un exercice particulièrement intéressant où chacun s’exprime avec une franchise cinglante et se livre avec un naturel qui n’est pas sans une pointe d’acide et de désenchantement. On se demande un peu du coup ce que les prologue et épilogue préhistoriques viennent faire là, rappels un peu bêbêtes et simplistes d’un romantisme qui serait naturel à l’Homme et que l’on préfèrera ignorer.
Une comédie de mœurs, un film d’amour pour les années 2020 qui n’a certainement rien de la petite balade confortable et rassurante, mais qui déclame quelques vérités bien senties et esquive admirablement la naïveté hollywoodienne.
Image
Tourné en pellicule 35 mm et converti en 4K digital pour les diverses présentations salles, Materialists n’est cependant distribué à domicile qu’au format Bluray. Un peu dommage puisque même si la photographie annonce un travail plutôt sobre et effacé, les détails et les petites attentions, minutieuses, ne manquent pas. On en perçoit d’ailleurs une bonne partie sur le Bluray de Sony, assurant un transfert solide et ferme, venant jouer avec délicatesse sur les teintes légèrement froide mais tirant vers des marrons plus confortables, soulignant la profondeur des cadres et les différentes lignes des plans. Le piqué est impeccable et le grain toujours admirablement géré.
Son
Le métrage passe beaucoup par les dialogues, filmés de manière frontale ou lors de plans rapprochés latéraux, mais toujours avec des placements assez statiques. Pas de quoi faire de grandes prouesses techniques en DTS HD Master Audio 5.1, même si le mixage déploie dès qu’il le peut quelques ambiances modernes (scènes urbaines) ou festives (les différents mariages) qui donnent un peu de vie à l’ensemble. Le tout est tout à fait harmonieux, fluide et clair.
Interactivité
Le petit making of du film ne satisfera sans doute pas les curieux qui n’y découvriront pas grand-chose sur les coulisses du film si ce n’est des acteurs et une réalisatrice qui s’admirent énormément et quelques présentations bien sages des trois personnages et du thème du film. Plus original, le segment consacré à la composition de la chanson principale du film prend le temps d’analyser les inspirations, les rythmiques et le choix des paroles avec deux des membres du groupe Japanese Breakfast. Reste tout de même pour les cinéphiles plus patients l’option du commentaire audio. Enregistré par la réalisatrice Celine Song, celui-ci revient plus largement sur l’écriture, le dispositif de la mise en scène et les souvenirs de tournage autant que professionnels de cette dernière.
Liste des bonus
Commentaire audio de la réalisatrice, Les Mathématiques de l’amour moderne ; le Making of de Materialists (17’), Immersion avec Japanese Breakfast (11’).






