LE MONSTRE DES ABÎMES

Monster On The Campus – Etats-Unis – 1958
Support : Bluray & DVD
Genre : Fantastique
Réalisateur : Jack Arnold
Acteurs : Arthur Franz, Joanna Moore, Judson Pratt, Nancy Walters, Troy Donahue…
Musique : Divers
Durée : 77 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Eléphant Films
Date de sortie : 26 octobre 2020
LE PITCH
Professeur de sciences dans une université, Daniel Blake reçoit de Madagascar un cœlacanthe, un énorme poisson semblable à un fossile vivant. Contaminé, le sang du spécimen provoque une régression terrifiante à quiconque entre accidentellement en contact avec …
Le Cauchemar de Darwin
Desservi par son titre original un peu ringard annonçant un teen horror kitsch et léger, Monster On The Campus fait partie des films oubliés de la longue filmographie de Jack Arnold. Même avec un budget (très) réduit, le réalisateur de L’Homme qui rétrécit démontre une fois de plus le sérieux et le professionnalisme de son approche.
Produit pour être expédié dans les drive-in en double programme pour ados en mal de sensations cheap, le treizième long-métrage d’Arnold s’appuie sur un scénario très solide de David Duncan, honorable auteur de science-fiction, bientôt célébré pour son adaptation de La machine à explorer le temps d’H.G. Wells et le script du Voyage Fantastique confié à Richard Fleischer, un doublé mémorable. Ici, le sang d’un cœlacanthe, un poisson n’ayant pas évolué depuis plusieurs centaines de millions d’années, suffit à retourner comme un gant les théories de Darwin et à plonger un campus et ses environs dans la crainte d’attaques bestiales venues d’un autre âge. D’où le titre français, bien meilleur : Le monstre des abîmes. Les abîmes de l’océan (la soupe primordiale), les abîmes du temps. Avec une rigueur toute scientifique s’accordant avec la vocation de son personnage principal, Jack Arnold traite son sujet sans le moindre second degré et confronte l’homme moderne au vertige de son terrible passé et de la violence qui l’accompagne. Ainsi, le film semble creuser aux origines de mythes tels que le loup-garou ou le Dr Jekyll et Mister Hyde de R.L. Stevenson, des monstres chers à l’imaginaire fantastique contemporain. La boucle est bouclée, dans la discrétion et à l’économie.
Les fonds de tiroir
Son efficacité, Le monstre des abîmes la tire de son histoire et de la réalisation de Jack Arnold, le cinéaste ménageant ses effets pour faire monter la tension avant chaque attaque de sa créature. Le cinéaste a du métier et ça se sent. Les autres aspects ne sont malheureusement pas à la hauteur d’un sujet prometteur. Le manque d’argent force à Arnold à composer avec une technique de bout de ficelle. Une paire de canines surdimensionnées collées à la mâchoire d’un berger allemand, une grosse mouche en plastique que l’on agite au bout d’une ficelle pour faire croire à une libellule géante, un maquillage de néandertalien très sommaire qui force sur la pilosité plutôt que sur le latex. Il faut faire avec et Jack Arnold échappe au ridicule en évitant de s’attarder sur ses effets spéciaux et en jouant sur le suspense. La musique, récupérée dans les chutes d’une dizaine d’autres films, est un bout à bout dénué d’identité. Enfin, les comédiens, tout juste solides mais pas vraiment doués, ne parviennent jamais à retranscrire les émotions qu’aurait dû susciter la tragédie du professeur Blake, cet homme qui court à sa perte de son plein gré, jetant sa vie à la poubelle par simple curiosité, pour acquérir une certitude.
Jack Arnold ne tient pas vraiment Le monstre des abîmes en haute estime, jugeant le résultat passable. Un travail comme un autre, mal financé et pas forcément bien payé. On se permettra de le contredire en estimant que son film vaut mieux qu’une simple ligne sur un CV, qu’il peut se voir comme un aimable complément à son Homme qui rétrécit, brassant les mêmes thématiques de l’homme faisant face à son insignifiance dans l’immensité du temps et de l’espace et qu’il peut enfin se vanter d’avoir inspiré à Ken Russell le très bon Au-delà du réel où William Hurt régressait sous l’effet de drogues puissantes. Pas si mal pour quelques semaines de boulot dans un recoin de la Universal.
Image
En dépit de quelques points blancs et de très rares accrocs, c’est une très belle copie en noir et blanc qu’Elephant Films nous offre ici, restaurée avec soin. Le grain, très naturel, donne au film un petit cachet de prestige totalement inattendu.
Son
Pas de souffle, pas de saturation. La bande sonore manque sans doute de relief mais les voix sont claires, les ambiances bien présentes et il est tout à fait permis de monter le volume sans jamais se vriller les tympans.
Interactivité
Le sujet consacré à Jack Arnold et présenté par Jean-Pierre Dionnet est repris du coffret Tarantula/L’Homme qui rétrécit. Un recyclage compréhensible et complété par une présentation du même Dionnet plus spécialement consacrée au Monstre des abîmes. 8 minutes riches d’informations capitales pour mieux apprécier cette petite série B. Photos, bande-annonce et jaquette réversible complète le programme avec le savoir-faire habituel.
Liste des bonus
Présentation du film par Jean-Pierre Dionnet, Jack Arnold par Jean-Pierre Dionnet, Diaporama de photos, Bandes-annonces.






