LES CHAROGNARDS

The Hunting Party – Etats-Unis – 1971
Support : Bluray & DVD
Genre : Western
Réalisateur : Don Medford
Acteurs : Oliver Reed, Candice Bergen, Gene Hackman, Simon Oakland, Mitchell Ryan…
Musique : Riz Ortolani
Durée : 110 minutes
Image : 1:85 16/9
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 12 février 2021
LE PITCH
Redoutés dans toute la région, Frank Calder et sa bande de hors-la-loi font irruption dans le comté de Ruger, Texas. Son but : enlever une institutrice qui lui apprendrait à lire et écrire. Il ignore encore que son otage, la belle Melissa, est l’épouse de Brandt Ruger, le maître de la région qui ne connaît qu’une réponse : la loi du plus fort. Et, à la tête d’une petite armée, il se lance sur les traces de Calder et de ses hommes, déterminés à leur faire définitivement mordre la poussière…
La dernière séance
Sidonis Calysta ressort le western Les Charognards, remasterisé récemment (en 2017), en DVD et Blu-Ray. Sortit à une époque où le genre était sur le point de s’éteindre, le film est un exemple parfait de l’incompréhension qu’a pu représenter l’arrivée du western spaghetti et sa mauvaise image dans l’industrie du cinéma américain.
Sorti en 1971, Les Charognards se situe à une époque charnière pour le western, comme le film de gangsters ou la comédie musicale, le genre américain par excellence commence à désintéresser le public et notamment la nouvelle génération, celle née après-guerre. Une génération peu encline à suivre les valeurs de leurs ainés et qui va trouver ses repères en prenant pour modèle des hippies à motos plutôt que des cowboys sur des chevaux. Un rejet du classicisme qui avait déjà commencé la décennie précédente en voyant arriver sur les écrans le western venu d’Italie, qui a sérieusement creusé la tombe de son modèle américain. Cassant tous les codes de mise en scène, de musique, de thématiques et de personnages, Sergio Leone a posé, en trois films, un jalon très profond dans l’esprit du spectateur sur ce à quoi doit ressembler un western et le genre ne pourra plus jamais faire marche arrière.
Et comme toute nouveauté connaissant un énorme succès populaire qui n’a pas été préparé par l’industrie, elle fut très mal accueillie par les critiques et par l’industrie du cinéma elle-même, qui n’ont vu dans ces films que violence, vulgarité et amoralité (Clint Eastwood avait dû cacher à son agent qu’il partait tourner en Espagne et récemment Tarantino à travers Once Upon A Time In Hollywood montrait aussi qu’il était mal vu de jouer dans un western spaghetti). Mais pas pour le public qui va lui réserver un succès énorme mais aussi certains réalisateurs américains qui vont se retrouver dans ce style et se l’approprier complètement, comme Sam Peckinpah qui va lui aussi profondément marquer le genre et les esprits avec sa Horde Sauvage. Et qui dit succès, dit récupération et quand il y a de l’argent à se faire, certains producteurs n’hésitent pas à se lancer dans un domaine sans même en comprendre ce qui en fait vraiment la valeur. Et c’est ainsi que des films comme Les Charognards vont voir le jour.
Western Coquillettes
Loin des questionnements humanistes qui font toute la réussite des westerns spaghetti, Les Charognards est la matérialisation parfaite de tout ce que ses détracteurs lui reprochent, vulgaire, nihiliste, violent et complètement idiot ! A l’instar d’un Bruno Mattei qui pensait que mettre des zombies, des soldats en uniforme bleu et des scènes de tarte à la crème suffisaient à rendre Virus Cannibal égal à Dawn of the Dead, il est passionnant (et aussi navrant) de voir dans le film de Don Medford la série de plagiat qui se déroule sous nos yeux, sans aucune compréhension de ce qui faisait fonctionner leurs modèles.
De l’intro, qui nous montre en parallèle le personnage d’Oliver Reed manger de la viande crue pendant que celui de Gene Hackman, en plein (non)ébat avec sa femme, transforme son impuissance sexuelle en violence, à une scène, ridicule, de dégustation de pêches qui joue sur l’étirement du temps, ou la mort des personnages illustrée par des ralentis… le film coche toutes les cases des films de Sam Peckinpah et des westerns italien mais avec un gros feutre très gras. Oliver Reed à certes de très jolis yeux bleus mais ça ne suffit pas à en faire un égal de Clint Eastwood, Franco Nero ou Jean-Louis Trintignant dans un rôle de hors-la-loi au grand cœur et son personnage ne possède aucune caractérisation, si ce n’est qu’il veut apprendre à lire. Un personnage creux et qui en plus n’est pas aidé par une interprétation de l’acteur qu’on qualifiera, au mieux, d’absente (les bonus confirmeront que Reed était très rarement sobre pendant le tournage) ou involontairement drôle (la scène où il pleure un compagnon d’arme). Dans le rôle de l’homme en apparence honnête mais en réalité sadique, Gene Hackman fait le minimum syndical mais sera bien plus mémorable 20 ans plus tard en jouant le même type de personnage dans Impitoyable et Mort ou Vif. Et enfin Candice Bergen fait ce qu’elle peut avec un rôle de femme abusée qui se révèle sa force mais très, très, loin de la Jill McBain d’Il Était une Fois dans l’Ouest sur laquelle elle semble calquée. Pire, elle ne s’épanouie que sous le prisme de l’histoire d’amour qui se crée entre elle et son kidnappeur. Le seul à tirer son épingle au jeu des copies est Riz Ortolani qui compose une très jolie B.O, bien sur, très inspiré du lyrisme d’un Morricone mais c’est bien le seul élément du film qui peut faire parfois soulever un sourcil d’intérêt.
Ironiquement cette même année 1971, Oliver Reed et Gene Hackman joueront chacun dans un chef-d’œuvre, Les Diables de Ken Russel pour Reed et French Connection de William Friedkin pour Hackman. Deux chefs-d’œuvre novateurs, qui vont grandement influencer le cinéma anglo-saxon et laisser une trace durable. Tout le contraire de ces Charognards, mercantile et cynique fait par des gens qui ne comprenne jamais ce qu’il copie et n’ont jamais vu que sous la boue et la crasse il y avait de la beauté.
Image
Bénéficiant d’un master récent, l’image du blu-ray est tout à fait convenable. Le piqué rend très bien les détails de la peau que ce soit avec la transpiration ou de la poussière, ou les nombreux effets gores du film. Dans les points négatifs on notera seulement quelques griffures et un manque de définition sur les images du générique d’ouverture mais mis à part ça, le transfert est très satisfaisant à regarder.
Son
Les deux pistes audios du Blu-Ray, VO et VF, sont proposées en DTS master audio 2.0 qui mettent bien valeur la très belle musique de Riz Ortolani et les nombreux gunfight du film. Toutes les deux bien équilibrées, on favorisera peut-être un peu plus la VO pour son mixage plus naturelle mais la version française contentera tout à fait les aficionados.
Interactivité
L’édition de Sidonis Calysta est encore une fois assez généreuse en bonus puisqu’on y retrouve trois interviews assez complémentaires. Patrick Brion présente le film et replace le contexte de sa sortie, le genre étant en pleine évolution. Olivier Père fait une analyse plus en profondeur, en abordant le scénario et ses différentes influences, la caractérisation des personnages et la mise en scène. Enfin Mitchell Ryan revient sur son expérience du tournage (notamment ses beuveries avec Oliver Reed qui ont failli lui couter sa place) et le tournage particulier puisque l’équipe était surveillée par la police espagnole.
Liste des bonus
Interview de Mitchell Ryan (12’), Analyse d’Olivier père (40’), Présentation de Patrick Brion (7’).