L’INCONNU DE SHANDIGOR

Suisse – 1967
Support : Bluray
Genre : Aventure, Espionnage
Réalisateur : Jean-Louis Roy
Acteurs : Marie-France Boyer, Ben Carruthers, Jacques Dufilho, Daniel Emilfork, Serge Gainsbourg, Jacqueline Danno, Howard Vernon…
Musique : Alphonse Roy
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Aucun
Durée : 96 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 05 mars 2024
LE PITCH
Le savant Herbert von Krantz a mis au point un procédé révolutionnaire, l’Annulator, permettant de désamorcer les armes nucléaires. Son invention fait depuis l’objet de convoitise de tous les services secrets et des groupuscules terroristes du monde entier. Le scientifique paranoïaque vit cloîtré dans sa demeure ultra-sécurisée avec sa fille Sylvaine et son assistant Yvan, sur lesquels il exerce une redoutable emprise. Autour d’eux, les espions rôdent et sont prêts à tout pour récupérer les plans de l’Annulator…
Spy vs. Spy
Largement boudé par le public et la critique, en particulier en Suisse, lors de sa première sortie, L’Inconnu de Shandigor est devenu avec les années un authentique manifeste d’un cinéaste autre, détonnant par son absurde dans le très sage cadre du cinéma romand. Redécouvert et restauré en 4K, l’objet s’offre une nouvelle vie entre projections en festivals et sortie Bluray.
Dans le supplément disposé sur l’édition de Carlotta Films Jean-Louis Roy donne sa définition du cinéma suisse des années 50-60 : les montagnes, les vaches et les petites clochettes. Une industrie toujours coincée dans une imagerie datée et que le jeune réalisateur, qui rejoindra très vite officiellement Le Groupe 5 avec son suivant Black Out, entend bien bousculer avec sa toute première réalisation pour le grand écran. Une opération espérée, fantasmée, rêvée qui forcément s’engouffre avec un grand souffle de liberté dans le cadre du cinéma d’exploitation. Celui du film d’espionnage dont le scénario gravite autour d’une vague histoire d’invention futuriste, l’Annulator, qui permettrait de désamorcer toutes les armes nucléaires. Reclus dans sa demeure bien gardé, le savant fou Herbert Von Krantz (idéal Daniel Emilfork) refuse d’en partager les fruits avec les grandes puissances. Débute alors un ballet incessant d’espions, d’agents, de contre-agents, d’opérations alambiquées et de tentatives d’enlèvement, perpétrés par des cellules ennemies aussi délirantes les unes que les autres. Essentiellement on trouve ainsi d’un coté Jacques Dufilho avec un accent forcé de tueur russe qui entraine ses soldats à la mystification, et de l’autre le dandy Serge Gainsbourg qui harangue son armée de chauves et n’hésite pas à offrir une chanson pour l’occasion, « Bye Bye Mister Spy », en guise de funérailles incongrues.
Mission des possibles
En prime, un peu de SF rétro, un monstre invisible qui habitent la piscine familiale et une grande et belle histoire d’amour intensément naïve avec Marie-France Boyer, L’Inconnu de Shandigor mélange constamment les genres et semble, volontairement, partir dans tous les sens. On n’est jamais très loin de la parodie sans jamais vraiment y tomber, Jean-Louis Roy préférant quetter par cet effet de puzzle et de collage baroque, une certaine forme de poésie surréaliste, d’humour dadaïste et de tonalité bigarrée plus proche de la BD sur papier jauni que du très sérieux roman d’espionnage. Jamais loin du bis, italien ou autre, par ses petites outrances et ses effusions pops (mais en noir et blanc), le métrage séduit cependant par le très grand soin apporté justement à sa construction picturale, multipliant les angles complexes, usants de décors industriels, de sous-bassement et de paysages vides et aux lignes épurés, pour appuyer une forme d’exacerbation du style de films visés. Le plus lumineux ici, étant sans doute l’utilisation très inspirée et poétique des environnements du Parc de Güell et de la cathédrale de Gaudi de Barcelone, devenant par sa caméra l’évocation d’un lieu hors du temps, station balnéaire chimérique appelée Shandigor, que d’autre auraient appelé Marienbad.
Entre Alain Resnais et le Jess Franco de la bonne époque, L’Inconnu de Shandigor est une proposition inattendue, expérimentale et joyeusement désordonnée.
Image
Invisible durant des lustres, L’Inconnu de Shandigor s’offre une sortie HD de haute volée avec un scan 4K des négatifs originaux et une restauration en règle de l’image. Plus de défauts visibles à l’écran, des cadres toujours stables, des contrastes appuyés, des argentiques vibrants et un grain organique imposent un master de très grande qualité et un noir et blanc resplendissant. Le film n’avait sans doute jamais été visible dans d’aussi bonne conditions.
Son
La piste mono d’origine à tout autant profité d’une bonne remise à neuf : les dialogues sont clairs, la musique bien présente et aucun souci de saturation ou autre marque du vieillissement ne sont à noter.
Interactivité
L’éditeur Carlotta glisse ici en unique bonus un document d’archive hérité d’une émission de télévision suisse consacrée au cinéma : Cinéma-vif. Un numéro entièrement consacré au tournage du film en question justement avec de nombreuses images de tournages, quelques échanges avec les acteurs (Jacques Dufilho, Marie-France Boyer et Daniel Emilfork) qui offrent quelques remarques sur leur travail et leurs personnages, et surtout un long dialogue avec le metteur en scène. Il y évoque ses regrets quant à un cinéma suisse trop carte postale, ses ambitions personnelles, sa volonté de bousculer le genre et ses choix pour les interprètes. Une vraie émission de cinéma comme on en faisait alors, qui prend son temps et qui approfondit ses sujets, sans langue de bois. Ça nous manque un peu aujourd’hui.
Liste des bonus
« Cinéma-vif » : Interviews de Jean-Louis Roy, Jacques Dufilho, Marie-France Boyer et Daniel Emilfork dans l’émission suisse « Cinéma-Vif » (30’), Bande-annonce originale.