LE PRIVÉ

The Long Goodbye – États-Unis – 1973
Support : Bluray
Genre : Polar
Réalisateur : Robert Altman
Acteurs : Elliott Gould, Nina Van Pallandt, Sterling Hayden, Mark Rydell, Henry Gibson, David Arkin, David Carradine…
Musique : John Williams
Durée : 112 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Editions
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Rien ne va plus pour le détective privé Philip Marlowe. En escortant son ami Terry Lennox au Mexique au beau milieu de la nuit, il ignore qu’à son retour la police le bouclera sous prétexte de complicité dans le meurtre de la femme de celui-ci. Mais une lettre de Lennox, qui vient de se suicider, le disculpe. Doutant fort que son ami soit le tueur, Marlowe mène l’enquête tout en recherchant le mari volatilisé d’une cliente aux fréquentations douteuses…
L.A. Confidential
Après avoir apposé sa pâte sur le film de guerre avec M*A*S*H en 1970, le réalisateur Robert Altman aborde un nouveau genre ultra codifié, celui du film noir, avec Le Privé en 1973. Une adaptation de Raymond Chandler qui porte indéniablement le sceau du cinéaste.
Robert Altman s’attaque avec Le Privé à une icône du film noir, le personnage du détective Philip Marlowe, créé par Raymond Chandler, avec une irrévérence et une intelligence qui font de son adaptation du roman The Long Goodbye une œuvre marquante du Nouvel Hollywood. De fait, cette nouvelle version de Marlowe prend ses distances autant avec le personnage, qu’avec l’atmosphère et le cadre spatio-temporel de l’œuvre originale. Altman et sa scénariste Leigh Brackett (Le Grand Sommeil, Rio Bravo) transposent l’action des années 40 aux 70’s, dans un Los Angeles marqué par une forme de déchéance, tout en conservant des éléments anachroniques pour caractériser le héros (son style vestimentaire, sa vieille voiture d’un autre âge), qu’ils confrontent aux mœurs de son époque (ses voisines hippies à moitié nues qui dansent complètement défoncées sur leur balcon). Marlowe est ici un détective privé qui convoque autant d’éléments classiques du genre que d’écarts. Eliott Gould compose un personnage d’une classe et d’un style complètement dingues, grand échalas dégingandé, mal rasé, fumant clope sur clope, et surtout totalement désabusé par son environnement et son époque. On ne compte plus les scènes où son cynisme et une forme d’ironie transpirent en permanence. En témoignent par exemple l’illustre scène d’ouverture, durant laquelle Marlowe tente en vain de donner à manger à son chat, adepte d’une seule marque de pâtée. On suit le détective jusqu’à une épicerie de nuit, qui ne possède pas l’aliment souhaitée, l’obligeant à se rabattre sur une autre marque et, une fois rentré, notre héros tente de transvaser la pâtée dans l’ancienne boîte, sans que le subterfuge ne prenne sur l’animal. Cette longue séquence à première vue anodine, qui sert de porte d’entrée, est aussi stimulante qu’intéressante dans ce qu’elle annonce du discours du film : un personnage qui avance à son rythme, en décalage constant avec ce qui l’entoure. On peut également noter la typologie de son appartement, situé situé au sommet d’un bâtiment à l’architecture étonnante, accessible par un ascenseur, puis une passerelle, offrant un panorama imparable sur les environs. Marlowe, observateur critique et désabusé d’une époque et d’un Los Angeles des années 70 qu’il ne comprend finalement pas.
Le néo-noir revisité
Dans Le Privé, Robert Altman ne s’attache pas non plus à suivre une progression narrative habituelle du néo-noir, quand bien même il déclenche des intrigues plurielles, que sont deux affaires criminelles en parallèle : la mort de son ami Terry Lennox et de sa femme et la disparition d’un célèbre écrivain, dont l’épouse mandate Marlowe de le retrouver. Sur cette double affaire vient se greffer une troisième couche avec une bande de gangsters qui lui tournent autour et un médecin plutôt louche sur les bords. Le réalisateur superpose ces éléments de récit sans jamais appuyer sur l’accélérateur. Il ne s’impose pas de progression attendue dans l’action, le film restant en permanence dans un rythme au ralenti, un peu ouateux qui lui est propre. Entendons-nous bien, le récit progresse, tirant souvent des ficelles bien connues du genre (la disparition, le héros manipulé, la femme fatale, les antagonistes multiples, les personnages tout en faux-semblants), et c’est une vraie gourmandise d’accompagner le détective dans ses pérégrinations, qui ne s’interdisent pas une touche d’humour par instants (l’irruption d’un tout jeune Schwarzenegger en slip), voire des percées de violence soudaines (la scène de la bouteille de Coca écrasée sur le visage d’une jeune femme ou le final en mode punitif). Mais Le Privé ne ressemble finalement à aucun autre film noir. Et cela, il le doit aussi à son esthétisme et sa mise en scène. La caméra est en mouvement permanent, filmant et surcadrant à travers les buissons, les vitres qui obstruent la vue de Marlowe et celle du spectateur, à grand renfort de zooms et dézoomes tout en finesse. Et que dire de l’image si spécifique signée de l’immense Vilmos Zsigmond, collaborateur régulier d’Altman, mais aussi de Spielberg, De Palma ou Cimino, entre autres ? Avec son aspect délavé, elle donne l’impression d’une certaine forme d’irréalité aux scènes. Accompagnée du superbe score jazzy de John Williams.
Globalement incompris à sa sortie, Le Privé est devenu au fil des années un film important des 70’s, une œuvre réhabilitée devenue l’une des pierres essentielles du style cinématographique néo-noir, un brin mélancolique, tout en s’amusant à repousser, voire subvertir, les limites du genre. Du grand Altman.
Image
Quel bonheur absolu que de redécouvrir ce chef-d’œuvre de Robert Altman avec une copie aussi puissante, resplendissante, autant qu’elle garde le cachet de son époque et de ses choix esthétiques. Si la plupart des défauts de l’image (griffures, taches) sont quasi absents, les contrastes si particuliers travaillés par Vilmos Zsigmond, volontairement moins puissants, pour un résultat plus doux et diffus, apparaissent ici dans tout leur intention initiale. Les couleurs sont assez peu éclatantes, et le tout diffuse une agréable sensation de cinéma d’antan, grain compris.
Son
Les deux versions anglaise et française en DTS HD Master Audio 2.0 sont résolument de bonne qualité. Pas de parasite, ni de souffle, les dialogues sont clairs, la superbe musique de John Williams particulièrement mise en avant. Elle supplante sans aucun soucis la version française.
Interactivité
Cette édition reprend l’essentiel des bonus du DVD paru en 2012 chez Potemkine. A commencer par une interview assez passionnante car très technique du directeur de la photographie Vilmos Zsigmond, qui dévoile ses partis-pris si particuliers sur l’image du film. On y trouve également un entretien avec Robert Altman et Eliott Gould, les deux hommes revenant sur les origines du projet, la conception du film, leur vision du personnage de Marlowe, le réalisateur évoquant notamment son rapport aux acteurs. Enfin, module inédit pour cette édition, une intervention de Jean Ollé-Laprune, historien du cinéma, qui prend le temps de replacer le film dans son époque, et l’aborde par différents biais, tout en soulignant son importance avec le recul, dans l’histoire du cinéma.
Liste des bonus
Entretien avec l’historien du cinéma Jean Ollé-Laprune (45’) ; Entretien avec Robert Altman et Elliott Gould autour du personnage de Rip Van Marlowe (24’) ; Interview de Vilmos Zsigmond (14’) ; 5 spots radios.






