LES TRAVAUX D’HERCULE & HERCULE ET LA REINE DE LYDIE

Le Fatiche di Ercole, Ercole e la regina di Lidia – Italie, France – 1957, 1959
Support : Bluray & DVD
Genre : Peplum, Fantastique
Réalisateur : Pietro Francisci
Acteurs : Steve Reeves, Sylva Koscina, Gianna Maria Canale, Ivo Garrani, Mimmo Palmara, Sylvia Lopez, Gabriele Antonini, Cesare Fantoni…
Musique : Enzo Masetti
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français LPCM 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 103 et 100 minutes
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 4 mars 2025
LE PITCH
Le roi de Iolcos, Pellas, fait venir Hercule à sa cour pour lui confier l’éducation de son fils, Iphitos. Ce dernier, jaloux de la force de son précepteur, trouve la mort en affrontant le lion de Némée. Pellas envoie alors Hercule combattre de taureau de Crète. Mais le trône de Iolcos revient de droit à Jason, Pellos n’étant qu’un fourbe usurpateur.
Accompagné de son épouse Iole et du jeune Ulysse, Hercule fait halte à Colone, à la demande d’Oedipe, pour régler un différend qui oppose les fils de ce dernier, Etéocle et Polynice. Mais Hercule boit à la source de l’oubli, et tombe prisonnier dans le piège d’Omphale, la cruelle reine de Lydie.
La Saga d’Hercule
Titan parmi les titans, ce fut naturellement le grand Hercule qui relança à lui seul la mode du péplum en Italie mais qui aussi donna un nouveau souffle au cinéma populaire local. Incarnées dans le corps imposant du jeune Steve Reeves, ces deux aventures cinématographiques réveillent aujourd’hui autant les souvenirs de belles légendes mythologiques que le savoir-faire d’un bel artisanat cinématographique.
Difficile de mesurer de nos jours l’impact considérable qu’eu en 1957 le film Le Fatiche di Ercole en Italie tout d’abord, mais aussi de par le monde grâce à l’a distribution généreuse de par le monde servie par le célèbre producteur / distributeur Joseph E. Levine qui le transforma en véritable blockbuster planétaire (la campagne de pub fut assez folle pour l’époque). Un véritable choc pour un cinéma italien, alors presque exclusivement tourné vers l’école du néoréalisme et qui avait passablement oubliée une partie de son public dit populaire qui justement se retrouva immédiatement dans cette grande aventure spectaculaire et fantastique. Faisant directement écho au premier âge d’or du péplum italien de l’ère du muet, et bien entendu à tout un fertile terreau mythologique local, tout en s’éloignant fortement des péplums bibliques et de la noblesse affichée de l’école américaine, Les Travaux d’Hercule replongeait avec délectation dans ces grands récits faits de dieux, de demi-dieux, de géants, de monstres mythiques, mais aussi de héros pouvant se croiser joyeusement aux grès de l’inspiration des conteurs.
Heracles & Cie
On ne s’étonnera pas alors de croiser ici en plus de ce brave Hercule, un Jason qu’il faudra aider à aller quêter la Toison d’or pour récupérer son trône, les fils d’Hermès Castor et Polux, mais aussi un jeune Ulysse, déjà le malin de la troupe, directement échappé de L’Iliade. Des travaux d’Hercule il n’en sera question que par deux fois (Le lion de Némée et le taureau de Minos), mais peu importe puisqu’en plus d’un terrible dragon que l’on ne verra que dans la pénombre, le spectacle manie habilement la tragédie grecque, la pantalonnade virile romaine et la grande romance avec la très belle Iole (Sylva Koscina). Si le rythme n’est pas toujours aussi trépidant qu’il aurait pu l’être et que la mise en scène très soignée mais quelque-peu rigide de Pietro Francisci (Destination : Planète Hydra, La Reine de Saba…) manque un peu d’élan et ne peut totalement se détacher d’une économie de série B, le spectacle reste aussi charmant qu’enthousiasmant, en bonne partie grâce au travail impressionnant du directeur photo et responsable des effets spéciaux : Mario Bava. Un génie de l’image qui s’appuie à merveille sur le potentiel de l’écran large DyaliScope et de l’Eastmancolor. Associé à la prestance, plus qu’aux talents d’acteurs, du colosse Steve Reeves devenu une star du jour au lendemain, cette atmosphère magique, presque onirique même, donne véritablement la sensation de feuilleter un grand livre d’images et de gravures célébrant ce temps où les dieux foulaient la terre.
Les toges, les sandales et les biceps
Un sentiment plus prégnant pour le second épisode, tourné un peu plus d’un an plus tard avec quasiment la même équipe (réalisateur, scénaristiques, acteurs…) et où l’art de Mario Bava se fait plus éclatant encore en accumulant les superbes peintures sur verre, les visions baroques de grottes inquiétantes, les palais décadents et une nature constamment aux lisières du fantastique (superbe image de la fontaine naturelle bleutée au cœur de la forêt). En extérieurs ou en studio, Hercule et la reine de Lydie réinvente sa réalité pour préfigurer véritablement les grandes effusions que seront par exemple Hercule contre les vampires voire même Le Choc des titans deux décennies plus tard. Mieux mené et plus resserré, le scénario de Ennio de Concini (Divorce à l’italienne, La Fille qui en savait trop, Le Colosse de Rhodes…) rejoue cette fois-ci l’ensorcellement d’Hercule par la reine Omphale (vile tentatrice que la très érotique Sylvia Lopez !), mais y croise la guerre fratricide entre Etéocle et Polynice, tout en faisant apparaitre le célèbre Œdipe, le géant Antée, mais aussi, dans une séquence digne d’un film de super-héros en chars, le retour des argonautes ! D’ailleurs, le fringuant Ulysse jouant les faux sourds et muets, ne fait-il pas ici figure de sidekick ? Une suite plus prestigieuse, plus vive, plus spectaculaire, plus sexy, et bien entendu la consécration ultime pour Steve Reeves qui devenait dès lors l’un des acteurs les mieux payés au monde !
Deux classiques des cinémas de quartiers et deux incontournables pour les amoureux du péplum, Les Travaux d’Hercule et Hercule et La Reine de Lydie marquèrent l’histoire du genre mais aussi l’imagerie du cinéma mondial. Un grand renouveau célébré qui va faire flores avec pléthore d’autres péplums mythologiques avec Hercule, Samson, Maciste et les autres, mais dont aussi découlera indirectement toute une logique économique du cinéma populaire transalpin qui se transformera au grès des modes en westerns, thrillers, comédies érotiques et films d’horreur. Musclé.
Image
Sans être vraiment incroyables les deux masters proposés ici s’avèrent très soignés et très agréables. Du coté des couleurs surtout où la restitution 2K met enfin en valeur les riches teintes de l’Eastmancolor, appuyant les contrastes, soulignant les dégradés et célébrant constamment la sublime photographie de Mario Bava. Les argentiques sont bien présents, le grain assez agréable mais on notera quelques défauts de pellicules et instabilités encore régulièrement présent sur Les Travaux d’Hercule, là où le second film s’avère bien plus ferme et mieux préservé par le temps.
Son
Si les deux versions originales italiennes retrouvent assez fièrement leur petit mono d’époque et assurent un rendu toujours clair et homogène, les doublages français accusent un peu plus le coup. Pour le premier opus, les dialogues semblent régulièrement éteints et oscillants avec de petits grésillements en arrière-plans. Pour le second, le doublage est beaucoup plus franc et énergique mais manifestement le film fut distribué dans une version tronquée et ainsi des petits segments autours d’Iole (essentiellement) repassent en vost.
Interactivité
Les deux films sont proposés en éditions séparées dans leurs digipack cartonnés avec fourreau. Les Travaux d’Hercule est mis en avant avec la présence dans celui-ci d’un livret assez conséquent entièrement tourné vers la biographie de Steve Reeves. Un ouvrage inédit en France et solidement rédigé par Emmanuel Rossi qui retrace toute la vie du culturiste, reflète sa philosophie de vie et bien entendu s’attarde longuement sur ses ambitions cinématographiques et retrace l’ensemble de sa filmographie. Vraiment très intéressant.
Sur les disques proprement dits en dehors des habituelles (mais toujours joliment composées) galeries d’affiches et de photos, on peut passer quelques temps en compagnie de l’acteur Willy Colombini, interprète de Pollux, qui nous offre quelques charmantes anecdotes sur la personnalité de Steeve Reeves, sur un tour de magie signé Bava, la présente de Giuliano Gemma dans Hercule et la Reine de Lydie et autres considérations sur ses collègues et les films d’aventure à l’italienne.
Liste des bonus
Les Travaux d’Hercule : Le livret « Steve Reeves » par Emmanuel Rossi (64 pages), « Hercule déchaîné » : Entretien avec Willy Colombini (18’), Diaporama d’affiches et photos (4’), Bande-annonce originale (2’).
Hercule et la reine de Lydie : « Hercule l’invincible » : Entretien avec Willy Colombini (14’), Scène coupée (1’), Diaporama d’affiches et photos (1’).