MARAT / SADE

The Persecution and Assassination of Jean-Paul Marat as Performed by the Inmates of the Asylum at Charenton Under the Direction of the Marquis de Sade – Royaume-Unis – 1967
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Peter Brook
Acteurs : Patrick Magee, Ian Richardson, Michael Williams, Clifford Rose, Glenda Jackson, Freddie Jones, …
Musique : Richard Peaslee
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 120 minutes
Editeur : Potemkine Films
Date de sortie : 7 octobre 2025
LE PITCH
En 1808, à l’asile de Charenton, le marquis de Sade, qui s’y trouve détenu comme patient, monte des pièces avec le concours des aliénés. Il présente ainsi une reconstitution de l’assassinat de Jean-Paul Marat, au cours de laquelle il entame lui-même une discussion avec son personnage sur la philosophie de la révolution.
Les diables
Version filmique d’une représentation théâtrale déjà imaginée par le même Peter Brook (Sa majesté des mouches, Le Roi Lear, Le Mahâbhârata…) d’après la pièce conceptuelle de l’allemande Peter Weiss, Marat / Sade confronte les deux philosophes révolutionnaires dans un tableau intense et délirant.
Pendant son internement à l’asile de Charenton, après avoir été chassé de la Bastille suite à ses nombreuses frasques, le Marquis de Sade fut invité à monter durant quelques années des pièces de théâtre dans un but thérapeutique, mêlant acteurs professionnels et patients des lieux. De ces créations, il ne reste aujourd’hui plus aucune trace, mais l’épisode suffit au dramaturge Peter Weiss pour imaginer ce qu’aurait pu donner une pièce de théâtre sur l’assassinat de Marat rédigé et mis en scène par le chantre du chaos. Une performance délirante mêlant grands débats philosophiques sur la notion de révolution, sur la nature violente de l’être humain, sur l’échec des révoltes populaires et la stature des deux hommes dans l’histoire. Tout cela se couple avec des morceaux chantés truculents, des échappées vers la farce et le tout dans un bordel vaguement maitrisés puisque pendant la performance, les malades continuent de composer avec leurs pathologies : pas évidents pour l’interprète de Charlotte Corday qui doit batailler avec sa narcolepsie et ses divagations somnambuliques tout en évitant les avances effrénées d’un Monsieur Dupere joué par un pervers sexuel. Une œuvre influencée par les recherches de Brecht, par les échos du théâtre de la cruauté, aux lisières du théâtre conceptuel et de la pure performance, qui joue de la même façon sur la perspective méta, plaçant les spectateurs en lieu et place des bourgeois de l’empire qui venaient se régaler de cette folie populaire.
Bouleversements historiques et scéniques
Après avoir connu un énorme succès pour sa création avec la Royale Shakespeare Company en 1966 (auréolé de quatre Tony Award dont celui de la meilleure pièce), le metteur en scène Peter Brooke décide de transposer l’essai sur écran de cinéma, reprenant au passage la même troupe d’acteurs où l’on reconnait le magnétique Patrick Magee (Orange Mécanique, Barry Lyndon…) en Sade et la formidable et fiévreuse Glenda Jackson (Marie Stuart Reine d’Écosse, Music Lovers…) dans celui de Charlotte Cordey. Plutôt que de n’en proposer qu’une simple captation, celui qui vient de signer le très fort Sa majesté des mouches, en démultiplie la mise en perspective, reprenant l’espace scénique circulaire et fermé (pas loin de l’arène de cirque), figurant le premier auditoire telles de simples ombres, mais installant surtout ceux du film à des places plus proches, plus déstabilisantes, régulièrement comme pris à partie par les différents acteurs / personnages. Emporté dans les délires constants du textes, mélange d’envolées baroques et de concepts particulièrement complexes, le spectateur devient témoin, partie prenante, comme invité au débat constant, menacé à son tour par la folie communicative qui s’empare de la troupe bigarré, échos d’une foule toujours prompte à renverser les oppresseurs et les officines du pouvoirs.
Metteur en scène théâtral de génie et réalisateur passionnant, Peter Brooke réussit véritablement à dépasser la notion de l’adaptation d’un art à un autre pour marier à la perfection les deux formes et leurs outils respectifs. Cela ne veut certainement pas dire que « La persécution et l’assassinat de Jean-Paul Marat interprété par les détenus de l’asile de Charenton sous la direction de Monsieur de Sade » de son vrai nom est une proposition aisément accessible, mais qu’en tout cas la résultante et importante, novatrice et fascinante.
Image
Film rare Marat / Sade nous parvient enfin en Bluray, des années après une ancienne VHS depuis longtemps perdue, et avec un nouveau master 2K. Une restauration compliquée manifestement qui alterne le très bon avec des plans limpide, précis et bien creusés, et d’autres beaucoup plus chahutés, encore parsemés de restes de petites taches diverses et de grumelages bruités. Le piqué oscille mais le plus souvent du bon conté et l’ensemble préserve très efficacement son grain d’origine et une colorimétrie tranchée.
Son
Le mono d’origine est proposé dans un DTS HD Master Audio bien posé, clair et assez équilibré. Les disparités entre certaines voix et les effets de distance et de profondeur sont dus à la captation d’origine et ajoute au « fouillis » volontaire de la prestation.
Interactivité
Un tel film avait forcément besoin de quelques suppléments pour venir éclairer la démarche, les références et le contexte du métrage. En seulement deux bonus Potemkine réussit à livrer toutes les clefs nécessaires. La rencontre filmée avec Peter Brook en 1996 aborde essentiellement le film par le biais de ses origines théâtrales, de sa quête de sens, sa mise en perspective et sa captation qui s’efforce d’en préserver l’énergie et l’immédiateté. Enregistré pour l’édition, la présentation de l’essayiste Pacôme Thiellement traverse les grands épisodes de la vie de Sade (avec truculence), revient sur sa redécouverte philosophique au 20eme siècle, les évènements historiques réels, les courants d’idées qui s’opposent dans le film, sa réflexion propre et la mise en perspective de la Révolution française avec le monde contemporain. Un segment très didactique, accessible et érudit servi par un monsieur passionnant et passionné.
Liste des bonus
« À propos de « Marat/Sade » : Interview de Peter Brook par Fabienne Pascaud (1996, 17’), « Sade et Marat vont en bateau » par Pacôme Thiellement (2025, 41’).







