L’HOMME QUI VOULUT ÊTRE ROI

The Man Who Would Be King – Royaume-Uni / Etats-Unis – 1975
Support : Bluray, DVD & Livre
Genre : Aventure
Réalisateur : John Huston
Acteurs : Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer, Saeed Jaffrey, Doghmi Larbi, Shakira Caine, Jack May …
Musique : Maurice Jarre
Durée : 129 minutes
Image : 2.39 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Wild Side Video
Date de sortie : 16 décembre 2020
LE PITCH
Les Indes, dans les années 1880. Le journaliste et écrivain Rudyard Kipling reçoit la visite, tard dans la nuit, d’un compagnon franc-maçon devenu méconnaissable, Peachy Carnehan. Ce dernier entreprend de lui raconter son histoire et celle de son ami Daniel Dravot et de leur conquête du lointain Kafiristan…
Regarde les hommes tomber
Wild Side l’avait promi, Wild Side l’a fait. Dix-huit ans après la sortie décevante d’un DVD nu comme un ver et balancé à la sauvette comme un fond de catalogue, la plus grande histoire jamais contée par l’insaisissable John Huston nous revient en blu-ray dans une édition enfin à la hauteur. L’occasion – hasard du calendrier – de rendre une nouvelle fois hommage au talent de feu Sir Sean Connery, l’acteur écossais nous offrant là l’une de ses plus belles compositions.
La sortie sur les écrans américains le 17 décembre 1975 de L’homme qui voulut être roi mit un terme à un development hell de plus de 20 ans. Deux décennies durant, le réalisateur John Huston tenta de faire aboutir sa vision de la nouvelle écrite et publiée par Rudyard Kipling en 1888. A la lecture du texte, on comprend aisément ce qui a pu captiver l’imaginaire du réalisateur du Trésor de la Sierra Madre et de Moby Dick au point de le convaincre à ne pas lâcher le morceau. Outre la promesse d’une histoire d’aventure amenant le colonialisme britannique à suivre les pas des conquêtes d’Alexandre le Grand, le récit de Kipling explore l’ambition humaine sous toutes ses formes, du désir de liberté à la folie de la déification en passant par la quête d’un trésor, d’un territoire à conquérir, d’une couronne à voler et d’un amour impossible. Tout Huston est là, lui, le cinéaste aventurier et amoureux de la grande littérature épique, observateur avisé et parfois amusé de ces hommes qui, inlassablement, bravent les éléments et la logique et courent à leur perte en poursuivant rêves et chimères.
Pour sa première tentative de mettre sur pied son adaptation de L’homme qui voulut être roi au début des années 50, Huston cherche à convaincre Humphrey Bogart et Clark Gable d’endosser les défroques de Danny et Peachy. Peine perdue. Au cours des années 60, son regard se porte vers le duo vedette de Butch Cassidy et le Kid. Nouvel échec. Mais Paul Newman lui suggère toutefois le nom de Michael Caine. Un premier jalon – prometteur – est posé.
« La crainte fit les dieux ; l’audace a fait les rois. »
En cherchant à coller des acteurs on ne plus américains dans la peau de personnages typiquement anglais, Huston faisait bien évidemment fausse route. Si la présence d’une paire de mâles alpha combinant charisme et virilité exacerbée correspond tout à fait à l’idée que l’on peut se faire de brigands aussi séduisants et déterminés que Peachy Carnehan et Daniel Dravot, seul le flegme british, impossible à contrefaire ou à imiter, permet au cinéaste de trouver le ton juste, le bon angle d’approche. De Zoulou à La loi du milieu, en passant par Alfie le dragueur et Icpress, danger immédiat, Michael Caine apporte dans ses bagages toutes les qualités nécessaires pour interpréter Peachy Carnehan, meneur d’hommes et fanfaron, séducteur, espiègle et, contre toute attente, la voix de la raison. Au sommet de sa gouaille, cabotin mais toujours crédible, Caine joue sur le fil avec la grâce d’un équilibriste. Cerise sur le gâteau, c’est lui qui apportera à Huston la solution au casting tout aussi complexe du seul personnage féminin d’importance (fut il muet), Roxanne, en lui présentant sa femme Shakira Caine, ancienne mannequin d’origine guyanaise. Le hasard fait bien les choses.
Avec la bénédiction de John Huston (qui détestait le maquillage, les postiches et les artifices cosmétiques), Sean Connery peut enfin afficher sa calvitie et son âge mais aussi et surtout l’immense précision de son jeu. Daniel Dravot marque une rupture définitive avec l’étiquette de James Bond qui collait aux basques de l’écossais et confirme ce que l’on pouvait déjà apercevoir dans des films tels que La Colline des hommes perdus ou le méconnu The Offence, tous deux signés Sidney Lumet, à savoir que Connery avait dans sa mallette d’acteur bien d’autres cartes que le sourire en coin ou sa carrure et qu’il était bel et bien capable de nous tirer les larmes en un regard défait ou asseoir une autorité presque surnaturelle en jouant de sa voix et de sa posture. Il faut le voir rendre la justice au bon peuple du Kafiristan, sa couronne sur la tête, pour mesurer toute l’étendue de sa palette de jeu, faisant coexister l’ancien officier de la couronne au racisme sous-jacent et au panache militaire avec un homme qui se perd peu à peu dans son rôle de dieu vivant.
Montagnes, batailles et têtes coupées
Tourné au Maroc et en France (à Chamonix, la neige faisant défaut dans les massifs de l’Atlas), L’homme qui voulut être roi n’est pas seulement un écrin pour un duo d’acteurs en forme olympique, c’est aussi un film à grand spectacle. La traversée de l’Afghanistan, le périple enneigé de l’Hindu Kush, l’arrivée au Kafiristan en plein milieu d’un raid sur des villageois au bord d’une rivière, une bataille opposant l’ordre militaire au chaos barbare au pied des murailles d’une vieille cité, la parade des armées de Peachy et Danny traversant le pays, l’arrivée à Sikandergul et la débâcle finale témoigne du sens du cadre John Huston avec des mouvements d’appareils imperceptibles et à la fluidité inouïe. L’œil du vieux maître, bien entouré de techniciens chevronnés dont le chef opérateur Oswald Morris, le décorateur Alexandre Trauner et le monteur Russell Lloyd. Et les images, superbes, de se laisser porter par la partition héroïque, mystique et exotique de Maurice Jarre.
Pour autant, l’aspect le plus surprenant du film demeure son humour, proche de l’ironie mais si merveilleusement dosé qu’il n’atténue en rien la portée dramatique, voire tragique, du dernier acte. Si la dynamique et les bons mots du duo Caine/Connery y sont pour beaucoup, notamment lors de la scène hilarante où les compères entraînent les villageois à l’art de la guerre « moderne », il ne faudrait pas négliger l’apport des seconds rôles. En décalage permanent par son sourire inamovible et sa bonne humeur contagieuse, Saeed Jaffrey campe un mémorable Billy Fish, gurkha perdu au bout du monde mais ami fidèle et guerrier au sens de l’honneur intact. Plus drôle encore est le chef barbare brièvement interprété par Doghmi Larbi dont le sens du burlesque le fait passer de couard grimaçant à pauvre idiot se rêvant empereur avant de finir décapité, sa tête faisant office de balle de polo.
C’est une image récurrente du film, au point d’en être la conclusion. Chez Huston, l’ambition fait perdre la tête, littéralement. Toujours couronnée, la tête momifiée de Dravot que Peachy ramène du Kafiristan et dépose sur le bureau de Kipling sonne comme un avertissement terrible, un châtiment divin. Il ne fait pas bon d’usurper les Dieux sur leur trône.
Image
La seule édition en haute-définition connue est américaine et elle n’est pas sans défauts, notamment un abus de réducteur de bruit sur un master plus tout à fait de première fraîcheur. Honorable mais il y avait mieux à offrir aux fans du film. A première vue, Wild Side s’appuie sur le même vieux master. Une impression résolument fausse et due à la présence d’une poignée de plans un peu flous sur les contours et au grain important. En réalité, la restauration est d’envergure avec une définition rehaussée mais se garde de tout éclat superficiel et privilégie le respect de la texture argentique et des couleurs avec une compression discrète. Subtil et plus que satisfaisant.
Son
Les deux pistes sonores ont été nettoyées et se distinguent par un confort d’écoute optimale. Peu de relief ou d’effets fracassants que ce soit en VF ou en VO ce qui, chose rare, place le tout sur un pied d’égalité. Libre au spectateur de choisir entre un doublage au fort potentiel nostalgique (Jean-Claude Michel, Francis Lax et Gérard Hernandez, qui dit mieux ?) ou la version originale et les merveilleux accents cockney et écossais de Sir Sean et Sir Michael. Bruits d’ambiances et musique ont parfois tendance à sonner un tantinet « métallique » mais c’est l’un des revers du mono si on le pousse un peu trop.
Interactivité
Plus qu’aucun autre éditeur français, sans doute, Wild Side a l’habitude des beaux objets. Les collectors consacrés à La nuit du chasseur, à Rusty James, à Gun Crazy et à tant d’autres films sont là pour nous le rappeler, tels des trophées trônant sur les étagères de notre cinéphilie. Pour les besoins du chef d’œuvre de John Huston, on frôle l’apothéose. Tout commence par un sacré pavé signé Samuel Blumenfeld, richement illustré de superbes photos et ne laissant aucun aspect de la production du film dans l’ombre. La lecture est passionnante et apporte une véritable valeur ajoutée. Il en va de même pour les nombreux suppléments vidéo qui ont le mérite d’offrir plusieurs points de vue. D’abord, celui d’Angela Allen, fidèle assistante de Huston et qui partage ses souvenirs de tournage avec précision et humour. Plus intime mais tout aussi souriant est l’entretien avec l’acteur Danny Huston, fils du cinéaste. Intarissable en anecdotes et passionnant à écouter, Jean-Jacques Annaud aborde le film au travers de deux entretiens. L’un est consacré au cinéma épique en général et à L’homme qui voulut être roi en particulier. Le second revient sur Huston, Caine et Connery, les deux premiers ayant failli se joindre au casting du Nom de la rose. Le making-of d’époque (joliment restauré) apporte enfin un angle promotionnel et ne lésine pas sur les images de tournage dont la plus spectaculaire est la réalisation de la cascade finale avec un Sean Connery pas très à l’aise à l’idée de se tenir sur un pont suspendu au-dessus du vide. Du grand art.
Liste des bonus
« Quand l’aventure tutoie les sommets » entretien avec Angela Allen, scripte attitrée de John Huston (45’), « Loin d’Hollywood : John Huston, roi du Kafiristan » entretien avec le cinéaste Jean-Jacques Annaud (17’), « John, Sean et Michael » Jean-Jacques Annaud évoque le réalisateur et son duo d’acteurs (21’), « La Cité magique » making-of d’époque (12’), « Le gentil géant » entretien avec Danny Huston, fils du réalisateur (8’), Bande-annonce, Livre grand format écrit par Samuel Blumenfeld de plus de 200 pages.







