LES INFILTRÉS

The Departed – Etats-Unis, Hong-Kong – 2006
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller, Policier
Réalisateur : Martin Scorsese
Acteurs : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson, Mark Wahlberg, Martin Sheen, Ray Winstone, Vera Farmiga, Alec Baldwin…
Musique : Howard Shore
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 151 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 14 novembre 2025
LE PITCH
À Boston, une lutte sans merci oppose la police à la pègre irlandaise. Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec « un bleu » issu des bas quartiers, Billy Costigan. Tandis que Billy s’efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l’Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d’éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en « sous-marin » et informe Costello des opérations qui se trament contre lui. Risquant à tout moment d’être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité…
Volte face
Pas loin d’être le plus gros succès au box-office de sa carrière et accessoirement le film qui lui apporta, enfin, son premier oscar du meilleur réalisateur, Les Infiltrés n’est cependant pas l’œuvre dont Martin Scorsese est le plus satisfait. Un exercice de style en forme de polar plus nerveux qu’opératique mais qui reste maitrisé et haletant.
Il faut dire qu’à l’origine Les Infiltrés n’est pas un projet porté par Scorsese mais plutôt par son nouvel acteur fétiche Leonardo DiCaprio. Celui-ci veut en effet poursuivre leur collaboration après Gangs of New York et Aviator en s’emparant du projet de remake de Infernal Affairs, polar HK tortueux et percutant signé Andrew Lau et Alan Mak, qui a tout renversé en Asie et s’est déjà concocté une sacrée réputation en occident. Scorsese y voit surtout une bonne occasion de signer une production plutôt accessible, dans l’air du temps et relativement grand public, lui permettant de patienter jusqu’à la mise en boite de son projet plus personnel : Silence, un autre remake de film asiatique, mais plutôt versant drame historique contemplatif. Le cadre de Les infiltrs, même s’il se déroule à Boston et non à New York, reste cependant très proche de l’univers habituel du cinéaste qui va rapidement y trouver un monde mafieux tentaculaire, un réseau de criminalité férocement ancré jusque dans les rangs de la police, et qui semble transformer la ville en théâtre de violence, en vision vérolée et terriblement sombre de l’Amérique. Grace aux dialogues cinglants de William Manahan, et ce malgré la sophistication poussée du scénario, les échanges, les personnages et les situations sonnent constamment dans le vrai, donnant corps à des truands et des flics dont les attitudes, la froideur et la brutalité se confondent souvent.
La loi et le chaos
C’est l’idée maitresse du film qui imagine justement les chemins parallèles suivis par deux infiltrés de chaque camp, l’un dans les rangs de la section anti-gangstérisme, l’autre au sein de la bande du parrain irlandais Costello, tous deux jouant constamment leur vie, et leur santé mentale, dans un jeu du chat et la souris qui peut rapidement tourner à la traque schizophrénique. Les purs atours du thriller puzzle, aux tours et détours sinueux, intéressent beaucoup moins le cinéaste que l’impact psychologique sur les deux « rats » de l’affaire : Billy (Leonardo DiCaprio) flic perdu face à la violence à laquelle il assiste constamment, hanté par un héritage familial criminel, et Colin (Matt Damon) écrasé sous le poids du mentor Costello qui semble lui avoir arraché tout libre arbitre, tout sens moral. Le film n’est jamais aussi excellent que lorsqu’il se construit effectivement sur cet effet miroir entre les deux hommes, accessoirement (et un peu facilement) attiré par la même femme, mais dont surtout les trajectoires ne cessent de se répondre l’une l’autre. Les 20 premières minutes du film, au montage syncopé accompagnant l’arrivée des deux protagonistes au sein des forces de l’ordre et annonçant déjà leurs chutes respectives, sont particulièrement impressionnantes. Tout comme cette longue traque nocturne dans le quartier de Chinatown de Boston, où les deux silhouettes se suivent et se mêlent jusqu’à se confondre, dont la tension, la gestion de l’espace et du rythme, ou l’utilisation de la lumière, renvoient aux meilleurs moments du cinéma de Scorsese.
L’autre grande force du métrage est bien entendu son interprétation, absolument imparable tout du long. DiCaprio et Damon sont charismatiques en diable, mais les participations de Martin Sheen, Ray Winstone, Alec Baldwin ou Mark Wahlberg, fabuleux en flic ordurier presque détestable (mais finalement le seul à être droit de bout en bout), apportent un aspect choral qui n’est pas dénué d’humour noir. Mais ils se font tous voler la vedette par la performance sidérante d’un grand Jack Nicholson, terrifiant en chef mafieux sans limite, pervers, changeant, insaisissable, brillant et flippant à la limite du monstre psychopathe. Ses face à face sous tension avec ses plus jeunes partenaires (voir disciples) valent bien ceux entre Ray Liotta et Robert DeNiro.
Image
Attention, Les Infiltrés fut tourné initialement sur support numérique 2K puis transféré sur format 35mm pour certaines projections. Ce nouveau master 4K est donc forcément une upscale technique visant à développer la qualité d’image et l’intensité de ses détails au-delà de ses capacités initiales. Cela étant dit, en dehors de quelques plans parfois légèrement plus plats qu’à l’accoutumée sur ce support, il faut reconnaitre que le travail fourni est exemplaire. Supervisé par la fameuse Thelma Schoonmaker, monteuse historique de Scorsese, le transfert reste extrêmement fidèle à l’optique initiale tout en lui apportant plus de finesse, de profondeur et de détails que l’ancien Bluray (déjà très solide en son temps) tout en développant de manière manifeste sa photographie, creusant plus encore les ombres ou en donnant une fermeté inédite aux teintes bleutées, si présentes tout du long. Solide.
Son
On aurait pu espérer l’apparition d’une piste sonore Dolby Atmos, mais les deux DTS HD Master Audio 5.1, déjà présents sur le Bluray de 2008, ne déçoivent pas. Clairs, bien équilibrés, plutôt musclés quand il le faut, ils assurent quelques atmosphères bien enveloppantes et une énergie générale bien troussée.
Interactivité
Pour cette ressortie combo 4K / Bluray Les Infiltrés retrouve ses suppléments bien connus que sont un étrange sujet sur l’histoire et les spécificités de la criminalité bostonienne et un mini documentaire qui plutôt de se consacrer uniquement au film en présence dévie sur l’ensemble des polars du cinéaste, leurs styles et leurs références. Plus intéressantes, les scènes coupées, toutes introduites et expliquées par Scorsese en personne permettent d’apprécier le travail d’épure effectué sur la table de montage.
Ici L’Atelier d’images ajoute un supplément maison avec la longue présentation du film par le journalise Nicolas Schaller dont le livre Scorsese La Totale devrait sortir dans quelques semaines. Il évoque le travail d’adaptation, la place du film dans la carrière du cinéaste, les différentes variations de casting, le tournage entre Boston et New York et les soucis de planning, et brosse le portrait d’un métrage solide mais pour lequel il lui semble manquer la petite étincelle scorsesienne. Un peu long peut-être mais intéressant.
Liste des bonus
« Les Infiltrés : Porter sa croix » : Analyse du film par Nicolas Schaller (47’), 9 scènes additionnelles introduites par Martin Scorsese (18’), « Histoire de la pègre de Boston » : La vie du gangster qui a inspiré le scénario (21’), « La Violence au cœur de l’œuvre de Martin Scorsese » (24’).







