LES DIABOLIQUES

France – 1955
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Henri-George Clouzot
Acteurs : Simone Signoret, Véra Clouzot, Noël Roquevert, Paul Meurisse, Charles Vanel, Michel Serrault …
Musique : Georges Van Parys
Image : 1.33 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 116 minutes
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Christina Delassalle, héritière sud-américaine, a investi sa fortune dans un pensionnat pour enfants des environs de Paris. Elle vit sur place et y enseigne avec trois autres professeurs, mais les fins de mois sont difficiles. Son mari, Michel, ancien sportif, dirige la maison d’une main de fer, et tous plient devant lui, même sa femme et sa maîtresse, une enseignante de l’institut. À force de faire souffrir tout le monde, Michel a fini par rapprocher les deux ennemies et en a fait deux conjurées. Sa femme et sa maîtresse décident de monter un plan pour se débarrasser sans risque de leur maître et tyran…
Crime passionnel
Qui sont les Diaboliques ? Une question qui hante littéralement le film mais aussi sa légende, aujourd’hui toujours intacte malgré la tendance critique à faucher les monuments et un remake américain calamiteux avec Stone et Adjani. Intouchable, pas parfait mais tout comme, sadiquement millimétré… et le plus diabolique dans l’affaire, c’est Clouzot bien entendu.
Plus gros succès du maitre du suspense à la française, bijou de construction savamment calculé jusque dans sa publicité et son exploitation en salle (et Hitchcock qui voulait adapter le même roman Celle qui n’était plus, saura s’en inspirer), Les Diaboliques ne peut que fasciner soixante ans après sa naissance. Certes les films à twist, s’amusant à manipuler le spectateur, à le perdre, avant de lui assener quelques révélations choquantes n’avait rien de nouveau, mais ici Clouzot a réussi comme jamais alors à s’approprier ces codes éprouvés du polar pour leur offrir une patine vertueuse. Car si on loue toujours, et c’est plus que légitime, la technique imparable du film, véritable leçon de construction d’un suspens crescendo et sa mise en scène minutieuse aux accents de film noir moderne, c’est avant tout sa personnalité même, plus que sa technique, qui en font une telle réussite et un gage d’une efficacité qui dépasse le premier visionnage et l’effet de surprise. Cinéaste misanthrope et en tout cas peu chaleureux envers ses contemporains (et cela se vérifiait sur les tournages apparemment), Clouzot nimbe ainsi son film d’une atmosphère de film noir délétère ou aucun personnage, si ce n’est peut-être madame Dalassalle, que l’interprétation fragile de Véra Clouzot concrétise comme une victime totale, une femme fragile du cœur dominée par tous, ne trouve véritablement grâce à ses yeux.
La part du mal
Un petit monde habité de petits être médisants et colporteurs (les deux instituteurs, dont un Serrault formidable), de voisins hypocrites, de détectives fouineurs, et bien entendu de maitresses froides et assassines (Signoret d’une élégance trouble) et de maris infâmes (Paul Meurisse) dont la violence et la cruauté rendent son meurtre parfaitement excusable. Une mare boueuse affleurante, une piscine oubliée pendant l’hiver recouverte de feuilles mortes, une baignoire qui peine à se remplir à cause d’une tuyauterie encrassée… L’eau ne viendra jamais nettoyer les plaies ici, mais plutôt faire ressortie le pire de chacun et ne laissant ni preuves, ni corps, sombrer dans les profondeurs. Un aspect suintant, qui induit du même mouvement une aura presque surnaturelle aux évènements qui vont se dérouler. Car le plan de Nicole et Christina, maitresse et épouse, collègues et amies, amantes (le doute est suggéré) et ennemies, ne peut bien entendu se passer sans heurts, sans tensions, sans témoins imprévus ou gros lourdauds de circonstances (en l’occurrence un Jean Lefebvre presque débutant) … et surtout sans corps qui disparait. Un mystère qui va hanter lourdement et fébrilement toute la seconde moitié du film, culminant dans une visitation nocturne du pensionnat digne d’un Jacques Tourneur. Un final avec lequel Clouzot voulait donner des « sueurs froides » à ses spectateurs et dont il est toujours compliqué de discuter sans en livrer les plus terribles surprises, l’acmé cinématographique qui sert de clef de voûte à cet imparable chef d’œuvre.
Image
Cette édition UHD de Les Diaboliques reprend la superbe restauration du film, produite en partie par TF1 Vidéo en 2017 à partir d’un scan 4K du négatif original, mais la transpose désormais sur un support beaucoup plus riche en potentiel. Une fois encore, en dehors des problématiques plans de transitions (en fondus) qui restent assez flous, et de quelques éléments d’origines légèrement fluctuants (la pellicule est très granuleuse) le reste du métrage impose majestueusement ses cadres nettoyés de fond en comble, sa constante stabilité, des contrastes fermes et délicats et surtout une définition redoutable. Respectant avec chaleur et harmonie le grain de pellicule d’origine, la définition est une petite merveille de précision et de profondeur jusque dans les scènes en basses lumières. On est ici au meilleur de ce qui peut être proposé sur un classique de cette carrure.
Son
Très sobre mais plus qu’efficace, le DTS HD Master Audio redonne un peu d’intensité et de clarté au mono d’origine. On descellera parfois des petits débuts de chuintements ou de légères saturations, mais rien de surprenant pour un film de 55 dont la captation sonore n’avait bien entendu rien à voir avec les technologies actuelles.
Interactivité
Quelques années donc après l’édition Bluray de TF1 Vidéo rapidement épuisée, c’est Coin de Mire qui prend le relais pour une édition combo UHD / Bluray en l’inscrivant dans son incontournable collection « La Séance ». En préambule ou en segments séparés, le spectateur peut donc redécouvrir le film dans les conditions des séances complètes d’autrefois avec des actualités Pathé de 1955 tournées autant vers les sports exotiques (le pingpong, le saut en patin à glace, le ski nautique avec miss America…) que vers les éloges de l’américanisme, la célébration d’une entente franco-italienne et l’illustration des crues spectaculaires que venait de connaitre tout le pays, le tout suivi de la bande annonce de Sophie et le crime et d’une belle sélection de réclames à l’ancienne (chewing-gum pour la digestion, Biodop pour avoir des cheveux brillants, papier à rouler et même quelques bonnes adresses locales).
Une belle madeleine de Proust, généreusement complétée par d’autres suppléments plus traditionnels comme cette discussion entre Jean Ollé-Laprune et Samuel Blumenfeld qui permet de revenir justement les relations compliquées entre le couple Clouzot et Montand / Signoret, les particularités stylistiques et ses liens formels (mais pas que) avec Le Salaire de la peur, ou la rencontre avec Bernard Stora, ancien assistant de Clouzot et réalisateur TV, qui s’attarde lui dans sur la précision des constructions du cinéaste et le compare à d’autres réalisateur majeurs plus souples.
Deux items déjà présentés sur l’ancien disque TF1 rejoints ici en guise d’inédit d’une très longue présentation signée Julien Comelli qui brasse autant les origines du film de complot, les liens avec Les Yeux sans visages, que l’ensemble de la carrière de Clouzot, sa maniaquerie légendaire, les aspects presque autobiographiques du film et sa réussite éclatante. Retrouvé dans les archives de FR3 méditerranée, « Les grands-pères du crime » est un petit moment sympathique passé avec les deux auteurs du roman alors qu’ils viennent juste de faire leurs adieux à l’écriture. L’occasion de revenir sur leur méthode de travail, leur style et même leur rencontre avec Hitchcock pour Sueurs froides. Enfin l’interview de Simone Signoret s’avère malheureusement très courte et ne révèle pas grande chose de l’actrice ou du film.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (23’), « Regards croisés sur Les Diaboliques » par Jean Ollé-Laprune et Samuel Blumenfeld (23’), Le film vu par Bernard Stora (20’), « Diaboliquement vôtre » de Julien Comelli (68’), « Les grands-pères du crime » Documentaire sur les auteurs Boileau et Narcejac (26’), Interview de Simone Signoret (1’), Bandes-annonces de la collection.







