LUNE FROIDE

France – 1991
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Patrick Bouchitey
Acteurs : Patrick Bouchitey, Jean-François Stévenin, Karine Nuris, Jean-Pierre Bisson, Laura Favali, Silvana de Faria, Roland Blanche…
Musique : Didier Lockwood
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Aucun
Durée : 92 minutes
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 18 décembre 2023
LE PITCH
Inséparables, Simon et Dédé ont des vies bien différentes. Le premier occupe un poste dans une poissonnerie, tandis que, musicien en échec, vivant chez za soeur et son beau-frère, le second semble ne rien faire de productif. Malgré leurs différences apparentes, ils partagent une amitié solide et passent souvent de longues heures à bord de la voiture de Dédé. Ce dernier aime taquiner Simon en mentionnant de temps en temps une « sirène », allusion qui semble fortement l’irriter.
Le chant de la sirène
Grand, très grand acteur français, inoubliable curé chantant dans La Vie est un long fleuve tranquille ou animateur trop ambivalent dans La Meilleure façon de marcher, Patrick Bouchitey est un réalisateur encore plus rare. Un Imposture en 2005 aujourd’hui invisible et ce premier Lune froide, enfin remis à avant grâce à une superbe restauration 4K.
Une œuvre forcément atypique née d’une simple passion pour l’œuvre de Bukowski et ses Nouveaux contes de la folie ordinaire, dont Bouchitey, accompagné de l’excellent Jackie Berroyer à l’écriture, extrait la nouvelle La Sirène baiseuse de Venise, Californie, qu’ils transforment en conte enchanté et douteux pour deux gaillards bien franchouilles, Simon et Dédé, héros en état d’ébriété du court métrage de 1988. Lune froide première version, entièrement concentré sur cette étrange nuit où les deux potes, borderlines à souhait volent pour déconner un cadavre et découvre qu’il s’agit de celui d’une superbe jeune femme. D’un sujet plus que casse-gueule (on parle là de nécrophilie), le jeune réalisateur réussit à extirper une curieuse poésie, baroque et décalée et même un romantisme lyrique porté par un noir et blanc sublime et une magnifique double prestation, la sienne en crétin rigolard et celle de Jean-François Stévenin, déjà bouleversante. Remarqué par Luc Besson via Jean Reno (comme quoi), le projet se transforme en long métrage, permettant alors de développer la curieuse relation des deux gaillards, désormais hantés par ce curieux épisode repris presque tel quel en guise de flashback final.
Comme du sable qui crisse
Peut-être encore plus aujourd’hui, les deux figures nocturnes touchantes, marrantes, terriblement humaines, montrntye dès lors plus avant leurs aspects les plus pathétiques, misérables. Le noir et blanc toujours superbe de Jean-Jacques Bouhon (Les Prédateurs de la nuit, Les Choristes…) se fait certainement moins féérique, alors que les nuits passent et que le film se transforme en road-trip de la moderne solitude. Un quelque chose forcément de la comédie noire néoréaliste italienne, de sa descriptions d’un monde populaire balancé entre binouzes au bar entre beaufs, saillies misogynes à souhait et murges totales jusqu’au bout de la nuit… L’occasion d’un défilé de copains (Jean-Pierre Bisson, Roland Blanche, Hubert Saint-Macary, Patrick Fierry, Jean-Pierre Castaldi… ) dont chaque apparition vient encore creuser cette sensation d’une cour des miracles où les femmes sont le plus souvent inaccessibles, ou tristement offertes, soumise comme un bout de viande. On s’amuse forcément des conneries inénarrables de Simon et Dédé, toujours au bord de l’effondrement, de la chute terminale, sur le fil, rêveurs pathos à l’horizon bouchés incapables de s’échapper de leurs conditions, peut-être plus encore depuis qu’ils ont franchis cette ligne qui ne se laissera revoir que dans les dernières minutes. Grande gueule, féru de rock amerloque (« les ptites bites » au lieu de Let it Be) et de blagues poussives et régulièrement bien gênantes, le Dédé toujours presque inquiétant de Bouchitey semble constamment tirer le pauvre Simon de Stévenin, vers le bas, vers une médiocrité plus animale et sordide.
Un couple de potes toxiques perdus dans une nuit sans fin aux relents de vieux vomis et d’alcool frelaté où finalement cette morte au corps si vivant aura été presque le seul moment d’enchantement. On adapte Bukowski ou on ne l’adapte pas…
Image
Le Chat qui fume propose ici naturellement la toute récente restauration 4K du film. Un travail toujours particulièrement soigné avec un nettoyage en règle des photogrammes, une stabilisation des images et surtout une photographie qui retrouve toutes ses nuances et son implacable beauté. Le noir et blanc est éclatant avec une finesse toute particulière portée sur les gris, aux ravissants reflets argentiques, et le support UHD permet comme jamais de sculpter l’image avec un léger reliefs et des matières vibrantes et organiques. Plus beau qu’en 91 certainement.
Son
Toujours aussi sobre et centrale avec une nette prédominance des dialogues, la piste mono d’origine, rafraichie, est disposée en DTS HD Master Audio. De quoi tout de même redonner un boost d’énergie aux classiques du rock utilisé, aux compositions de Didier Lockwood mais aussi à quelques dissonances angoissantes voulues par le réalisateur.
Interactivité
Nouveau packaging pour Le Chat qui fume qui s’essaye avec cette nouvelle vague de titres (parmi lesquels Massacre pour une orgie, Otalia de Bahia et Le Cœur battant) au format Mediabook. Une ligne toujours très sobre et un petit livret piqué en son centre avec une sélection de très belles photos de tournage. Dans la couverture on trouve aussi bien entendu le disque UHD (où le film se lance directement sans menu) et un Bluray plutôt chargé question interactivité.
Une très courte introduction au film à regarder en préambule, mais surtout une toute nouvelle interview de Patrick Bouchitey qui revient avec plaisir sur son premier long métrage, le court métrage initiale, l’implication de Luc Besson, la collaboration de nombreux amis acteurs mais aussi des relations parfois compliquées et tendues avec un Jean-François Stévenin exigeant et lunaire. On peut d’ailleurs observer certains de ces moments étranges, entre colère, lassitude et philosophie, entre le metteur en scène et son acteur dans le très bon Making of datant déjà de quelques années. Les images n’en sont pas moins toujours aussi franches et pertinentes. Coté archive on découvre aussi quelques images de rushes (entre préparation des scènes et scènes coupées) et les recherches esthétiques et physiques pour le rôle de la sirène avec différentes jeunes femmes. Enfin, l’éditeur nous glisse aussi la version court métrage de Lune Froide (en grande partie réutilisé dans le long) lui aussi restauré en 4K. Un objet inespéré pour tout ceux qui espéraient pouvoir revoir ce film un jour dans de bonnes conditions.
Liste des bonus
Un livret collé de photos du tournage par Jean-Claude Chuzeville (26 pages), Introduction par Patrick Bouchitey (1’), « La Lune de Patrick Bouchitey » : interview de Patrick Bouchitey (22’), Court métrage : « Lune froide » de Patrick Bouchitey (1988, 27’), « Morceaux de Lune » : rushes du court métrage (7’), Le casting de la Sirène (2’), Making of d’époque (24’).