LES CARABINIERS

France, Italie – 1963
Support : Bluray
Genre : Guerre, Drame…
Réalisateur : Jean-Luc Godard
Acteurs : Marino Masé, Patrice Moullet, Geneviève Galea, Catherine Ribeiro…
Musique : Philippe Arthuys
Durée : 85 minutes
Image : 1.78 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Éditeur : Studio Canal
Date de sortie : 05 mars 2021
LE PITCH
Deux illettrés pauvres et crédules quittent leur cabane en bois pour conquérir, sur ordre du roi, toutes les richesses du monde. Ils pillent, tuent en toute innocence et ramènent un bien étrange butin de guerre …
JLG s’en va-t-en-guerre
Après Le petit soldat, Jean-Luc Godard retourne sur le champ de bataille avec ce pamphlet antimilitariste, Les carabiniers, sorti en 1963. Un film incompris, boudé par le public et éreinté par la critique de l’époque…
Sorti entre deux succès , Vivre sa vie en 1962 et Le mépris en 1963, Les carabiniers fait office d’énigme dans la filmographie de Jean-Luc Godard. Pris d’une frénésie de tournages en ce début des années 1960, avec plusieurs sorties de film par an, l’helvète était également en pleine période rossellinienne, la Nouvelle Vague étant éprise du néo-réalisme italien. C’est ainsi que Godard tournera un sketch du film italien RoGoPaG (avec les réalisateurs Rossellini, Pasolini et Gregoretti), sorti en 1963. Parallèlement, il découvre la pièce de théâtre Les carabiniers de Beniamino Joppolo, acteur italien antimilitariste, que Rossellini vient de mettre en scène, provoquant un certain scandale en Italie… Tourné en une vingtaine de jours entre décembre 1962 et janvier 1963, en région parisienne et à Rungis, le sixième long-métrage de Godard s’avère encore de nos jours un film choquant et déstabilisant. Critique envers les films de guerre, qui à son goût magnifient une chose qui ne devrait pas l’être, le cinéaste prend le contre-pied de l’époque en signant un film à la fois réaliste, de par sa vision crue et premier degré, et absurde, pour mieux révéler la bêtise de la guerre. Impossible de ne pas évoquer le lourd contexte d’alors, marqué par la guerre froide, la décolonisation et ses nombreuses victimes, la fin de la guerre d’Algérie, la crise des missiles de Cuba… Un terreau fertile pour Godard qui avec son sketch Le nouveau monde dans RoGoPaG suivait en effet un couple en crise sur fond de monde post-apocalyptique après une guerre nucléaire…
Un énorme fiasco…
Doté d’une image très grise, rappelant celle des documentaires d’alors, agrémenté de véritables images d’archives et notamment d’un nombre impressionnant de cadavres, Les carabiniers ne trouvera pas son public, seulement 70 000 personnes…alors que Le Mépris, sorti cette même année 1963 en attirera près de 2 millions ! Pour rendre la guerre bête et laide, Godard se met au niveau de son sujet, la qualité médiocre de l’image et le casting presque amateur par exemple sont des choix assumés, comme le fait de tourner uniquement le film caméra à l’épaule. La critique fera donc feu de tout bois pour démolir le film jugeant le montage trop heurté, soulignant les faux-raccords, le jeu médiocre de certains acteurs… Une des forces, ou des faiblesses selon le point de vue, de cette fable réside aussi dans les multiples cartons disséminés ici et là. La plupart suggère des lettres envoyées par nos « héros » Ulysse et Michel-Ange à leurs compagnes Cléopâtre et Vénus. Elles reprennent littéralement de véritables courriers écrits par des militaires de toute époque, comme les grognards de Napoléon ou les soldats allemands lors du siège de Stalingrad.
Pêle-mêle, citons-en quelques-unes tant elles vont dans le sens du message de Godard : « On laisse derrière nous des traces de sang et des morts. On vous embrasse tendrement. », « Quelquefois on oblige les gens à s’allonger sur les cadavres de ceux qui viennent des les précéder, et on les fusille dans cette position. » ou encore « Les officiers distribuent des livres où il y a les noms des grands conquérants. On apprend par cœur leurs combats et on étudie leurs vies magnifiques. » Privé de sa muse et compagne d’alors, Anna Karina, Godard s’entoure d’un casting composé de débutants avec notamment le musicien Patrice Moullet (crédité sous le pseudo Albert Juross), la ravissante Geneviève Galéa (mannequin italo-grecque et mère d’Emmanuelle Béart qui est son portrait craché) ou encore Catherine Ribeiro (chanteuse libertaire…). Seul Marino Masé sort un peu du lot, lui qui deviendra un acteur chevronné alternant sa carrière entre films d’auteurs contestataires (Les poings dans les poches de Marco Bellochio ou Les cannibales de Liliana Cavani) et cinéma Bis (le giallo La dame rouge tua sept fois d’Emilio Miraglia ou le poliziottesco Il boss de Fernando Di Leo).
Cette sortie de Studio Canal est donc un excellent moyen de (re)découvrir un des films oubliés de l’un des réalisateurs les plus influents du 20ème siècle. Une œuvre de son temps, mais qui par son message universel nous fait toujours réfléchir et mériterait une plus grande notoriété.
Image
Un master de qualité qui rend hommage au travail passionné de Raoul Coutard, qui fût photographe de guerre en Indochine. Une approche documentaire de l’image qui évidemment ne plaira pas à tout le monde…mais qui retranscrit à merveille l’esprit du film.
Son
Rien à redire sur la qualité sonore d’un film aux dialogues finalement rares et à la musique souvent pétaradante et militaire de Philippe Arthuys…
Interactivité
Bonus un peu maigre mais très cohérent, avec l’intervention de Dominique Maillet, critique de cinéma et réalisateur. Il revient sur le contexte de l’œuvre, et sur la passion, non-partagée, d’auteurs comme Godard et François Truffaut pour le cinéma de Rossellini.
On en apprend aussi un peu plus sur un grand producteur du cinéma français, Georges de Beauregard. Fort d’une incroyable filmographie avec des productions de films de Melville, Demy, Schoendoerffer, Chabrol ou Varda, il soutiendra Godard dans la plupart de ses projets. Malgré déjà l’antécédent de Le petit soldat, qui fut censuré et sortit en salles en 1963, soit trois ans après sa réalisation, il n’hésita pas à financer, avec Carlo Ponti, Les carabiniers.
Liste des bonus
“Le champ/chant des conflits” (30′).