LES ÉVADÉES DU CAMP D’AMOUR & LES TORTIONNAIRES DU CAMP D’AMOUR

Femmine infernali / Orinoco : Prigioniere del sesso – Italie, Espagne – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure, érotique
Réalisateur : Edoardo Mulargia
Acteurs : Anthony Steffen, Ajita Wilson, Cristina Lay, Luciano Pigozzi, Stellio Candelli, Luciano Rossi
Musique : Marcello Gionbini
Image : 1.77
Son : Italien et français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 91 et 90 minutes
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 04 avril 2023
LE PITCH
Au cœur d’une forêt tropicale se trouve un camp de détention pour femmes. Isolés du monde, les gardiens en profitent pour abuser des prisonnières, leur faisant subir les pires sévices. Ne supportant plus la cruauté dont elles sont victimes, un groupe de jeunes femmes va tenter de s’évader, avec l’aide du médecin du camp.
Au cœur de la jungle amazonienne, le contrebandier Jordan utilise des femmes esclaves pour exploiter une mine d’émeraudes, leur faisant subir les pires sévices. Le révolutionnaire Laredo convoite la mine pour financer sa cause, et entreprend d’attaquer Jordan, comptant sur l’aide des prisonnières.
Double enfer pour dames
Tous deux signés par le même réalisateur, interprétés par les même acteurs (et surtout actrices), Les évadées du camp d’amour et Les Tortionnaires du camp d’amour sont des films jumeaux, curiosités libidineuses tournées en parallèles ou l’un à la suite de l’autre, et pensés pour assouvir les bas instincts des amoureux du cinéma bien bis. Et le plaisir va souvent par paire il parait.
Pas franchement célébré sur le tapis rouge cannois ou dans les pages des Cahiers du cinéma et Télérama (pour faire mon JPP), les films de prison pour femmes occupent pourtant une large frange du cinéma d’exploitation bien bis. L’occasion en effet de réunir dans un lieu clos quelques jolies actrices, souvent peu habillées pour cause de restrictions budgétaires, qui entre deux frottis-frottas entre elle pour se réconforter un peu, vont subir les pires traitements de leurs geôliers, forcément sadiques. La base en somme. Comme un socle collégialement accepté et attendu auquel se plie volontiers le tout petit artisan Edoardo Mulargia connu pour ses western Le Pistolero de Tombstone, Viva Django et le giallo très sexy Tropique du cancer, qui embarque d’ailleurs à nouveau dans ses valises son copain Anthony Steffen en guise de tête d’affiche. Enfin les valises, il ne va pas les poser bien loin puisque le tournage ne va pas se dérouler dans l’Amazonie promise mais dans un joli parc naturel de la province romaine. A quelques détails près (amis botanistes c’est à vous…) l’illusion est plutôt réussie cela dit, avec au passage un décors de camps bien planté au milieu et quelques scènes de bateau capturés sur une branche inondée du Tibre. L’exotisme à l’italienne en somme… Le sens du commerce et de l’économie aussi puisque pour profiter pleinement de cet environnement, de l’équipe technique à disposition et de la quasi-totalité du casting, essentiellement féminin, la production opta pour deux tournages en simultanés : Les Évadées du camps d’amour et celui qui fut un temps connu sous le titre de La Fin des tortionnaires du camps d’amour n°2… avant que l’on ne se rende compte qu’il n’y a jamais eu de premier épisode et que les deux films ne sont aucunement la suite l’un de l’autre, mais bien des variations sur le même thème.
Amours départagés
Ainsi dans le premier, Mulargia se concentre essentiellement sur les dures épreuves journalières de quelques prisonnières dans un camps de travaux forcés oubliés dans la jungle, tandis que dans le second, un peu plus ciblé sur l’action, il est question de pierres précieuses et d’un groupe de révolutionnaire libérateur. Anthonny Steffen incarne d’ailleurs dans Les Évadées… un médecin dépressif et alcoolique ne se réveillant qu’in fine pour tenter de sauver quelques donzelles, alors que dans le second il est le courageux meneur des guérilleros. De leurs côtés, la très jolie Cristina Lay et la sculptural Ajita Wilson (autrefois George) et leurs copines restent essentiellement cantonnées dans la case des gentilles victimes, régulièrement mise à nues, attachées, fouettées, exposées, battues et violées sans ménagement. Il est vrai qu’en dehors de plans de sexe relativement plus corsés du coté des Évadées… (on est là à la limite du cinéma X) et le passage de la direction du camp de Luciano Pigozzi au plus allumé encore Luciano Rossi, il y a tout de même de quoi s’y perdre, puisque certains plans et même l’incontournable scène de douche filmée avec lascivité, sont naturellement presque identiques. Surtout que pour complexifier encore la chose, cinq ans plus tard un distributeur américain remonta vaguement les deux films en un seul, ajouta quelques scènes avec Linda Blair en ange vengeur tournées par le Ted Nicolaou de TerrorVision et balança le tout sous le titre Savage Island. Sacré bordel, mais qui forcément rappelle de nombreux bons souvenirs aux bisseux de la première heure, aux amoureux des Flying jaquettes, aux cinémas de quartiers et aux vidéoclubs lugubres…
Loin d’être des chefs d’œuvres du genre Les évadées du camp d’amour et Les Tortionnaires du camp d’amour remplissent tellement docilement toutes les cases du genre, confondent si naturellement perversions et érotismes douteux, emballant le tout avec un petit savoir-faire à la lisière du nanar tout à fait appréciable, qu’il est difficile de résister à ses charmes étalés sans vergogne.
Image
Pas revus par chez nous depuis des lustres, les deux films reviennent avec de tout nouveaux masters HD. Malheureusement on est loin ici d’une glorieuse restauration avec nouveau scan 4K à la source, mais d’un travail plus laborieux effectué à priori à partir de sources fatiguées et bien datées. Les taches et griffures ne sont plus trop perceptibles, mais les copies sont tour à tour marquées par des variations de teintes (quelques glissement verdâtres), par des oscillations de définition et un traitement numérique lissant pas toujours du meilleur effet. Reste heureusement quelques séquences, en pleines lumières et résistantes, qui offrent un piqué agréable et une tenue solide, mais l’ensemble est tout de même bien fragile.
Son
Les pistes monos d’origines sont proposées ici dans leurs jus, avec tout de même un petit rééquilibrage et nettoyage de circonstance. Les versions italiennes s’en sortent plutôt bien avec une restitution sobre et efficace là où les versions françaises se montre plus plates avec même quelques échos métallique pour Les évadées du camp d’amour.
Interactivité
Séparés dans deux digipack Bluray + DVD avec fourreaux cartonnés distincts, les deux films continuent leur partenariat en partageant même leurs bonus. Le brave Cristophe Bier, maitre es bis non recommandable, sépare ainsi sa présentation des films en présentant le genre et ses codes, le réalisateur Edoardo Mulargia sur le disque du premier film, et revenant plus largement sur les second rôles (en particulier Ajita Wilson) et le joyeux remontage (entre autres) sur le second. De la même façon la rencontre avec le chef opérateur Maurizio Centini est scindée en deux segments certes concentrés autour de chaque opus, mais introduisant aussi ses débuts dans le cinéma pour le premier, et s’attardant plus volontiers sur cette belle époque du cinéma artisanal dans le second. Un bonhomme bien sympathique bourré d’anecdotes et de détails professionnels (tiens prend ça dans les dents Steffen !) qui s’écoute avec beaucoup de plaisir.
Liste des bonus
Les Évadées du camp d’amour : Présentation par Christophe Bier (33’), Entretien avec Maurizio Centini (13’), Diaporama d’affiches et photos
Les Tortionnaires du camp d’amour : Présentation par Christophe Bier (33’), Entretien avec Maurizio Centini (18’), Diaporama d’affiches et photo