LES TSIGANES MONTENT AU CIEL

Табор уходит в небо – Russie – 1976
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Emil Loteanu
Acteurs : Grigore Grigoriu, Svetlana Toma, Barasbi Mulayev, Ion Sandri Scurea, Pavel Andreychenko…
Musique : Eugen Doga, Isidor Burdin
Durée : 100 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Russe DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Potemkine Films
Date de sortie : 30 avril 2024
LE PITCH
L’histoire se déroule au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, dans une province de Bessarabie, non loin de l’Empire austro-hongrois. Quatre tziganes galopent dans les montagnes : ce sont des voleurs de chevaux. Au cours d’une expédition, les tziganes sont surpris et poursuivis par l’armée austro-hongroise. Trois d’entre eux meurent sous la mitraille impitoyable des soldats. Zobar, blessé, parvient à leur échapper et tombe épuisé dans un champ. Une belle et mystérieuse tzigane surgit de la broussaille, guérit Zobar avec de « la poussière de lune », et disparaît. Zobar rentre au camp et retrouve les siens, mais il est hanté par le souvenir de la magicienne.
Liberté, j’écris ton nom !
Le cinéma russe n’est pas réputé pour être festif. Souvent difficiles d’accès, ces films sont exigeants et peu engageants. Si les maîtres Eisenstein et Tarkovski ont mis tout le monde d’accord sur la qualité intrinsèque de leurs œuvres, ils sont devenus la marque de fabrique du pays. Pourtant, de temps en temps, un long-métrage vient perturber l’ordre établi, et revoir nos conceptions que nous croyons acquises sur ce cinéma fait du bien.
Il ne faut pas croire que Les Tziganes montent au ciel est un film élevant haut la gaudriole. Loin de là. Mais derrière la grisaille ambiante cachée loin du rideau de fer, le film de Emil Loteanu fait office de bouffée d’air pur. Il ne semble pas si éloigné du cinéma d’Emir Kusturica, pas seulement à cause de son sujet (le monde gitan) mais surtout par sa fraîcheur. Loin des clichés et des idées reçues, les deux cinéastes s’immergent dans une culture où l’esprit de liberté est un mode de vie. Le metteur en scène rêve d’adapter le roman de Maxim Gorky. Après trois années à avoir étudié la comédie, le cinéaste s’aperçoit qu’il en a vite fait le tour. Le parti d’URSS voulant montrer d’autres cultures que la sienne au sein de son cinéma est à la recherche de projets. Ça tombe bien. Après quelques réticences, il finit par lâcher un budget confortable au cinéaste qui lui permet de parcourir le pays pour décrocher le meilleur casting et les plus beaux décors. Il retrouve ainsi son acteur fétiche Grigore Grigoriu mais surtout sa nouvelle muse avec qui il vivra des moments passionnés, Sveltana Toma. Un amour contrarié comme ceux de ses personnages.
Le temps des gitans
Dans son désir de tourner en milieu naturel, Emil Loteanu se révèle un metteur en scène aussi méticuleux que tyrannique. Il n’hésite pas à dépenser de la pellicule filmant trente, quarante voire cinquante fois la même prise. Son montage initial finit par dépasser les 150 minutes, chose inimaginable pour les producteurs russes. La patience des acteurs est mise à rude épreuve mais le pire est à venir. Par souci de vérité, il fait tourner ses comédiens à maintes reprises dans une rivière gelée pour plus de réalisme ; sous un ciel de plomb, il installe une plaque de fer chauffée par le soleil sur laquelle Grigoriu danse pieds nus, exprimant ainsi la douleur physique de l’exercice. Autant d’efforts qui emmènent le film vers son lyrisme ; entre moments fiévreux contemplatifs. Loteanu use de ralentis bienvenus, exprime un peuple libre par sa gestion formidable de l’espace et magnifie les moments musicaux. Si le rapport à la nature est l’esprit du peuple gitan, les chansons en sont l’âme. Le metteur en scène réussit un film envoûtant, les tziganes s’enthousiasment pour le film qui montre leurs bons comme leurs mauvais penchants. Les spectateurs eux aussi sont conquis. 65 millions de russes se déplacent dans les salles, et Les Tziganes montent au ciel connaît un parcours exceptionnel à travers le monde avec un passage primé au festival de San Sebastien en guise d’apothéose.
Emil Loteanu transcende son sujet. Il ne parle pas seulement d’amour, mais confronte son public à ceux qui le dérangent sûrement le plus dans sa relation avec ce peuple. Non pas les clichés répandus, mais la vraie liberté que le monde occidental a perdu depuis bien longtemps.
Image
Le film est restauré par Mosfilm. La production a fait un gros travail de nettoyage. La copie se pare de contrastes et de couleurs parfaitement équilibrés. Par contre, le lissage lors de gros plans se relève bien trop net pour retrouver l’esprit argentique de l’époque. Chose bien moins visible sur les plans larges qui gagnent en détails.
Son
Le son est lui aussi restauré par Mosfilm qui a abandonné la piste originale en 70mm. Il est suffisamment bien charpenté pour nous satisfaire au niveau des ambiances et encore plus lors des nombreux passages musicaux qui montent en puissance.
Interactivité
Joël Chapron, le spécialiste du cinéma soviétique s’occupe de la présentation du film ainsi que du large parti de l’interactivité. Il nous propose un portrait du méconnu réalisateur Emil Loteanu ainsi qu’un module lié à l’histoire de ce tournage plus que compliqué. La parole est également donnée aux comédiens Sveltana Toma et Eudgene Doga. Entre le souvenir du parcours exceptionnel du film pour la première et l’amitié qui s’est liée avec les tziganes au-delà de sa méfiance pour le second, les deux interventions sont loin des discours classiques présents dans les making-of.
Liste des bonus
Bonus par Joël Chapron, Présentation du film (3’), Portrait de Emil Loteanu (11’), Histoire du tournage (15’), Interview de Svetlana Toma (16’), Interview de Eudgen Doga (10’).