LES RÔDEURS DE L’AUBE & DANIEL BOONE, L’INVINCIBLE TRAPPEUR

Rage At Dawn, Daniel Boone, Trailblazer – États-Unis – 1955, 1956
Support : DVD
Genre : Western
Réalisateurs : Tim Whelan, Albert C. Gannaway & Ismael Rodriguez
Acteurs : Randolph Scott, Forrest Tucker, Mala Powers, Bruce Bennett, Lon Chaney Jr., Faron Young, …
Musique : Paul Sawtell, Raul Lavista, Albert C. Gannaway
Durée : 157 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais 2.0 Mono, Anglais & Français 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 1er décembre 2020
LE PITCH
En 1866, une agence de détectives envoie son meilleur homme pour tendre un piège au gang des frères Reno.
En 1775, le trappeur Daniel Boone tente de protéger la paix entre les Indiens Shawnee et les colons du fort de Boonesborough …
La vérité vraie
Faisant partie des derniers éditeurs indépendants à ne pas avoir renoncé au format DVD, Artus continue d’élargir ses collections et propose aux curieux une paire de westerns à petit budget dont le point commun est de s’attaquer à deux histoires vraies pour mieux les tordre et les adapter aux exigences commerciales du moment.
Actifs de 1864 à 1868, les frères Reno terrorisèrent le sud de l’Indiana, multipliant les hold-up, avant de finir lynchés par les habitants de la ville de Seymour sans autre forme de procès. Moins connus que le gang des Dalton ou le gang James-Younger, ils sont pourtant les premiers à opérer en famille et leur histoire est assez riche, incluant une éducation méthodiste rigoureuse (mais quelque part, à un moment donné, c’est parti en sucette), une carrière de chasseurs primes et de déserteurs tout du long de la Guerre Civile et de nombreux crimes avec un goût prononcé pour les attaques de trains. Peu de film, pourtant, leur sont consacrés. Le plus célèbre est Love Me Tender en 1956, premier rôle d’Elvis Presley pour le cinéma. L’accent est mis sur les chansons du King et l’histoire des Reno est traitée un peu par-dessus la jambe.
Produit un an auparavant et à peu de frais par le spécialiste du western Nat Holt et distribué par la RKO, Les rôdeurs de l’aube rend davantage justice à la terrible fratrie. La dynamique familiale est plus ou moins respectée puisque Laura et Clint Reno, les seuls à ne pas commettre de crime, naviguant entre crainte, loyauté et respectabilité, y tiennent des rôles importants. La violence des Reno n’est pas non plus édulcorée lorsque ces derniers se saisissent d’un indic et le font brûler vif dans une grange. Pour autant, les braqueurs ne sont que les faire-valoir d’une histoire bien vite phagocytée par le personnage joué par le sémillant et populaire Randolph Scott, employé par l’agence Pinkerton (renommée ici Peterson) pour faire tomber les frères Reno. Le fameux lynchage est timidement relégué à la toute fin et, là encore, c’est un Randolph Scott tentant d’empêcher la pendaison sauvage des Reno qui est au centre de l’attention. Spécialiste de la comédie et ancien collaborateur d’Harold Lloyd, le réalisateur Tim Whelan réalise là un western très routinier et pas vraiment palpitant lorsqu’il s’agit de faire parler la poudre. Aussitôt vu, aussitôt oublié. La saga des frères Reno attend toujours SON film.
Le ciel, les oiseaux et les Indiens
Remontons de près d’un siècle en arrière pour nous arrêter sur le personnage de Daniel Boone. Pionnier, explorateur, homme politique et surtout trappeur (c’est à dire un chasseur, spécialisé dans la fourrure des animaux), le sieur Boone participe aux guerres entre les Français et les Indiens et à la Guerre d’Indépendance Américaine, fonde une grande famille et s’éteint paisiblement à l’âge de 84 ans. Plus consensuel qu’un Davy Crockett ou qu’un John Jeremiah Johnson, Boone est un patriarche, guerrier par obligation plus que par instinct et un aventurier relativement « sage ».
Cherchant à profiter du succès de la série produite par Disney sur les péripéties de Davy Crockett, la Republic Pictures, grande pourvoyeuse de séries B tournées à toute vitesse pour pas un rond ou presque, s’empare de Daniel Boone pour un film d’aventures à vocation familiale, histoire de flatter le patriotisme et le sang des pères fondateurs qui coulent dans les veines des bons américains bien nés. Réalisé à quatre mains par Albert C. Gannaway et Ismael Rodriguez (qui a fait quoi ? Mystère), Daniel Boone, l’invincible trappeur se repose sur l’un des événements les plus célèbres de la vie du trappeur, le siège de Boonesborough par les tribus Shawnee, alliés des Anglais. La description qui en est faîte ici est toutefois discutable. L’année n’est pas la bonne (1775 au lieu de 1778) et la nature sanglante de cette attaque est réduite à la dimension d’une simple escarmouche, budget limité oblige.
En dehors de sa durée, le film ne présente guère plus d’ambitions qu’un simple épisode de série télévisée d’alors avec une mise en image ô combien mollassonne. Les Anglais (enfin, un Anglais, faut pas pousser) sont des salopards retors, les Indiens sont des primitifs faciles à duper et qui parlent comme dans une BD de Lucky Luke (Ugh, visage pâle!) et les pionniers sont presque des hippies qui chantent de zolis chansons lorsque le jour se lève et ne feraient pas de mal à une mouche. On retiendra seulement cette scène surprenante où Boone doit survivre à un rituel indien en forme de passage à tabac bien gratiné pour prouver son honnêteté et la présence de Lon Chaney Jr. qui cachetonne sans conviction en chef de tribu avec une expression qui rappelle celle de Droopy.
Image
Abîmée et visiblement issue de nombreuses sources différences (dont, semble-t-il, une VHS), la copie des Rodeurs de l’aube fait le minimum syndical et souffre d’une compression hasardeuse. Mais le pire est à venir avec le transfert déplorable de Daniel Boone, à la limite du regardable, pixelisé à outrance et si mal encodé que l’on a peine à voir le visage des acteurs entre deux sautes d’image. Même pour un format considéré comme obsolète, on a rarement vu ça.
Son
Du souffle et du craquement un peu partout avec des coups de feu sans relief, de la musique qui patine et des dialogues tout juste clairs.
Liste des bonus
Bandes Annonces.




