LIQUID SKY

Etats-Unis – 1982
Support : Bluray
Genre : Science-Fiction
Réalisateur : Slava Tsukerman
Acteurs : Anne Carlisle, Paula E. Sheppard, Susan Doukas, Otto von Wernherr, Bob Brady…
Musique : Brenda I. Hutchinson, Clive Smith, Slava Tsukerman
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 113 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 mai 2025
LE PITCH
À New York, durant les années 1980, Margaret, modèle pour des magazines underground, occupe le dernier étage d’un gratte-ciel en compagnie d’Adrian, une chanteuse new-wave. Autour des deux jeunes femmes gravite toute une faune de marginaux qui, comme elles, sont accros à l’héroïne et au sexe. Leur mode de vie a attiré une race d’extraterrestres minuscules, dont le vaisseau spatial s’est posé sur le toit de leur immeuble. En effet, ceux-ci se nourrissent d’opium, et plus précisément de cellules opiacées se trouvant dans le cerveau humain au moment de l’orgasme.
Loving The Alien
OFNI ayant traversé le ciel vide du cinéma arty des 80’s sans véritablement provoquer de fracas, Liquid Sky a pourtant gravit peu à peu les échelons du cinéma culte, célébré par quelques fans allumés et cinéphiles curieux. Une expérience étrange et assez unique, plongée éreintante dans un underground new-yorkais tombé sous le contrôle libidineux d’extraterrestres…
Immigrés russes débarquant dans le milieu de la création azimuté new-yorkais après un bref passage par Israël, Slava Tsukerman et sa femme, ont manifestement pris de plein fouet la créativité locale, la frénétique communauté d’artistes, la production totalement libre, la fausse décontraction, les nuits passées d’un club à l’autre et surtout cette exubérance fluo des années 80. Le film y plonge tête baissée, s’engouffrant dans un microcosme bariolé, maniéré, théâtral, célébrant furieusement les accents de la New Wave, magnifiant toujours autant les exubérances du Glam et dressant le portrait d’icônes obscures prenant les poses, se jaugeant, se séduisant pour toujours mieux se perdre. C’est que derrière les néons pimpants, les maquillages abusés et les ténues improbables renvoyant à la gloire esthétique de l’époque et donc une certaine idée de la démonstration et de la frivolité, apparait rapidement une totale vacuité. Un vide, un désespoir, une médiocrité même pourquoi pas, reflet direct d’un monde de la mode et de l’apparence qui obsède, avec le sexe, chacun des personnages esquissés dans le film. Margaret en particulier, véritable petite star de la bande, est une créature foncièrement désespérée, abordant sa coiffure pseudo-punk et ses fringues in tout en dansant de manière désarticulée sur l’électro indus pour mieux cacher sa quête d’un but, d’une raison, d’une identité. Pas étonnant qu’elle passe son temps à tromper sa petite amie performeuse / chanteuse, quelle se donne aux uns et autres par abandon, acceptant même les actes forcés, les viols et laissant une séance photo dégénérer en une fellation publique donnée à son double masculin détesté (et joué par la même Anne Carlisle).
Une chute sur papier glacé
Et que viennent faire les aliens dans tout ça ? Pas grand-chose finalement, leur minuscule soucoupe posée sur le toi de l’immeuble où vivent Margaret et Adrian, ils se nourrissent de substances qui s’échappent du corps des humains à chaque orgasme mais tuent dans le même temps les malheureux chanceux : « I Kill with my cunt ! ». Invisibles, si ce n’est par des visions subjectives qui annoncent celle du futur Predator, ces créatures venues d’ailleurs, quasi-personnification des drogues que tout le monde s’enfile ici, ne sont qu’une curiosité parmi beaucoup d’autre dans cette expérience déroutante et hallucinée qui ressemble surtout à un sacré bad trip, une chronique cruelle d’une génération paumée et en pleine autodestruction. Le film se perd souvent dans ses expérimentations narratives et formelles, dans son accumulation de séquences sensitives et ses parenthèses bis et presque parodiques (toute la trame parallèle avec les voisins pensant au cul en observant la soucoupe dans une jumelle voyeuriste), mais fascine régulièrement par des séquences hors-mondes, un montage abrupt de vidéoclips et par les sensations psychédéliques et cauchemardesques assénées par une bande sonores entêtante et étouffante. Entre orchestrations de jeux vidéo Amstrad, échos à la Jan Hammer avant l’heure, battements industriels et tempos rave, ces musiques précurseurs électrisent et fatiguent mais ne laissent certainement pas indifférent.
Venues de nulle part, tourné pour pas grand-chose, retombé longtemps dans l’oubli, Liquid Sky est certainement le tout dernier des Midnight Movies, ces œuvres conçues durant les années 70/80 en dehors des circuits mainstream et habitant les séances nocturnes de salles expérimentales et populaires, habitées de curieux et de spectateurs avides de sensations nouvelles. Un film unique, pour le meilleur et pour le pire, mais qui effectivement se doit d’être vu et vécu.
Image
En provenance des camarades de Vinegar Syndrome, cette nouvelle copie de Liquid Sky est issue d’un scan 4K des négatifs 35mm originaux suivi d’une restauration creusée et éprouvée. Tout est parfaitement stable, les plans sont parfaitement propres, et le film renait littéralement à l’écran assurant des plans à nouveaux extrêmement coloré et contrasté, et un piqué ferme et précis. Les années 80 dans toute leur splendeur emballée par des textures admirablement dessinés, une profondeur naturelle et surtout un grain de pellicule vibrant et organique. Superbe.
Son
Liquid Sky préserve son mono d’origine, nettoyé et rafraichi pour l’occasion, restitué ici en DTS HD Master Audio 2.0. Si les dialogues sont clairs et centrés, sans perdition notable, la bande sonore est surtout totalement habitée par les musiques massives et entêtantes qui semblent, volontairement, occuper tout l’espace.
Interactivité
A film rare et culte, Le Chat qui fume répond comme il se doit par une édition particulièrement chargée. Le suplément central est ici « Liquid Sky Revisité », documentaire rétrospectif signé par le réalisateur en personne, Slava Tsukerman, qui voulu replonger dans l’expérience du film après que le fameux OVNI soit tombé du haut de son étagère. On y croise à peu près toutes les personnes impliquées dans la fabrication du film, et en particulier une bonne part de la troupe d’acteurs, et on y revient entre plusieurs extraits de vidéos des répétitions ou des essais, sur la dynamique artistique du film, l’idée de départ, sa mise en forme, l’esprit de groupe (et plus) qui naquit durant le tournage. Il y est aussi question des influences principales et des courants qui animaient tout ce beau monde à l’époque, et de ces chers disparus dont Deborah Jacobs Welsh tuée lors de l’attaque terroriste du vol United Airlines 93.
Pour aller plus loin, le disque comprend aussi des interviews supplémentaires du réalisateur et de l’actrice / scénariste Anne Carlisle qui forcément répètent certains propos et informations mais creusent un peu plus au passages leurs parcours personnels avant et après Liquid Sky, ainsi que l’intégralité des vidéos de répétitions, une ouverture un peu alternative et des scènes coupées / rallongées / ratés présentées sans le son original. Enfin l’excellente surprise pour les mélomanes aventureux est la présence ici de l’intégralité de la bande originale en bonus.
Liste des bonus
« Liquid Sky revisité » (53’), Interview de Slava Tsukerman (16’), Interview de Anne Carlisle (10’), Séquence d’ouverture alternative (10’), Le tournage de Liquid Sky (12’), Scènes coupées (13’), La musique du film (32’), Galerie photos (2’), Bande-annonce.






