LES VOILES ÉCARLATES

Алые паруса – URSS – 1961
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : Aleksandr Ptushko
Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko…
Musique : Igor Morozov
Image : 2.35 16/9
Son : Tchèque LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 87 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 17 février 2026
LE PITCH
Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.
Les amants de la mer
Grand maitre du cinéma merveilleux russe et spécialiste de la débauche d’effets spéciaux et de trucages lumineux, Aleksandr Ptushko (Rouslan et Ludmila, Le Géant de la steppe…) semble faire un pas de coté avec le plus simple et épuré Les Voiles écarlates. Mais la magie n’est jamais très loin…
Plébiscité pour ses flamboyantes adaptation de Pouchkine ou pour ses contes fantastiques populaires à l’âme slave, Ptushko vient justement d’achever la production à grand spectacle Sampo, lorsqu’il se tourne vers Les Voiles écarlates et vers une écriture bien plus mesuré. Un roman d’Alexandre Grine, longtemps interdit pour cause politique, mais à nouveau accessible depuis le « dégel » entamé à partir de 1954. Une œuvre qui a profondément marqué le réalisateur, lui-même se reconnaissant dans le portrait du jeune Arthur, née dans une famille aristocrate, déjà écrasé par le devoir et la bienséance alors qu’il ne rêve que de grandes aventures et de liberté sur les océans. Un passionné du monde des pirates dont le destin est raconté en parallèle de celui de Assol, aux origines bien plus misérables et à qui un ermite a prédit qu’elle se marierait avec le capitaine d’un navire aux voiles rouges. Ptushko reprend très fidèlement la structure du roman ou chaque chapitre s’intéresse à l’un puis à l’autre, et structure son métrage en séquences parallèles où le spectateur voit grandir peu à peu les deux protagonistes, chacun vivant sa vie, plus ou moins subie, mais quettant toujours un ailleurs, une autre vie, un destin plus enchanté.
Voyage Voyage
Un récit profondément romantique, nettement plus réaliste, voir terre-à-terre du cinéaste, mais où la notion de féerie revient peu à peu prendre corps à l’image. Une certaine célébration de la nature et du printemps, un volcan qui entre en éruption lors d’un voyage en mer, une aurore boréale ou de charmants oiseaux en stop-motion… Ptushko réenchante le réel et rattache directement le couple en devenir de Les Voiles écarlates avec ceux des contes européens classiques. Ce n’est d’ailleurs qu’au bout d’une heure qu’Arthur découvre par hasard la belle Assol, assoupie délicatement dans l’herbe telle La Belle au bois dormant, et sera frappé par un coup de foudre immédiat. L’espérance tant célébré tout au long du film trouve enfin son chemin et naturellement le jeune homme réalisera tous les rêves de sa dulcinée pour que leur destin heureux puisse enfin devenir réalité. Les Voiles écarlates repose fortement sur une célébration de l’enfance, son imagination et sa vision d’avenir, puis sur la beauté fragile de l’adolescence, des premiers pas vers l’indépendance et la prise en main d’une vie qui se doit d’être conforme à un certain idéal.
Avec délicatesse et finesse, et certainement pas une once de cynisme ou d’ironie, Ptushko offre un spectacle absolument ravissant, constamment emportée par la beauté de ses cadres et de ses luxueuses reconstitutions. D’un charmant village partiellement reconstitué en studio à des scènes maritimes impressionnantes, Les Voiles écarlates laisse affleurer à sa manière un merveilleux du quotidien qui vaut bien celui des héros d’antan, des sorcières et autres géants venus du froid.
Image
Présenté comme une nouvelle restauration 4K, cette copie de Les Voiles écarlates a effectivement été nettoyée avec beaucoup de soin. Les cades sont parfaitement propres et débarrassés des impuretés d’autrefois mais le rendu général reste toutefois très fragile. Des variations de luminosité et de colorimétrie sont particulièrement récurrentes et visibles et la définition est toujours sur la réserve, atténuée par un léger voile flou ou une patine trop lisse. Sans doute que les pellicules sources avaient trop vieillies pour être rajeunies avec plus d’efficacité et l’intense beauté initiale du Sovcolor reste ici trop lointaine
Son
La version complète du film n’existe qu’en version originale tchèque et nous parvient dans un mono sobre et solide sans soucis notable. Pour un doublage français, il faut se tourner vers une version recadrée et raccourcie dans les bonus.
Interactivité
Packaging un peu plus sobre que les précédents pour ce film de Aleksandr Ptushko, même si le digipack cartonné avec fourreau reste toujours une alternative élégante. Sur le disque Bluray on retrouve la version la plus complète de l’interactivité avec en premier lieu la version présentée en 1.37 du film avec un montage légèrement plus court. C’est uniquement par ce biais que l’on peut profiter du doublage d’époque (un peu vieillot tout de même) mais la copie SD légèrement boostée ne peut pas cacher qu’il n’y a pas eu là de véritable restauration.
Le programme se poursuit avec une longue conversation entre les désormais habituels Christian Lucas et Stéphane Derderian qui offrent quelques informations sur les origines du film, le tournage ou sa sortie, mais se tournent aussi longuement vers les autres adaptations d’Alexandre Grine pour mieux souligner l’importance de ces Voiles écarlates ci. Un second item, tout aussi long, donne cette fois-ci la parole à trois intervenants Matthieu Rehde (L’écran fantastique), Nikolaï Mayorov et Dina Kharkova, qui par leurs interviews croisées reviennent sur le destin tragique du romancier, son œuvre générale, avant de se tourner plus concrètement sur les informations connues autour du tournage du film en Crimée, la conception des décors et des costumes. La forme est un peu rigide, mais le propos est intéressant.
Liste des bonus
Montage 1.37 du film (83’ VF/VOST PCM 2.0 mono), « Larguez les amarres » : Présentation du film par Christian Lucas et Stéphane Derderian (41’), « Le Souffle de la tempête » par Matthieu Rehde, Nikolaï Mayorov et Dina Kharkova (40’), Diaporama d’affiches et photos.





