LES GRANGES BRULÉES

France, Italie – 1973
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier, Drame
Réalisateur : Jean Chapot
Acteurs : Alain Delon, Simone Signoret, Paul Crauchet, Bernard Le Coq, Renato Salvatori, Jean Bouise, Catherine Allegret, Miou-Miou…
Musique : Jean-Michel Jarre
Durée : 99 minutes
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 09 avril 2021
LE PITCH
Dans le Haut-Doubs, une ferme enfouie sous la neige enferme pour l’hiver une famille, un troupeau et les tonnes de fourrage nécessaires. Cette famille, c’est celle de Rose, 50 ans, robuste, intelligente, sans méchanceté. Elle règne sur sa petite tribu : un mari, des enfants, des belles-filles, des petits-enfants. Et jusqu’à la nuit où le cadavre d’une jeune femme poignardée avec sauvagerie est découvert proche de la ferme, la famille de Rose vivait une vie quotidienne sans histoires. L’enquête se déclenche, et très vite, le juge d’instruction, Pierre Larcher, en vient à soupçonner la ferme et en particulier les fils de Rose.
Neige fondue
Deux ans après le succès de La Veuve Couderc, le grand producteur Raymond Danon reforme le coupe Delon / Signoret pour un nouveau drame rural mais en confie les commandes au presque débutant Jean Chapot. Malheureusement il va se faire écraser par les deux monstres sacrés.
Si la légende d’un Alain Delon tyrannique, bousculant ses réalisateurs et leur « volant » les commandes d’un film a débuté quelque-part, c’est sans doute sur Les Granges brûlées. Pourtant tous les témoignages portent à croire que la star était loin d’être en tort. Jeune metteur en scène ayant fait ses armes au théatre et ayant connu un petit succès d’estime avec La Voleuse (avec Michel Piccoli et Romy Schneider tout de même), Jean Chapot se serait effectivement montré incapable de diriger ces deux grands acteurs, rapidement agacés par une absence de communication et de direction. Une situation qui n’aurait fait qu’empirer, entre les colères de Delon, la convocation d’un huissier par Chapot, et une équipe de tournage qui aurait tendance à tourner le dos au réalisateur… Explosif jusqu’à ce que finalement Chapot abandonne plus ou moins le tournage sur les dernières semaines, laissant les commandes à Delon et à l’assistant Philippe Monnier. Dépité, Jean Chapot ne tentera plus l’aventure cinéma, retournant au théâtre et ne revenant à l’image que sur le cadre plus confortable de la télévision.
L’art des villes et l’art des champs
S’il est évident tout du long du métrage qu’il y a un manque flagrant de prise en main artistique, d’enjeux scénique (un comble) et que le rythme se montre plus ronronnant que languissant, le scénario se montre assez remarquable dans sa manière d’aborder le cadre du film policier, pour mieux l’esquiver au profit d’un drame sociétal capturant tout une époque finissante. Celle de la fin des grandes campagnes, des paysans d’autrefois cultivant leur terre en famille et en dépit d’une industrialisation envahissant les alentours. La paupérisation des provinces et des campagnes, et surtout l’exode de la jeunesse – ici Bernard Le Coq cheveux aux vents et une très craquante Miou Miou – qui se refuse de rester « paysan » et espère un avenir meilleur à la ville. Un changement qui va frapper de plein fouet la matriarche incarnée par une Simone Signoret, magnétique et terrienne, forte et maternelle, dernière de sa trempe et provoquant l’admiration de tous. Même du juge Pierre Larcher, venu enquêter sur la découverte d’une femme égorgée à quelques mètres de la ferme hors du temps. Car oui il y a bien un crime et une trame de fond policière, mais dont l’avancée prétexte, ne sert en définitive qu’à jouer la confrontation impeccable entre l’élégant Delon, citadin admiratif des lieux et de son âme, et sa gardienne presque statufiée.
Tout repose bien souvent sur les acteurs (et pour cause), leur charisme et leur force de caractère, et si cela suffit pour faire un spectacle recommandable, on a constamment la sensation de passer là à côté d’un grand film éreinté par cette réalisation télévisuelle et fonctionnelle. Une absence que tente constamment de masquer l’étonnante bande originale signée par Jean-Michel Jarre (ce n’était que son second album), qui par ses sonorités synthétiques et extrêmes moderne (pour 73) vient souligner l’atmosphère lourde, inquiétante et étouffante d’une communauté bientôt ensevelie sous le blanc de l’oubli.
Image
Restauré à partir du négatif original scanné en 4K par Studio Canal, Les Granges Brûlées nous parvient chez Coin de mire dans une copie de très haute tenue. Les cadres ont été pointilleusement nettoyés de toute trace des années et la photographie rééquilibrée et rehaussée, aboutissant à une image extrêmement propre et aux rendus colorimétriques idéaux. Du travail d’excellente qualité, souligné par un piqué pointu et un grain organique, mais qui a dû se heurter parfois manifestement à des sources peu égales. Quelques plans viennent ainsi heurter un peu le visionnage par des matières plus neigeuses et une définition plus malmenée.
Son
La restauration est là aussi évidente, puisque la piste française se montre limpide et nette, en particulier dans la restitution des musiques de Jarre, cependant quelques échanges semblent parfois en légères sourdines, plus distants. Mais cela semble être dû à la captation d’origine.
Interactivité
Profitant du traitement grand luxe de Coin de mire, Les Granges brûlées rejoint (par exemple) La Veuve Couderc, s’habillant d’un même Mediabook aux revêtements noirs et au lettrage doré. A l’intérieur un livret combinant photos d’exploitation et documents d’époques (livrets de presse) ainsi que les reproductions au format photo de quelques images d’exploitation et en 29x23cm l’affiche du film. Bel objet comme toujours, et belle politique éditorial donnant accès à la désormais fameuse « séance complète » proposant de visionner avant le film des actualités de l’année 73 (on y parle beaucoup des dernières « colonies »), une bande annonce et une sélection délectable d’anciennes pubs plus ou moins rétros.
A cela s’ajoute aussi ici un reportage d’époque sur le tournage permettant au réalisateur de prendre brièvement la parole et d’évoquer son besoin de parler de ces populations campagnardes. Aucun indice des difficultés rencontrées sur le tournage. Le documentaire de 2005, donnant la parole à l’assistant réalisateur et à la script-girl, lui ne fait que ça dressant le portrait d’un jeune réalisateur mutique et écrasé par la présence des deux géants. Très intéressant mais parfois presque trop cruel et à charge.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque, un livret reproduisant des documents d’époque (24 pages), 10 reproductions de photos d’exploitations (14,5 x 11,5 cm), la reproduction de l’affiche d’époque (29 x 23 cm), Un tournage difficile (25’), A propos d’un film (9’).