LUZ LA FLEUR DU MAL

Luz – Colombie – 2019
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Juan Diego Escobar Alzate
Acteurs : Yuri Vargas, Marcela Robledo, Andrea Esquivel, Jim Muñoz, Conrado Osorio
Musique : Brian Heater
Durée : 104 minutes
Image : 2.35
Son : Espagnol DTS HD Master Audio 2.0
S-T : Français, finlandais, italien, portugais…
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 31 décembre 2023
LE PITCH
De nos jours, dans un petit village isolé au milieu des montagnes colombiennes – Une communauté vit comme au Moyen-Âge sous le joug d’un prédicateur nommé El Señor, qui dirige la population d’une main de fer et retient prisonnier un enfant nommé Jesus, censé être le Nouveau Messie. Le comportement d’El Señor finit par semer le trouble et le chaos au sein des villageois, et notamment ses trois propres filles.
à l’aube
Projection sensation du Festival de Sitges en 2019, Luz La Fleur du mal et son exploration mystique d’une communauté sectaire perdue dans les montagnes colombiennes est effectivement un film étrange, contemplatif et sensitif. Un drame en mode folk horror où de la foi ne peut naitre qu’un mal dévorant.
Pour son premier long métrage, Juan Diego Escobar Alzate affirme un film monde, concentré sur un lieu retranché à l’écart de presque toute civilisation, dans un paysage paradisiaque et primitif, entre les montages, la jungle, les cascades et les nuits sous une pluie d’étoiles. Comme un retour à l’aube de l’humanité qu’aurait choisi une petite communauté entièrement sous la coupe d’El Senior, gourou magnétique, sombre et habité. Un homme obsédé par le retour du mal, par l’omniprésence du péché qu’il guette en particulier chez trois jeunes filles qui vivent dans son toit, et qui n’hésite pas à enchainer un petit garçon blond dans son jardin afin de vérifier s’il est le christ personnifié. Mais naturellement l’ordre établi, et sa bestialité étouffée, va peu à peu s’effriter par la découverte d’un magnétophone oublié dont les notes de Mozart semblent ouvrir une porte, charnelle, humaine, comme une brise de liberté retrouvée qui va peu à peu secouer les fidèles et faire trembler l’autorité. Mais dans Luz l’émancipation n’a rien de l’acte libérateur, car celle-ci s’accompagne de ténèbres insidieuses qui glissent entre les cadres et rejaillissent d’un ordre naturel qui peut s’avérer des plus oppressants.
Le Roi sur la montagne
Comme dans le sublime The Witch de Robert Eggers, c’est la structure fermée, l’obscurantisme et la servitude qui donnent naissance à leur propres démons, mais ici la lumière n’est pas écrasée par un quasi noir et blanc glaçant, mais célébré par une photographie ultra saturée, par des couleurs puissantes, des matières omniprésentes qui ne font que souligner l’absurdité presque animale de ce mode de vie, entre connexion parfaite à un essentiel plus simple et naturel et l’obéissance à un carcan de croyances qui en rejette justement les fondements. Il y a quelque chose de l’odyssée d’Aguire dans cet aveuglement face à un paysage à l’abondance mortifère, quelque chose de Jodorowsky et de ses westerns mystiques dans une imagerie christique qui vrille à la folie symbolique, mais l’œuvre réussit à trouver son propre chemin dans ses lents recueillements face à l’illumination cinématographique, dans sa quête constante d’une extase esthétique à la lisière de l’enluminure.
Une direction qui a forcément un peu tendance à se laisser aller à l’exercice de style, à une certaine prétention dans son dernier tiers où, malgré une scène choc particulièrement corsée, le film n’arrive pas totalement à emporter son souffle sacré jusqu’à la bacchanale attendue. Juan Diego Escobar Alzate fait en effet le choix de maintenir un rythme égal, assourdi, certes maitrisé dans ses contours, mais finalement trop cru pour définitivement entrainer le spectateur jusqu’à terme. Des faiblesses « autistiques » finalement assez classiques dans un premier film et qui n’enlève rien aux qualités évidentes du jeune cinéaste et au pouvoir hypnotique d’une bonne partie du voyage.
Image
Superbe copie qui vient retranscrire à la perfection les intentions artistiques initiales avec en particulier cette photographie d’une chaleur intense, ultra contrastée et retravaillée en post production. Les couleurs sont splendides et explosent sur chaque plan comme des touches de peintures, s’accompagnant d’une définition idéale, généreusement creusée, toujours rehaussée d’un grain volontairement prononcé. Gros plans et panorama impressionnent par leur piqué et même les longues et terribles séquences nocturnes ne montrent aucun signe de faiblesse.
Son
N’ayant jamais été doublé (et ce n’est pas bien grave) le film n’est donc disponible que dans sa version originale espagnole en DTS HD Master Audio 5.1 particulièrement tendu. Le travail affirmé sur le mixage accompagne parfaitement le minimalisme narratif, mais lui apporte aussi une amplitude imposante, jouant constamment sur les atmosphères naturelles (vent, bruit de l’eau, frémissement des plantes…) peu à peu perturbées par des éléments plus « surnaturels ». Les dialogues sont tout aussi dynamiques, voir nerveux parfois, et donnent une vraie présence à la folie des lieux.
Interactivité
Pour Luz, Le Chat qui fume n’a même pas eu à se creuser la tête pour remplir son édition puisqu’à priori tout avait déjà été produit par l’équipe colombienne. En particulier avec deux très long documentaires, le Making of du film et l’aventure de ce dernier à Sitges, contés comme des reportages vidéo (avec filtres VHS et couleurs crados) et qui suivent pas à pas le réalisateur et son équipe au jour le jour. Que ce soit dans la jungle colombienne ou dans l’ambiance festive de la ville espagnole, les images alternent entre la simple chronique prise sur le vif, les petites anecdotes capturées sur les lieux de tournages, et les interventions diverses du cinéaste, des acteurs ou autres, autant sur la préparation du film, le tournage que sa réception. Du gras forcément, mais aussi plein de moment particulièrement intéressants. L’édition s’achève sur un lecteur permettant d’écouter l’intégralité de la bande originale du film et un clip de métal bien vénère réalisé par le même Juan Diego Escobar Alzate.
Liste des bonus
Making of du film (58’), L’expérience Sitges (49’), Musique du film, Clip vidéo: The Scum – Dead Eyes, Film annonce.