LES YEUX DE SATAN

Child’s Play – Etats-Unis – 1972
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller
Réalisateur : Sidney Lumet
Acteurs : James Mason, Robert Preston, Beau Bridges, Charles White…
Musique : Michael Small
Durée : 100 minutes
Image : 1.78 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 16 mars 2021
LE PITCH
Paul Reis vient d’être engagé comme professeur de sport dans un établissement catholique pour garçons. Le jeune enseignant découvre qu’il règne dans la pension une étrange atmosphère. De violents incidents, sans explication rationnelle, éclatent entre les élèves. Deux professeurs de l’établissement semblent être à l’origine de ces débordements violents.
Démons intérieurs
Metteur en scène trop discret, variant les genres et les approches comme à la grande époque des artisans d’Hollywood, Sidney Lumet reste encore à redécouvrir. Enfin, surtout certaine de ses œuvres méritent encore d’être rappelées à nos bons souvenirs comme ce Child’s Play, visite angoissante dans un internat catholique américain.
Célébré essentiellement pour ses grands polars (Serpico, Contre-enquête…) et son regard lucide sur la société américaine (Un après-midi de Chien, Networks…), on n’attendait pas forcément Sidney Lumet sur un projet comme Les Yeux de Satan (stupide titre français), adaptation d’une pièce de théâtre à succès, versant théologique de la vague mystique qui frappait le cinéma américain dans la continuité de L’Exorciste et Rosemary’s Baby. Un pitch de film d’horreur dans l’air du temps montrant les jeunes gens d’un internat se livrer à des violences et tortures inexplicables sur leur petit camarade devant un parterre de professeurs et d’hommes d’église impuissants, que Lumet avouera finalement avoir du mal à mettre en lumière comme un film fantastique normal. Pourtant grâce à un travail très particulier et jamais pompier ou anodin sur la bande sonore et une mise en image directe et réaliste dans ces jaillissements brutaux, il impose une atmosphère particulièrement étrange, dérangeante et surtout insaisissable. Une manière sobre d’atteindre cette fameuse inquiétante étrangeté sans se vautrer dans les bondieuseries d’usage. Metteur en scène extrêmement précis, directeur d’acteur hors-pair et auteur (oui auteur) particulièrement attaché à la description de ses contemporains, de leur mélange d’humanité et d’ombres inavouables, il combine justement la bipolarité chrétienne très ancrée dans le texte original, jouant sur l’opposition entre le bien et le mal, le juste et le mensonge, dieu et le diable, avec une évocation beaucoup plus politique et moderne.
Génération perdue
De fantastique, il n’en sera jamais vraiment question dans le long métrage, Lumet préférant scruter un microcosme traditionnel, ultra codifié, pour mieux en faire abstraction et faire écho aux remous considérables que connaissaient les USA, embourbées dans la guerre du Vietnam et rattrapées par une jeunesse de plus en plus revendicative. Déjà très flou, plus qu’ambiguë, dans l’incarnation des deux pôles du film, Jerome Malley, le terrifiant prof de latin rigide et humiliant, et Joseph Dobbs le confident compréhensif et à l’écoute, le film y plaque alors en filigrane un discours particulièrement bien senti sur les mensonges d’état et les sacrifices d’une jeunesse sacrifiée sur l’autel de la « grande cause ». Absolument brillant, et d’autant plus terrifiant, Child’s Play résonne toujours avec la même force justement grâce à son économie d’effet et sa grammaire pointue, mais aussi grâce à une nouvelle performance renversante du grand James Mason, campant un vieux dragon paranoïaque, sévère, malade, mais qui se révèle aussi extrêmement fragile et touchant, gagnant en force et émotion à chaque scène jusqu’aux révélations finales. Version perfide du Cercle des poètes disparus tendant sadiquement vers La Vague, cet opus trop peu connu de la filmographie de Sidney Lumet, tourné juste avant The Offence, Serpico et Le Crime de l’Orient-Express, pourrait bien être l’un de ses meilleurs films. Certainement l’un de ses plus surprenants.
Image
Disponible depuis presque 10 ans aux USA (chez Olive Films) la copie HD de Child’s Play se montrait alors plutôt performante avec des cadres relativement propres, une bonne stabilité et un grain préservé, quitte parfois à glisser vers le légèrement envahissant dans les zones sombres. Désormais disponible chez Rimini, cette dernière se montre, avec les années de distance, un poil moins impressionnante, montrant des teintes parfois un peu ternes et quelques plans à la définition moins solide. Vu la rareté du film et son manque de reconnaissance cela reste tout de même plus qu’appréciable.
Son
Bande son particulièrement travaillée malgré sa simple diffusion d’origine, le mono de la version anglaise multiplie derrière les dialogues, très clairs, des effets de dissonances, des bruitages étranges et inquiétants. Une expérience assez bien rendue ici, en tout cas avec plus de précision que sur la version française, assez bien jouée mais trop plate.
Interactivité
Zéro bonus sur l’édition américaine, mais Rimini n’allait pas nous laisser comme ça… Il a donc invité le critique Michel Cieutat à enregistrer une longue présentation / analyse du film. Si c’est parfois un peu fouillis dans l’enchaînement des idées et des pistes, l’entretien est bourré d’infos et d’angles très éclairants sur l’identité du film.
Liste des bonus
Un monde démoniaque : Interview de Michel Cieutat, critique de cinéma (32’).