L’HOMME À L’AFFÛT

The Sniper – Etats-Unis – 1952
Support : DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Edward Dmytryk
Acteurs : Arthur Franz, Marie Windsor, Adolphe Menjou, Richard Kiley…
Musique : George Antheil
Durée : 88 minutes
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 02 mars 2021
LE PITCH
Eddie Miller est un chauffeur-livreur à San Francisco. Malhabile avec les femmes, il vit comme un solitaire. Il est parfois pris de violentes pulsions pendant lesquelles, avec son fusil à lunette, il tue des femmes toutes Brunes, tel un sniper. La police est plutôt désemparée face à ses crimes, dont elle ne parvient pas à comprendre les mobiles, jusqu’à ce qu’elle fasse appel à un psychologue qui va les aider à cerner la personnalité du tueur…
Un chasseur sachant chasser
Étonnant qu’un spectacle pareil ait pu voir le jour dans l’Amérique des années 50. Sous couvert de tourner un film policier de série B, l’auteur transforme le genre pour en faire un film noir à thèse.
Edward Dmytrick est loin d’être un metteur en scène débutant lorsqu’il tourne L’homme à l’affut ; pourtant celui-ci sera le film de sa renaissance. En 1947 sa carrière s’interrompt brutalement lors de la chasse aux sorcières visant à l’inculper pour activités communistes. Il fut l’un des dix d’Hollywood (dont le plus célèbre reste le scénariste Dalton
Trumbo) à ne plus pouvoir travailler dans l’industrie du cinéma. Après avoir purgé une peine de six mois de prison il s’exila en Angleterre afin d’y tourner quelques films. Contraint de donner certains de ses anciens petits camarades rouges pour pouvoir retravailler sur sa terre natale, il accepte l’offre de tourner The Sniper aka L’homme à l’affut. Débauché par Stanley Kramer, producteur audacieux et éclectique (Jugement à Nuremberg, Devine qui vient diner) après le refus de Don Siegel un temps attaché au projet, il fera honneur au scénario de Harry Brown en en faisant l’adaptation préférée de son auteur. Le postulat de départ est simple : Un homme armé d’un fusil tire sur des femmes brunes dans les rues. Pourtant le sujet est loin d’être aussi simpliste que prévu et ira bien au-delà de son sujet.
Sniper or not sniper
Le film traite de façon sous-jacente du mal-être de la société. L’action a beau se dérouler dans les rues formidablement mises en valeur de San Francisco, Eddie Miller (interprété par Arthur Franz) n’en est pas moins seul dans cette grande mégalopole. Conscient de ses bas instincts, il se mutile volontairement la main afin de tenter de se faire soigner à l’hôpital espérant par là bénéficier d’un soutien psychologique et psychiatrique quelconque. Devant l’indifférence de ces concitoyens, il ne trouvera plus la force de lutter et s’abandonnera à son vice meurtrier. Ses proies sont les images de son passé, mère castratrice ou maitresse fourvoyée, elles ne méritent pas de vivre. Dmytrick prend le temps de faire exister ses personnages, les victimes existent à l’écran tout comme le tueur qui en proie à la culpabilité et à son besoin de se confesser est loin de nous être antipathique. L’acteur sur-joue en proie avec son moi démoniaque culminant dans un formidable final que nous ne dévoilerons pas ici. A noter que le policier (au doux nom de Kafka) chargé de mener à bien la chasse à l’homme sera interprété par Adolphe Menjeou (le général dans Les sentiers de la gloire), militant anticommuniste actif dans la chasse aux sorcières du gouvernement MacCarthy (l’ambiance devait être festive sur le plateau). Filmé essentiellement en extérieur dans les rues si reconnaissables de San Francisco, le réalisateur nous gratifie d’une mise en scène écrasante et viscérale. Edward Dmytrick sait maintenir un suspense âpre et compact avec son lot de scènes marquantes nous prouvant que ce n’est pas à la quantité que l’on fait un film. Celui-ci fait 84mn et il n’y a rien à rajouter ou à retirer.
Considéré à juste titre comme l’un de ses meilleurs films (avec sans doute L’homme aux colts d’or), The Sniper est un film important dans la carrière de son auteur. Cité régulièrement par Martin Scorsese comme étant l’un de ses films de chevet, il est temps pour vous de redécouvrir cette pépite oubliée.
Image
Déjà édité en 2018, L’Homme à l’affût refait un petit tour du côté de Sidonis, et toujours en DVD alors que le métrage vient d’apparaître dans le box Bluray Columbia Noir #3. Un peu chiche donc, surtout que la copie SD commence à dater un peu, laissant transparaître quelques défauts de pellicules et surtout une définition bien trop douce, particulièrement notable dans les scènes nocturnes. Malgré ces défauts la copie n’en reste pas moins tout à fait regardable, délivrant des contrastes très correctes, et des cadres assez stables et lumineux.
Son
Pas de traces de la version doublée française, mais la version originale est d’excellente qualité avec un simple mono d’époque très propre, net et clair.
Interactivité
Quatre intervenants sinon rien. Que ce soit Tavernier, Guérif, Père ou Brion, chacun y va de son enthousiasme pour rappeler l’importance du film et ses grandes qualités filmiques. Si le premier creuse largement sur la personnalité du producteur et des auteurs attachés au scripts, un autre analysera plus volontiers la mise en scène, la carrière de Dmytryk ou des acteurs, on peut tout de même regretter malgré la pertinence de l’ensemble qu’un montage croisé n’ait pas été effectué afin d’écarter les nombreuses redites.
Liste des bonus
Présentation de Patrick Brion (9’), François Guérif (8’), Bertrand Tavernier (25’) et Olivier Père (30’).