LES COPAINS D’ABORD

The Big Chill – Etats-Unis – 1983
Support : Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Lawrence Kasdan
Acteurs : Kevin Kline, Tom Berenger, Glenn Close, Jeff Goldblum, William Hurt, Meg Tilly, Jobeth Williams, Mary Kay Place…
Musique : Divers
Durée : 149 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 24 février 2021
LE PITCH
Des amis se réunissent le temps d’un week-end, pour rendre hommage à Alex, l’un des leurs, qui vient de suicider …
Harold, Sarah, Michael, Nick, … et les autres
S’il fallait dresser une liste des grands oubliés du cinéma US des années 80, le nom de Lawrence Kasdan y figurerait sans doute en très bonne place. Cité (au mieux) pour avoir été le scénariste de L’Empire contre-attaque et des Aventuriers de l’Arche perdue, il est aussi – et surtout – le signataire d’une filmographie attachante, profondément enracinée dans l’imaginaire américain. Sorti en 1983, The Big Chill est l’un de ses joyaux.
Historiquement, c’est en France que le « film de potes », drôle de sous-genre où les hommes (et parfois les femmes) fendent l’armure et font le bilan d’une vie alors que la quarantaine sonnent à la porte, acquiert ses lettres de noblesse. Claude Sautet en pose les bases avec l’immortel Vincent, François, Paul, … et les autres en 1974 et Yves Robert affine encore le procédé à l’occasion du doublé Un éléphant, ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis en 1976 et 1978. Le point commun de ces trois œuvres ? Feu le scénariste Jean-Loup Dabadie dont l’écriture d’alchimiste, aussi tendre que précise, parvient à marier le drame humain, la comédie de mœurs et l’instantané d’une société française en pleine mutation. En résumé, le « film de potes » se doit d’être à la fois intimiste et culturel, de faire rire et de faire pleurer, d’être théâtral et cinématographique, de faire oublier la minutie de ses dialogues dans une direction d’acteurs bouillonnante et qui donne l’illusion d’une improvisation constante. Depuis le succès des surestimés Le cœur des hommes et Les petits mouchoirs en 2003 et 2010, le cinéma français n’a eu de cesse de courir après cette formule qui lui échappe un peu plus à chaque nouvel essai. Fin de la parenthèse hexagonale.
S’il est tentant de rattacher à ce courant des monuments tels qu’American Graffiti et Voyage au bout de l’enfer dont la narration chorale et la peinture d’une désillusion masculine typique des années 70, il serait plus juste de citer le méconnu Diner de Barry Levinson, datant de 1982, comme le véritable coup d’envoi de la descendance américaine des films de Claude Sautet et Yves Robert. L’année suivante, Lawrence Kasdan, tout auréolé du succès de l’affolant néo-noir La fièvre au corps, monte d’un cran et livre LE chef d’œuvre du genre. Écrit à quatre mains avec la scénariste Barbara Benedek, Les copains d’abord (titre français stupide) confronte, avec une justesse de ton sidérante, sept amis pour la vie et leurs regrets.
Le monde d’après
Certains critiques de l’époque ont reproché à The Big Chill de ne rien raconter et de cumuler les clichés dans la caractérisation de ses protagonistes. Le fait est que oui, Lawrence Kasdan ne fait guère évoluer son cercle d’amis entre la première et la dernière minute du métrage. Par fainéantise ? Absolument pas. Le statu quo émotionnel que le cinéaste entretient est en réalité au cœur de son propos. Le suicide du personnage d’Alex, que l’on ne verra jamais (une poignée de scènes ont été tournées, avec Kevin Costner dans le rôle, avant de sauter au montage), impose le temps mort et la réflexion. Kasdan en profite pour dresser un constat sombre et implacable: le rêve américain n’est plus. On peut même dire qu’il s’est « suicidé » en atteignant son objectif. La réussite est un échec. Entre les aspirations révolutionnaires de la fin des années 60 et le matérialisme triomphant de l’ère Reagan, toute une génération semble avoir bradé son identité contre un gros chèque, une bonne dose de cynisme, un individualisme vain, une poignée de psychotropes et des projets que l’on peut résumer en un slogan paresseux. Sans verser dans le misérabilisme, l’ironie facile ou la psychologie de comptoir, The Big Chill met en parallèle le thème universel du passage douloureux à l’âge adulte et la trajectoire d’une nation qui a tué ses rêves à force de vouloir les transformer en produits de grande consommation. Kasdan enfonce encore le clou en faisant de sa bande originale une compilation de chansons des 60’s et du début des 70’s. Le passé est une prison dont on ne s’échappe pas. Mais il n’est pas non plus interdit de s’y réfugier pour cultiver les bons souvenirs.
Et les clichés dans tout ça ? Un acteur de série télé populaire, un chef d’entreprise prêt à revendre sa juteuse affaire à un grand groupe, un journaliste cynique, une working-girl célibataire en mal d’enfant, une femme au foyer qui a abandonné ses rêves d’écriture, un rescapé du Vietnam tombé dans la drogue, une épouse adultère mais libre et bienveillante. Chaque personnage porte effectivement en lui une composante majeure de son époque et la tapisserie qui en résulte pourrait apparaître comme surlignée au marqueur si Lawrence Kasdan n’avait pas eu l’intelligence, d’une part, de soigner son casting et sa direction d’acteurs et d’actrices et, d’autre part, de la faire voler en éclat en y ajoutant un élément insaisissable en la personne de la superbe Meg Tilly, fascinante en jeune femme au regard lunaire, refusant le deuil avec une naïveté touchante. Sa simple présence dans le cadre sert de rappel. L’émotion prime sur le symbolisme. The Big Chill est un film en quête de l’amitié en tant que sentiment, un sentiment intangible. Libre au spectateur d’y rester hermétique ou d’ouvrir son cœur, le temps d’un week-end en apesanteur et avec l’un des plus beaux castings au monde. ‘Nuff said.
Image
Souvent critiqué pour la qualité parfois discutable des encodages proposés et un recours fréquent et incompréhensible au MPEG-2, BQHL fait amende honorable en proposant The Big Chill dans une copie splendide, restituant avec d’infinies nuances la superbe photographie automnale de John Bailey. Et ce bond qualitatif de s’expliquer par la réutilisation du master de l’éditeur américain Criterion, lequel avait restauré le film en 2013 sous la supervision de son directeur photo et du metteur en scène, avec une attention toute particulière pour les teintes, les couleurs et le grain, presque imperceptible. Le résultat est tout bonnement stupéfiant de naturel et se dispense du moindre bidouillage numérique.
Son
Un mixage stéréo à l’équilibre presque surnaturel où la musique envahit l’espace avec un dynamisme qui force le respect. Même constat pour les dialogues et les ambiances. Les craquements discrets des disques vinyles de Kevin Kline, la clarté des voix, les effets atmosphériques feutrés, … la sensation de cocon acoustique est plus que séduisante.
Interactivité
Si l’on peut s’estimer chanceux d’avoir récupéré le transfert du blu-ray Criterion, tous les suppléments n’ont malheureusement pas fait le voyage. L’interview de Lawrence Kasdan et la table ronde avec une partie de l’équipe du film demeurent des exclusivités que nous ne sommes pas prêts de savourer. Il faudra donc se contenter du making-of de Laurent Bouzereau qui date un peu mais qui compile toutefois quelques infos croustillantes, des images de tournage et qui a la bonne idée de concentrer son propos sur l’écriture et la mise en scène. Les presque dix minutes de scènes coupées proviennent également de l’édition DVD de 1999 et rallongent la scène des funérailles avec un running gag hilarant sur le fait que personne ne semble reconnaître ce pauvre Jeff Goldblum. Toujours aucune trace, malheureusement, des scènes de Kevin Costner. Une bande-annonce et un livret d’une vingtaine de pages (tiens, comme chez Criterion!) complètent cette édition certes incomplète mais pourtant très recommandable.
Liste des bonus
Documentaire : « The Big Chill : A Reunion » (56’), Scènes supplémentaires (10’), Bande-annonce, Livret.