LE POIDS DE L’EAU

The Weight of Water – États-Unis, France, Canada – 2000
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisatrice : Kathryn Bigelow
Acteurs : Sean Penn, Catherine McCormack, Elizabeth Hurley, Sarah Polley, Josh Lucas, Ciaran Hinds, …
Musique : David Hirschfelder
Durée : 114 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : Studiocanal
Date de sortie : 05 mars 2021
LE PITCH
À bord d’un voilier, Jean Janes, photographe, part en reportage sur une petite île du Golfe du Maine, où, en 1873, un double meurtre a été commis. Thomas, son mari, Rich, le frère de ce dernier et Adaline, la petite amie de Rich, l’accompagnent. Des tensions surgissent et le passé et le présent s’entrecroisent…
Une femme à la mer
Cinq ans après le bide on ne peut plus injuste de l’excellent Strange Days, Kathryn Bigelow reprenait du service en catimini pour l’adaptation d’un best-seller d’Anita Shreve. Un ratage aussi ennuyeux qu’embarrassant et incompréhensible, le seul à ce jour d’une cinéaste au talent pourtant immense.
L’intrigue du Poids de l’eau trouve sa source dans un authentique fait divers survenu en mars 1873 sur l’île de Smuttynose, dans le petit archipel des Shoales, à la frontière entre le Maine et le New Hampshire. Dans la nuit du 5, un pêcheur d’origine allemande nommé Louis Wagner aurait assassiné deux jeunes femmes à la hache avant d’être identifié par une troisième et unique survivante, Maren Hontvet. Tout du long du procès et même après, Wagner n’aura de cesse de clamer son innocence, allant jusqu’à s’évader. Capturé de nouveau, il est finalement pendu en 1875. Plus d’un siècle après, la culpabilité de cet unique suspect interroge toujours. Douée pour dépeindre les tourments de femmes incomprises, la romancière Anita Shreve explore cette tragédie sous un regard nouveau et déroule un récit sur deux périodes. Le présent éclaire le passé par le biais des mémoires – fictives – de Maren Hontvet, en réalité la seule coupable du double meurtre de sa sœur et de sa belle-sœur dans un moment de pure colère provoqué par la révélation d’une liaison incestueuse entre Maren et son frère Evan. Une belle idée qui permet de s’intéresser, une fois n’est pas coutume, aux conditions de vie éprouvantes des femmes de pêcheurs à la fin du XIXème siècle, brisées par la frustration, l’attente, la solitude et les éléments. Shreve met aussi en avant le pouvoir de nuisance des non-dits dans le couple, le drame de 1873 en provoquant un autre au cours d’une tempête, à notre époque. Impossible, au passage, de ne pas penser à deux autres romans, également adaptés au cinéma, à savoir Dolores Claiborne de Stephen King (1992) et La Neige tombait sur les cèdres de David Gutterson, ces deux histoires enroulant le passage du temps, les secrets de familles et la condition féminine autour d’un crime en apparence insoluble.
Touché coulé
La complexité de la narration, le retour à un petit budget et à l’indépendance, le rapport à l’Histoire (qui deviendra central dès son film suivant, K-19, le piège des profondeurs) et la peinture d’une galerie de personnages dont les obsessions et les émotions conditionnent leur malheur ne pouvaient qu’attirer la réalisatrice de Near Dark et Point Break. À nouveau libre de voler de ses propres ailes sans qu’on ne la compare en long, en large et en travers à James Cameron, qui fut son mentor, son mari et son producteur, Kathryn Bigelow tente de se construire avec Le poids de l’eau un retour aux sources autant qu’un nouveau départ. Privilégiant des cadres serrés et claustro-phobiques, une lumière le plus souvent terne et ne s’autorisant qu’une poignée d’effets de style (tous ratés, parce que soit gratuits, soit trop appuyés) en passant de la couleur au noir et blanc et liant le passé et le présent lors de quelques raccords mouvements, Le poids de l’eau ressemble surtout à un téléfilm du samedi soir un peu moins moche que la moyenne et ne rappelle que très furtivement la maîtrise, l’intelligence et l’audace de Bigelow. Le style et la personnalité de la cinéaste semblent ici en convalescence.
Mais le vrai crime de cette adaptation, c’est d’oublier pendant plus d’une heure et demie où se situe réellement le cœur de l’histoire avant de se conclure sur une tempête plus bruyante que spectaculaire et la mise au tiroir rageante d’une lettre lourde de révélations. Sans que l’on sache pourquoi, les turpitudes sentimentales et très bourgeoises de Sean Penn (poseur et mauvais comme un cochon), Catherine McCormack (une fois de plus sous employée), Elizabeth Hurley (qui joue comme dans un porno estivale) et Josh Lucas (et son charisme de courgette en état de mort cérébrale), quatuor insupportable de plaisanciers du dimanche qui font de la bronzette, déclament des poèmes pompeux en prenant un air inspiré et tombent des bouteilles de vin rouge, concentrent toutes les attentions d’un scénario banal et ennuyeux. La fabuleuse Sarah Polley, prenant à bras le corps le rôle trouble de Maren Hontvet, illumine les rares scènes qui lui sont consacrées et c’est un véritable crève-cœur d’assister à la débâcle d’un métrage qui rate sciemment sa cible, niant sa raison d’être. Même le thème jazzy (façon Chinatown) de David Hirschfelder, totalement hors-sujet dans un tel contexte, se permet à deux reprises de jouer les intrus, comme pour gâcher le travail de l’actrice canadienne, la seule à sortir la tête haute de ce naufrage. Misère de misère.
Image
Comme pour l’immense majorité de ses titres de fond de catalogue, Studiocanal soigne la forme sans pour autant en passer par des restaurations coûteuses et spectaculaires mais en choisissant ses masters avec tact. Alternant les scènes granuleuses avec d’autres moments à la définition plus douce (mais pas lissée), Le poids de l’eau se présente sous ses plus beaux atours, respectant les variations de source de la photographie d’Adrian Biddle.
Son
Deux mixages immersifs aux ambiances maritimes très naturelles (joli travail sur le vent et le bruit des vagues s’écrasant contre les rivages rocheux) et qui montent en puissance à l’occasion d’un climax bref mais assez dévastateur dans la gestion des effets multicanaux et de basses brutales. Nous ne sommes pas très loin d’une bande démo qui nous rappelle cette époque où DTS et Dolby Digital se tiraient la bourre auprès des audiophiles.
Interactivité
Rien. Les maigres suppléments du DVD ont sombré corps et âme.
Liste des bonus
Aucun.