L’UNION SACRÉE

France – 1989
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier
Réalisateur : Alexandre Arcady
Acteurs : Richard Berry, Patrick Bruel, Bruno Cremer, Claude Brasseur, Marthe Villalonga, Corinne Dacla, Saïd Amadis…
Musique : Jean-Jacques Goldman, Roland Romanelli
Durée : 122 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Aucun
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 21 avril 2021
LE PITCH
Simon Atlan est un des meilleurs éléments de la Brigade des Stupéfiants. Karim Hamida est un militaire de la D.G.S.E. travaillant dans l’ombre. Simon est juif, Karim est arabe. Rien n’aurait dû les réunir. Les deux hommes vont pourtant devoir faire équipe lorsqu’un réseau de terroristes menace la sécurité du pays.
Nul n’est prophète en son pays
Retrouvant ses acteurs déjà fétiches, Patrick Bruel et Richard Berry, tout en réussissant à s’adjoindre un certain Jean-Jacques Goldman à la bande originale, Alexandre Arcady signait avec L’Union sacrée l’un des films évènements de l’année 1989. Un buddy movie bien de chez nous avec quelques notes plus épicées venues d’Afrique du Nord.
Révélé par la douce chronique autobiographique Le Coup de Sirocco, Alexandre Arcady a essentiellement construit son cinéma sur la particularité de ses origines et de sa culture. Celle des pieds noirs d’Afrique du Nord, de la communauté juive de France, qu’il célèbre entre comédies souriantes et mélancolie amer. Mais il a aussi toujours rêvé d’une autre forme d’élévation, celle vers un spectacle plus universal, ou en tout cas plus grand public, calqué sur le modèle américain. Pas si étonnant alors de le retrouver aux commandes d’un show Belmondo en 85, Hold-Up, ou de le voir dès son second film rejouer Le Parrain en mode séfarades. Dans cette même idée de réappropriation d’un modèle américain, L’Union sacrée est ni plus ni moins qu’un buddy movie hexagonal, jouant généreusement sur la même opposition entre deux flics voués à se détester, mais qui vont devoir collaborer le temps d’une enquête difficile. Si la partition des oppositions de caractère est bel et bien présente avec d’un côté un Patrick Bruel impétueux et fébrile de l’autre un Richard Berry calme et cérébral, l’approche se dédouble par l’ajout marqué de la question identitaire. Bruel est juif et fier de l’être, Berry est arabe et défi les préjugés du premier. D’autant plus central que leur opposant est un attaché d’ambassade (flippant Saïd Amadis), qui prépare à coup de drogues, d’endoctrinements et d’attentats à la mitraillette en pleine rue, le djihad en France.
Sus à l’anti-France
Une menace encore un peu fantasque alors, surtout dans le cadre d’un polar parfois grandiloquent, mais finalement assez tristement visionnaire au vu des actualités récentes. Le film s’arque d’ailleurs sur trois évènements célèbres : L’attentat de la rue des Rosiers qui fit six morts et vingt-deux blessés en août 1982 (la scène centrale du film en est une reconstitution sur les lieux même), le meurtre d’une policière britannique tuée devant l’ambassade libyenne à Londres en 1984 et l’affaire Gordji du nom d’un diplomate de l’ambassade d’Iran à Paris soupçonné de superviser des réseaux islamistes en France et qui fut extradé en catimini. Bien ancré dans l’actualité donc, L’Union sacrée joue la carte de la réconciliation et du dialogue entre les deux cultures, dont le film s’efforce, parfois maladroitement, d’en rappeler toutes les similarités. Malgré la sincérité et la nécessité du message, le film ne manque malheureusement pas de lourdeurs, propres à la personnalité de son metteur en scène qui, comme trop souvent, ne peut s’empêcher de s’éparpiller inutilement. Le trio amoureux avec Corinne Dacla (jolie mais cata) au centre était totalement inutile, les longues échappées sur la vie familiale de chacun tout autant et force est de constater que la deuxième heure a alors tendance à tourner un peu en rond. Arcady se montre bien plus efficace dès lors qu’il délaisse les grands élans d’émotion lourdement soulignés par la bande originale parfois sirupeuse de Jean-Jacques Goldman et son arrangeur Roland Romanelli, pour s’engouffrer totalement dans le film d’action urbain, le buddy movie justement. Les prises de têtes entre les deux flics fonctionnent à merveille, émaillés de dialogues bien cinglants, les scènes d’action sont solidement charpentées et très efficaces jusqu’à ce grand élan, on ne peut plus franchouille, d’envoyer Bruel sur une grue au-dessus des toits de Paris pour une grande cascade à la Belmondo.
Incontournable du cinéma popu des années 80, multi rediffusé à la télévision, L’Union sacrée est d’autant plus sympathique que jamais plus Arcady ne tiendra aussi bien la corde (voir Comme les 5 doigts de la main et mourir) et que cet esprit, fédérateur couillu, semble avoir définitif déserté notre pauvre cinéma français.
Image
Passé entre les mains de Metropolitan puis Universal pour le DVD, L’Union sacrée passe en HD chez ESC, et ça lui va très bien. Pas facile de trouver les sources pour la restauration en question, mais le résultat est là avec une image parfaitement propre et stable, une photographie rehaussée et des contrastes plus marqués. Et la définition est largement à la hauteur avec une définition pointue et un léger grain de pellicule harmonieusement présent. Un vrai coup de jeune.
Son
Déjà disponible sur les galettes SD, le mix 5.1 se retrouve désormais présenté avec un DTS HD Master Audio plus fluide et plus souple. Pas de grandes effusions spatiales cependant. Les puristes (et les pauvres) auront cependant la bonne surprise de pouvoir visionner le film avec le Dolby 2.0 d’origine redoré en DTS HD Master Audio 2.0. Dans les deux cas, aucun souci technique à signaler cela va de soi.
Interactivité
Très complète l’édition Bluray de L’Union sacrée a la bonne idée d’aller récupérer les suppléments produits pour le DVD « Prestige » de 2002. Soit une petite série de quatre interviews, mais particulièrement complètes où les deux acteurs, le réalisateur et son scénariste reviennent sur l’expérience du film un peu plus de dix ans après. Son petit lot d’anecdotes et de nostalgie se suit avec plaisir et est parfaitement complété par un making of produit en 89, mêlant images de tournages et interventions (un peu promo) de l’équipe du film. Un document qui a certes vieilli techniquement mais qui reste précieux pour les amateurs du film.
Pas bégueule, ESC propose en sus une rencontre inédite avec Alexandre Arcady. Un long entretien sobre mais passionnant où le cinéaste retrace toute la gestation du film, de sa première forme en série TV aux petits soucis dans les choix du casting, jusqu’à une cascade jusque dans l’appartement de Roger Hanin, n’oubliant pas bien entendu de revenir sur les thèmes très sérieux du film, et tristement annonciateurs.
Liste des bonus
Entretien avec Alexandre Arcady (30’), Making of (36’), Clip « Brothers » de Carole Fredericks, Interviews d’archives 2002 : Patrick Bruel, Richard Berry, Alexandre Arcady, Daniel Saint-Hamont (45’).