LES DÉMONS DU MAIS : LA TRILOGIE D’ORIGINE

Children of the Corn, Children of the Corn II : The Final Sacrifice, Children of the Corn III : Urban Harvest – Etats-Unis – 1984, 1992, 1995
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Fritz Kiersch, David Price, James D.R. Hickox
Acteurs : Peter Horton, Linda Hamilton, R.G. Armstrong, John Franklin, Terence Knox, Paul Scherrer, Ryan Bollman, Christie Clark, Ron Melendez, Jim Metzler, Nancy Lee Grahn, Mari Morrow…
Musique : Jonathan Elias, Daniel Licht
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1 (1er film), Anglais et Français DTS HD Master Audio 2.0 (2ème et 3ème films)
Sous-titres : Français
Durée : 92, 92 et 92 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 16 octobre 2025
LE PITCH
Les Démons du maïs : Un jeune couple marié de passage dans le Nebraska percute en voiture un jeune homme. Mais il semble qu’on l’ait poignardé avant la collision. Lorsqu’ils rejoignent une zone habitée, c’est un village fantôme qui les accueille. Les seuls habitants de Gatlin sont une bande déterminée d’enfants psychotiques…
Les Démons du maïs II : Neuf ans après le massacre des adultes qui avait mis en émoi la petite ville de Gatlin, le journaliste John Garrett se rend sur les lieux, accompagné de son fils Danny, espérant relancer sa carrière grâce à ce terrifiant fait divers.…
Les Démons du maïs III : Deux frères deviennent orphelins après l’assassinat d’un fermier d’une petite bourgade américaine. Les deux enfants sont placés dans une famille en ville, sans que personne ne se doute que le crime a été perpétré par le plus jeune des deux garçons…
Le temps des moissons
Dans la galaxie cinématographique de Stephen King, je voudrais le vilain petit canard. Celui qui n’a jamais réussi à s’imposer comme un incontournable mais qui n’arrête pas de faire des petits ! Voici donc Les Démons du Maïs, du moins les trois premiers épisodes d’une saga improbable mais qui comme « celui qui règne sur le sillon » a ses adeptes fidèles.
Malgré la pléthore d’adaptations diverses et variés des textes signés Stephen King, c’est bien la courte nouvelle Les Enfants du maïs qui a connu, et connait encore, la plus impressionnante pérennité : une saga de neufs films et deux reboot / remake ! Publiée une première fois dans la revue Penthouse en 1977, la nouvelle fut surtout remarquée lors de son intégration dans le fameux recueil Danse Macabre, où la découverte de cette ville fantôme uniquement habitée par une horde d’enfants dévoués à un dieux du maïs fit échos auprès de nombreux lecteurs.
Une trame plutôt simple, jouant essentiellement sur son ambiance et ce retour à un American Gothic des plus évocateurs, une évocation des dérives sectaires et de l’endoctrinement qui effectivement donne à Stephen King en personne l’idée d’en rédiger une version scénarisée pour le grand écran. L’idée fera son petit bout de chemin mais son traitement, jugé trop bavard et littéraire, sera finalement écarté (expliquant en partie la véhémence du romancier envers ces films) au profit d’un projet beaucoup plus direct et surtout bien moins coûteux. Tout petit budget tourné dans une petite ville d’Iowa avec un casting en grande partie pioché sur place (surtout pour les gamins) et extrêmement avare en effets sanglants et en effets spéciaux (rarement convaincants d’ailleurs), Les Démons du maïs prend surtout la forme d’un film de survie. Celui d’un jeune couple qui après avoir percuté un gamin déjà pas bien en forme (la gorge tranchée ça n’aide pas) se retrouve coincé dans le fameux patelin poursuivi par la horde de gosses allumés, dirigés par le gourou illuminé Isaac, qui se doit d’éliminer tout adulte passé les 19 ans. Pour sa première réalisation (et seule mémorable) Fritz Kiersch s’en sort étonnement bien, réussissant à installer un rythme certes assez lent mais plutôt oppressant, à jouer d’effets de premiers plans et de profondeur pour dissimuler la misère et surtout à donner corps quelques jeunes personnages franchement marquants. Le leader Isaac tout d’abord, incarné par un John Franklin qui avec sa maladie génétique installe un trouble certain (un adulte dans un corps d’enfant), mais aussi le plus brutal Malachai ou l’illuminée Rachel. Sans en faire trop, préférant suggérer le fantastique plutôt que de s’y engouffrer, le film reste assez sympathique, bien boosté il faut l’avouer par une ouverture très efficace et la présence d’une jeune Linda Hamilton, quelques mois seulement avant que sa carrière ne décolle vraiment grâce à un certain Terminator.
Boutures invasives
Tout petit succès, mais succès tout de même, le film ne connaitra finalement sa première suite que huit ans plus tard. Pour un budget de moitié moins, le pauvre David Price (fils du producteur, ceci expliquant cela) doit plus ou moins nous rejouer la même histoire mais avec cette fois-ci un héros journaliste, accompagné de son fils, enquêtant sur les terribles évènements qui se sont déjà déroulé. Une suite directe et une copie plus ou moins nette assez platement mise en scène, dotée de dialogues bien crétins et de jeunes acteurs pas franchement des plus charismatiques. Malgré son ambition de s’inscrire dans la mouvance de La Malédiction (merci à la BO de Daniel Licht), Ce The Final Sacrifice a beau se montrer un peu plus sanglant et s’essayer assez maladroitement aux effets spéciaux numériques, il s’embourbe dans quelques considérations écologistes niaises véhiculées par un vieux indien plein de sagesse. On n’est jamais loin du ridicule, et on y saute d’ailleurs joyeusement assez fréquemment. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?
Pour l’instant uniquement distributeur du film mais imposant déjà sa logique d’exploitation Dimension Films (branche « horreur » de la Miramax) enquille avec un troisième métrage dans la foulée. Et si le second n’apportait rien de vraiment nouveau, Children of the Corn 3 : Urban Harvest fait véritablement l’effort de changer de cadre en transportant deux gosses survivants dans une sympathique famille de citadins. Problème l’un des deux est un esprit du mal dissimulé qui entend bien prêcher à nouveau la bonne parole auprès une population de djeuns plutôt récalcitrante. Le scénario insiste cette fois-ci véritablement sur la fracture entre les générations et le monde que les adultes laissent à leurs enfants, tout en jouant sur la confrontation entre les rats des champs et une vision, à peine caricaturale, de la street. Mine de rien, le film a plus de matière à explorer que les deux précédents et le débutant James D.R. Hickox (frère d’Anthony et fils de Douglas) a nettement plus de personnalité à imposer avec une photographie plus sombre et graphique, des effets de caméra ou de montage plus présents. Cela reste du bis, mais nettement plus généreux et plus fun, avec cette fois-ci des racines vraiment agressives, des morts bien plus percutantes et un final pseudo-apocalyptique porté par les expérimentations de Screaming Mad George (dont un monstre en latex bien Z).
Un petit coup de fouet pour une franchise qui n’a pas dit son dernier mot, mais avec la main mise définitive de la boite des frangins Weinstein, Les Démons du maïs suivant vont plus ou moins tous reprendre la logique de vache-à-lait des autres licences de l’époque (Halloween et Hellraiser en tête) avec des budgets et des investissements de plus en plus rachitiques et surtout des scénarios indépendants vaguement adaptés pour s’intégrer, au forceps, dans la saga. Il n’est alors pas difficile d’affirmer que les trois premiers films sont la quintessence de l’histoire cinématographique des Démons du maïs. Il ne faut parfois pas être trop exigeants.
Image
Les trois films n’ont pas tout à fait pu profiter de mêmes soins dans leur restauration. Les épisodes 2 et 3 doivent se contenter manifestement de remasterisations numériques à partir de sources plus anciennes. Cela n’empêche pas que le travail a été particulièrement soigné, avec un nettoyage en règle et une définition décuplée par rapport aux anciens visionnages. Certes la photographie un poil lisse et bien entendu les plans à effets spéciaux (digitaux et numériques) tranchent régulièrement pour des raisons évidentes, mais les deux copies restent très solides et appréciées. A coté, le premier Les Démons du maïs est en bien meilleure forme puisque retravaillé à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm. Le film est sorti en UHD en Angleterre, mais le rendu en Bluray est déjà assez exceptionnel avec des cadres particulièrement stables et propres, des couleurs à nouveaux naturelles et contrastées et surtout un grain et des argentiques revitalisés. Le film prend de la distance avec la fausse image de DTV fauché qu’il véhiculait depuis des lustres pour affirmer une patine bien plus solide et cinématographique.
Son
Là aussi, le premier opus peut faire le fier avec un tout nouveau mixage DTS HD Master Audio 5.1 reconstitué à partir des bandes magnétiques originales. Le son est parfaitement clair, sobre mais bien balancé avec désormais quelques effets d’atmosphères bien placés et jamais artificiels. Le doublage français s’accroche comme il peut mais tient encore assez bien la route. Pour les deux suites on reste avec une stéréo plus brute, disposée en DTS HD Master Audio où quelques effets de souffle persistent légèrement, mais sans éléments véritablement gênants à noter. Les doublages hexagonaux eux marquent vraiment le passage en mode DTV de la saga avec des interprétations pas folichonnes et des mixages assez plats.
Interactivité
Proposé dans un coffret en carton bien épais contenant un boitier scanavo pour chaque film, l’édition de Rimini ne reprend pas malheureusement pas la ribambelle de suppléments produits par Arrow (commentaires audios, making of, interviews, court métrage et montages alternatifs…). Rien du coté des menus vidéos, la box propose tout de même un livret plutôt conséquent signé par l’incontournable Marc Toullec. Un retour très complet sur l’ensemble de la franchise, démarrant de la nouvelle de Stephen King jusqu’aux plus récents remakes toujours inédits chez nous, pour un total dépassant la bonne dizaine de films avec bien entendu un soin tout particulier apporté aux trois en présence ici.
Liste des bonus
Un livret sur la saga par Marc Toullec (52 pages).







