LINK

Royaume-Uni – 1986
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Richard Franklin
Acteurs : Elisabeth Shue, Terence Stamp, Steven Finch, Richard Garnett…
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 103 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 et mono, Français DTS HD Master Audio mono
Sous-titres : Français
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 30 novembre 2021
LE PITCH
Étudiante américaine en zoologie, Jane Chase persuade le Dr Steven Phillip de l’engager durant les vacances d’été comme assistante dans le vaste manoir de style victorien où il vit seul, au pied d’une falaise du nord de l’Angleterre. S’il enseigne à l’Université des Sciences de Londres, l’anthropologue travaille aussi en secret sur le fameux chaînon manquant entre l’Homme et le singe. Une fois arrivée, Jane fait la connaissance des chimpanzés Imp et Voodoo, et de l’intrigant Link, un orang-outan vêtu d’une livrée de majordome.
La planète du singe
Tout de même auréolé d’un Prix Spécial du jury au festival d’Avoriaz Link est cependant un opus un peu oublié des invasions simiesque des années 80. Un thriller trouble et efficace qui fut souvent mal distribué et présenté uniquement dans des versions tronquées qui revient grâce au Chat qui fume en copie restaurée et un montage « version longue » miraculé.
Réalisateur incontournable de la fameuse ozploitation à laquelle il contribua fièrement avec Patrick et Déviation mortelle, Richard Franklin aura naturellement répondu aux sirènes de l’international et du système hollywoodien en acceptant le projet particulièrement délicat de Pychose 2. Fin connaisseur de l’œuvre d’Hitchcock et cinéaste plus que capable il s’en sort avec les honneurs, connaît un joli succès, mais refuse de poursuivre avec un troisième épisode. Refusant aussi quelques suites de slashers à la mode, il préfère embrayer avec la comédie d’espionnage / fantastique Jouer c’est tuer, et surtout Link qui lui permet de retrouver son compère d’écriture Everett De Roche (Long Weekend, Harlequin, Razorback…). Un nouveau film de genre, mais qui une fois encore fait un pas de côté avec les codes choisis, déjouant quelque-peu les attentes du public. Dans le domaine de la menace animale, le film choisit justement de ne pas donner d’alibi scientifique ou fantastique à la violence perpétrée par Link. Pas d’explications finalement autre qu’un singe devenu psychotique, dont les instincts meurtriers vont exploser avec l’arrivée de Jane (amusant), incarné par la toujours charmante Elisabeth Shue (Karaté Kid, Nuit de folie, Retour vers le futur 2).
L’homme descend du singe et vice-versa
Une jeune femme avec laquelle il va avoir un comportement de plus en plus ambigu, passant de la curiosité à des regards insistants, dérangeants, voyeuristes, en particulier lorsqu’il débarque alors que la jeune femme prend sa douche. Toute la première partie du film prend d’ailleurs un malin plaisir à humaniser ce personnage, à l’anthropomorphiser aux yeux des spectateurs, prenant son parti lorsque celui-ci et ses deux congénères, sont rabroués par le scientifique campé avec un flegme autoritaire par l’excellent Terrence Stamp, menacé et même revendus comme de quelconques objets. Revanche pure ou rébellion face à une humanité civilisée qui se pense au-dessus de reste de la création ? Link ne tranche pas et transforme son sympathique orang-outang grimé en chimpanzé géant, vêtu comme un majordome et fumant des cigares qu’il s’allume lui-même (souvenir de ses années de cirques), en véritable sociopathe qui séquestre Jane dans la gigantesque demeure victorienne. Un aspect huis clos, rapidement étouffant, que Richard Franklin ne peut s’empêcher (chassez le naturel…) de rapprocher d’un nouvel hommage à Psychose. Spatialisation de la demeure, cadrage de l’escalier plongeant, double visage du « serial killer »… L’ombre du mentor Hitch n’est jamais très loin, se montre même un poil pesante par instant, mais ce canevas éprouvé permet à Link de maintenir son suspens de série B jusqu’au bout. Et pour une fois, le petit twist discrètement placé dans le dernier plan, est particulièrement bien vu et amène une autre lecture du film, plus inquiétante encore. On vous a parlé du gentil petit chimpanzé Imp ?
Image
Inespéré après de longues années d’exploitation vidéo peu soignées, le nouveau master HD de Link redonne au film un sacré coup de fouet. Un travail de restauration à partir d’un scan 4K du négatif original, accompagné d’un nettoyage en règle du moindre photogramme qui aboutit à des cadres d’une propreté et d’une stabilité impressionnantes, tout en assurant un maintien bienvenu du grain d’origine et des reflets argentiques. La définition est redoutable, le piqué percutant et les couleurs, certes pas forcément ultra poussée dans la photographie, se dote désormais d’intensités plus soutenues. Pas étonnant que Le Chat qui film en ai profité pour proposer en plus de cet excellent Bluray une galette UHD, venant creuser plus avant le potentiel de ce master. Plus limpide encore, plus détaillée, plus profonde, plus finement contrastée… avec naturel.
Son
Cas un peu particulier, la version originale est proposée dans deux mix qui, sur le papier, semble finalement très proches : un DTS HD Master Audio 2.0 et un DTS HD Master Audio mono. Tous deux ont été nettoyés pour l’occasion, mais la première propose des effets dynamiques pas toujours des plus convaincants, déséquilibrant un peu les atmosphères, entraînant quelques variations de niveau sonore pas toujours très agréables. Plus sobre, direct et efficace, le mono fonctionne bien mieux, même pour retranscrire les musiques de Goldsmith. Disposé dans un standard équivalent, le doublage français assez solide, garde ce petit charme nostalgique.
Interactivité
Le Chat qui fume fait encore mieux que les Américains de Kino Lorber. Certes la copie restaurée du montage cinéma est la même, mais l’éditeur français la propose aussi au format UHD. Certes la vingtaine de minute de scènes coupées du montage initial y était déjà visible, mais le chaton y ajoute l’intégralité du montage français (avec quelques petites minutes supplémentaires). Les deux sources sont très marquées (scratch, flous, sautes vidéo, saccades…), mais cela n’a pas empêché l’équipe de retravailler le tout pour les intégrer au cut richement restauré afin d’obtenir un troisième montage, dit composite, retrouvant toutes les intentions du cinéaste. Le meilleur moyen de redécouvrir le film donc, même si les passages ajoutés restent un peu, voire très, abîmés, distillant un discours plus clair sur le lien entre l’homme et le singe, diluant encore plus subtilement la frontière entre les deux avec un jeu sexuel sous-jacent créant un triangle amoureux des plus dérangeants entre le Dr Phillips, Link et Jane qui rend la rébellion du singe plus logique encore. Même le petit ami de Jane y gagne légèrement en épaisseur. Une exclusivité qui va clairement faire des jaloux.
A cela s’ajoute aussi une longue présentation signée Eric Peretti, enregistrée pendant un confinement d’où une frontalité un peu figée, mais qui retrace sérieusement toute la carrière de Richard Franklin, avec une forte parenthèse autour de Link : production anglaise, tournage à haut risque, coupes forcées par les producteurs, reprise du film par la Cannon et distribution bâclée… Jolie petite surprise aussi de retrouver une courte intervention audio du réalisateur qui évoque en quelques moments l’absurdité du remontage du film.
Liste des bonus
« Le Chaînon manquant » par Eric Peretti (39’), Interview de Richard Franklin (audio, 4’45”), Scènes inédites (24’), Version longue composite (125’, VOST), Montage français (106 ’), Bande-annonce.