L’ENFER DU DEVOIR

Rules of Engagement – Etats-Unis, Canada – 2000
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : William Friedkin
Acteurs : Tommy Lee Jones, Samuel L. Jackson, Guy Pearce, Ben Kingsley, Anne Archer, Bruce Greenwood,
Musique : Mark Isham
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 128 minutes
Editeur : L’Atelier d’images
Date de sortie : 19 août 2025
LE PITCH
Du Vietnam au Liban, le colonel Terry Childers a combattu sur tous les fronts. Vénéré par ses hommes, il est presque devenu une légende. Aussi, quand l’ambassade américaine au Yemen est cernée par des émeutiers, le secrétariat d’État le charge de son évacuation. Sur place, la situation prend le colonel Childers de court. Face à une foule armée et incontrôlable, il ordonne d’ouvrir le feu. Cette tuerie conduit le héros de l’Amérique devant un tribunal militaire.
Law & Order
Cinéaste culte de French Connection, L’Exorciste ou Police Fédérale Los Angeles, William Friedkin s’échappait de quelques années de vache maigre avec L’Enfer du devoir, thriller procédural qui lui permettait de renouer avec le succès. La critique et le public américains étaient conquis, mais pour le reste du monde ça a toujours été un peu plus compliqué…
Petite arlésienne qui trainait sur les étagères de divers studios depuis quelques années, L’Enfer du devoir est avant tout le scénario de Jim Webb, véritable jeune vétéran qui a justement œuvré, entre autres, dans les couloirs judiciaires de l’armée américaine. Le script est donc nourri de sa propre expérience, de ses souvenirs, de ses expertises, mais aussi de sa propre vision patriotique, mais pas que, lorsqu’elle oppose un véritable héros de guerre à la machine légale et politique US. Appelé à la rescousse par la Paramount et en particulier le grand producteur Richard D. Zanuck, Friedkin n’a jamais été un simple réalisateur mercenaire et encore moins un auteur tiède. Le sujet l’intéresse immédiatement, lui qui a fait ses premières armes à la télévision dans quelques programmes du même genre et qui vient justement de signer trois ans plus tôt une excellente adaptation télévisée de Douze hommes en colère (et aussi un clip pour Johnny Hallyday, mais passons), classique dramaturgique sur fond de quête de la vérité à tout prix. Ici aussi il s’agit bien de savoir si lorsque le Colonel Terry Childers a tiré sur une foule attroupée devant l’ambassade américaine au Yémen il était véritablement maitre de ses moyens, et si les tirs meurtriers dont les militaires ont été victime provenaient uniquement des snipers ennemis ou aussi de ces civils, mais Friedkin n’a certainement pas l’intention de rendre la tache facile au spectateur.
Le culte du vrai
Il va même, un peu comme il le fera avec les différents montages de certains de ses films (L’Exorciste, Cruising…) mentir avec l’image, faisant cohabiter une première séquence sans appel sur la culpabilité du protagoniste avec des flashs récurrents venant la contredire directement. Quelle vision correspond à la réalité, laquelle tient du fantasme ? Un peu des deux mon général ! Comme souvent dans son cinéma le fait simple et analysable n’existe pas et tout le film repose sur cette opposition aussi bien épidermique que formelle entre le chaos absolu des combats sur le terrain (les évènements du Yémen faisait ici échos avec d’autres vécus au Vietnam) et l’atmosphère feutrée et ordonnée d’un tribunal qui ne peut, forcément, toucher du doigt cette sacrée vérité. Ironique, constamment ambiguë voir douteux (on se serait bien passé de ces quelques cartons assez crétins en fin de film), L’enfer du devoir n’en est pas moins absolument passionnant dans sa dichotomie constante développée au passage tout autant vers une opposition entre les hommes de terrains, entièrement dévoués à leur devoir et leur drapeau, et des instances politiques bien plus sinueuses et corruptibles. Ici William Friedkin retrouve toute la force de sa mise en scène nerveuse et intense empreinte de ses racines de documentariste lors de séquences militaire particulièrement mémorable et impressionnantes et affirme une nouvelle fois ses talents de directeur d’acteur. Rarement Samuel L. Jackson, l’accusé, et Tommy Lee Jones, son obligé et avocat, (mais le reste du casting ne démérite certainement pas) n’ont réussi à approcher un tel croisement entre la rigueur militaire, aux lisières de la caricature rigide et virile, et une telle émotion vive, puissante et sensible.
Un film constamment sur le fil donc, sans réponse facile, sans morale simpliste, sans solution magique où le cinéaste, coutumier du fait, ne se permet pas de juger les actes de ses personnages, mais laisse ce soin, ardu, à ses spectateurs.
Image
L’Atelier d’images reprend la toute nouvelle copie 4K produite aux USA par Kino Lorber à partir d’un scan des négatifs originaux 35mm. Et le résultat est impressionnant avec des cadres à la propreté et la stabilité immuables, et surtout un travail renversant sur les textures, la densité et la profondeur de la restitution. Accompagné de traitement HDR10 et Dolby Vision les changements réguliers de cadres, de palettes et d’ambiances lumineuses se font avec énormément de naturel et de nuances, jusque dans des noirs ou des arrière-plans variés et vibrants. Superbe.
Son
Personne n’aurait sans doute craché sur la présence d’une piste Dolby Atmos, mais force est de reconnaitre que la prestation DTS HD Master Audio 5.1 est particulièrement costaude. Si bien entendu les nombreuses scènes de tribunal jouent surtout sur la dynamique des dialogues et les atmosphères feutrées, les quelques passages plus guerriers, et en particulier l’attaque de l’ambassade, envoient du bois. Ultra dynamique, percutant, voir écrasant.
Interactivité
Cette édition UHD glisse dans sa section bonus deux featurettes déjà connues des amateurs, toutes deux évoquant plus ou moins les mêmes questions de l’écriture au tournage, en passant par les performances des acteurs et le thème complexe du métrage à grand renfort d’interviews un peu trop promos et de quelques images de tournage (en particulier pour le second). Quelques interventions sympa (Friedkin toujours) mais qui ne font pas oublier qu’un making of rétrospectif complet manque toujours à l’appel sur toutes les éditions du film. Heureusement la galette reprend l’excellent commentaire audio qu’avait enregistré le réalisateur et dans lequel il revient généreusement sur de nombreux choix techniques et esthétiques, sur sa vision des personnages et de la trame et plus généralement sont approche du film de procès et du cinéma en général. Passionnant malgré quelques silences.
Enfin, l’éditeur français a eu la bonne idée de faire appel à Rafik Djoumi pour une présentation inédite. Le journaliste résume efficacement tous les suppléments précédents, évoque une préproduction sous tension et une incompréhension de la critique américaine qui malgré des retours positifs connaitra le mépris de Friedkin. Quelques anecdotes personnelles et sympas complètent le propos.
Liste des bonus
Présentation du film par Rafik Djoumi (28’), Interview des acteurs et de l’équipe du film (13’), Making of (23’), Commentaire audio de William Friedkin.







