L’HISTOIRE DU PETIT MUCK

Die Geschichte vom Kleinen Muck – Allemagne de l’Est – 1953
Support : DVD
Genre : Fantastique
Réalisateur : Wolfgang Staudte
Acteurs : Thomas Schmidt, Johannes Maus, Friedrich Richter, Trude Hesterberg, Alwin Lippisch…
Musique : Ernst Roters
Durée : 95 minutes
Image : 1.37 4/3
Son : Français & Allemand Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 2 mars 2021
LE PITCH
Persécuté par les enfants de son village, le vieux Muck, bossu travaillant pour un potier, entreprend de raconter l’histoire de son enfance merveilleuse …
Il était une fois
Encore très méconnu, le cinéma de l’ex-RDA (Allemagne de l’Est) se redécouvre petit à petit, notamment grâce à des éditeurs courageux de la trempe d’Artus Films, dénicheurs de raretés. Énorme succès populaire de l’année 1953, L’Histoire du petit Muck témoigne de la vitalité de ces productions oubliées aux moyens insoupçonnés.
Venu au monde à Stuttgart en 1802, Wilhelm Hauff fut un écrivain des plus singulier. Diplômé de philosophie et de théologie, le jeune Wilhelm mit à profit sa fonction privilégié de tuteur pour les enfants du ministre de la guerre du Wurtemberg pour se lancer dans l’écriture d’une série de contes dont l’optimisme se partage entre la recherche d’un bonheur toujours fuyant et un humour bon enfant. Bien qu’il situât certaines de ses histoires dans un cadre germanique très traditionnel (la plus célèbre étant Das Kalte Herz – Le Cœur Froid), il sut aussi s’en éloigner, témoignant de son amour pour Les 1001 Nuits en explorant un Orient lointain et fantasmé. La preuve avec Der Kleine Muck, péripéties rocambolesques d’un enfant bossu et difforme et qui parvient à se faire accepter à la cour d’un sultan grâce aux pouvoirs magiques d’artefacts volés à une sorcière. Universelle et intemporelle, la morale de ce conte métissé enseigne aux enfants le respect de l’autre et le partage des richesses plutôt que l’égoïsme. Bien qu’il mourût jeune, à l’âge de 24 ans, Hauff laissa donc derrière lui une œuvre pléthorique, attachante et qui n’attendait sans doute que l’arrivée du cinématographe pour conquérir un public plus large.
Trois adaptations de Der Kleine Muck pour le grand écran précèdent celle qui nous intéresse ici, dont une fut même tournée en 1944, au plus fort de la guerre et sous la surveillance de la propagande nazie menée par Goebbels (ce qui entraîna de nombreuses modifications, le conte de Hauff n’étant pas forcément soluble dans l’idéologie du National-Socialisme). À chaque décennie sa version et les ambitions de la DEFA (Deutsche Film AG), la défunte société de production est-allemande, est de rendre à l’histoire facétieuse de Muck toute sa fraîcheur et son innocence, sans regarder à la dépense. Et, au passage, de faire la promotion du mode de vie communiste, ni vu, ni connu.
Le sultan et l’enfant
Confié au cinéaste vétéran Wolfgang Staudte en compensation d’un projet tombé à l’eau quelques mois plus tôt (Mutter Courage und ihre Kinder), L’Histoire du petit Muck se tourne aux studios Babelsberg dans une reconstitution fastueuse de l’Orient lointain. Des grandes toiles peintes sont chargées de donner de la profondeur à des villages, un bout de désert et un grand palais et ses jardins. Fauves et éléphants prêtés par un zoo ajoutent encore à l’ambiance exotique souhaitée. Concurrent du Technicolor, l’Agfacolor accentue les couleurs vifs tout en offrant un rendu très réaliste. Seule entorse à la débauche de moyens, le format 1.37 contraint le réalisateur à des cadrages serrés et des recadrages peu harmonieux qui nuisent à l’ampleur formelle. Habile narrateur, Staudte soigne le rythme mais néglige trop souvent la forme. Un reproche qui s’applique également à la facture très « artisanale » (pour rester poli) d’effets visuels improvisés que soulignent un traitement sonore à la lisière du casse-bonbons.
Dans la peau du petit Muck, le jeune Thomas Schmidt fait des merveilles, son jeu très naturel y étant pour beaucoup dans le charme désuet que dégage un film attachant. Malin, le scénario évite de se concentrer sur le thème du partage des richesses et sa vision bienveillante du monde ouvrier et du petit peuple pour mieux rendre hommage à la richesse de la morale du conte de Wilhelm Hauff. Avec plus de 12 millions d’entrées en Allemagne de l’Est, L’Histoire du petit Muck est l’une des rares productions locales à traverser le rideau de fer. Au point même de devenir une véritable institution en Allemagne de l’Ouest, sa diffusion sur petit écran à l’heure des fêtes de fin d’année devenant la garantie d’un succès jamais démenti.
Plaisant, drôle, mené tambour battant avec un savoir-faire proche d’un Walt Disney de compétition, L’Histoire du petit Muck se déguste comme un bon petit gâteau un peu trop sucré mais jamais écœurant cuisiné par une grand-mère attentionnée.
Image
Disponible outre-Rhin sur support haute-définition, L’Histoire du petit Muck se contente chez nous d’une édition DVD qui n’a finalement pas à rougir de la comparaison. De toute évidence restauré, le master affiche une colorimétrie stable et chaleureuse et les défauts de pellicule sont rares. Artus Films a fait de son mieux pour offrir un confort de visionnage optimal, sans jamais abuser de réducteurs de bruit ou autres bidouillages disgracieux. La compression marque occasionnellement le pas et le changement de couche n’est pas des plus discret mais ce sont bien là les seuls reproches que l’on puisse adresser à un résultat sérieux et respectueux des intentions d’origine.
Son
Uniforme et faiblard, le mixage de la version française n’est pas des plus agréable avec des voix souvent peu audibles. La version original affiche une meilleure dynamique et une clarté indiscutable mais elle se retrouve accompagné d’un léger souffle qui peut se révéler envahissant sur la durée.
Interactivité
Le joli packaging en forme de digibook ajoute une dose de prestige à une édition qui ne nous tombe pas dessus sans valeur ajoutée. La présentation du film par Christian Lucas, un peu scolaire dans le ton, est aussi plaisante que riche en informations et couvre à peu près tous les aspects de la production du film et s’agrémente de quelques images de la construction des décors. Très accessoires les diaporamas et le générique français démontrent toutefois qu’Artus Films a fait le maximum pour honorer un film encore peu connu hors de ses frontières mais qui mérite que l’on s’y attarde.
Liste des bonus
« Le tournage du Petit Muck » par Christian Lucas (16’20”), Diaporama d’affiches et de photos (2’23”), Générique français (3’21”).