LE MIEL DU DIABLE

Il miele del diavolo – Italie, Espagne – 1986
Support : Bluray & DV`D
Genre : Érotique, Thriller
Réalisateur : Lucio Fulci
Acteurs : Corinne Cléry, Brett Halsey, Blanca Marsillach, Stefano Madia, Paula Molina…
Musique : Claudio Natili
Durée : 83 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 02 mars 2021
LE PITCH
Cecilia et Gaetano s’aiment d’un amour fou, charnel et pervers. Malgré cette passion destructrice pour laquelle elle accepte différentes humiliations, la jeune femme ne peut imaginer sa vie sans le beau saxophoniste. Mais suite à un stupide accident de moto, Gaetano meurt sur la table d’opération du docteur Dominici. Le chirurgien, dont le mariage avec Carole vole en éclat, est alors enlevé et séquestré par Cecilia qui le tient pour responsable de la mort de son bien-aimé. S’installe dès lors entre eux une relation aussi troublante que violente et désespérée…
Chaud et sucré
Consacré grand maître du cinéma gore et du macabre, Lucio Fulci a toujours eu beaucoup plus de mal à imposer après coup ses réalisations éloignées du cinéma purement horrifique. Tourné dans la dernière partie de sa carrière, bien moins glorieuse, l’érotique Le Miel du diable est sans doute son ultime grand sursaut artistique.
Tombé gravement malade après le tournage de Murderock, multipliant les pathologie et les hospitalisations, Lucio Fulci est encore très affaibli deux ans plus tard lorsque le producteur Vincenzo Salviani (Milan Calibre 9) lui propose de mettre en image Le Miel du diable, scénario sulfureux surfant bien entendu sur la vague du soft porn européen lancé par le fameux Emmanuelle. D’ailleurs la présence en tête d’affiche de la Corinne Cléry d’Histoire d’O est largement mise en avant même si en définitive son rôle est assez secondaire. Si Lucio Fulci a déjà manié la nudité et l’érotisme soft dans des comédies comme Obsédée malgré lui ou les giallo Perversion Story et Le Venin de la peur, ceux-ci n’ont jamais été les composantes principales de l’objet ni même véritablement sublimées par un auteur bien plus obsédé par la décomposition (des sens et des corps). Au premier abord, Le Miel du diable semble en effet très loin de ses univers habituels et les premières minutes du film provoquent encore et toujours un vrai choc esthétique auprès des fans heurtés par ces airs de roman photo du pauvre. Fringues, permanentes et flous on ne peut plus 80’s sont baignés dans une mélodie d’ascenseur déjà irritante digne d’un téléfilm vaguement cul interprété par des bellâtres et des pinups fadasse… Le déclin, que dis-je la chute, est déjà engagée ?
Un cadavre entre les draps
Mais malgré la commande, la petitesse du budget et effectivement un casting pas franchement à la hauteur (seul le vétéran Brett Halsey tire son épingle du jeu), le metteur en scène s’impose très rapidement, détournant le genre comme il sait si bien le faire, pour l’embarquer vers des rives beaucoup moins confortables. Le jeu des regards entre les deux jeunes amants, brûlants de désirs, se transforme ici presque immédiatement en jeu de domination entre le saxophoniste qui vient livrer sa performance, l’instrument contre le sexe de sa « victime » lui procurant un plaisir à la hauteur de sa gêne et de son avilissement. La réalité est toujours plus triste que le fantasme, et Fulci ne cesse de le rappeler dans des flash-backs sordides ou lorsque Johnny (Stefano Madia) oblige la jolie Jessica (Blanca Marsillach) à accepter un acte anal, montrant à l’image un plaisir consenti, graphiquement orchestré, alors que la bande son est noyés sous ses cris de douleurs et de refus… et les aboiements du berger allemand qui tente d’enfoncer la porte de la demeure. Des pratiques de film d’horreur qui viennent se plaquer sur une sexualité déviante, perverse, violente et intensément triste même lorsqu’elle est aussi pauvre et glaciale que chez le couple d’âge mur interprété par Corinne Cléry et Brett Halsey. C’est la mort de Johnny et l’incapacité du Dr incarné par ce dernier qui provoque la rencontre entre cette femme happée par la folie et un homme perdu dans l’apathie. Une séquestration, de tortures en humiliations, ici naît pourtant une histoire d’amour, sadomasochiste cela va de soit et donc déroutante où l’un sert d’exutoire de plus en plus consentant aux démons de la pauvre jeune femme.
Profondément malaisant, jamais excitant pour un sou, mais fascinant dans cette exploration frontale d’une romance des plus dysfonctionnelles, d’une sexualité mortifère que Fulci estime vouée à l’autodestruction, Le Miel du diable est une œuvre incandescente par les deux bouts.
Image
Artus reprend ici la copie HD produite par Severin en 2017. Une copie effectuée à partir d’un nouveau scan 2K du négatif et restauré au mieux par l’éditeur. Les défauts de pellicules, longtemps visibles en vidéo, ont désormais disparus, et les contrastes sont largement mieux dessinés, mais bizarrement le résultat est loin d’être parfait. Peut-être à cause d’une source très abîmée, ou des outils utilisés, l’image impose un grain variable, mais toujours présent, entre le bruit numérique et le flaconnage de pellicule, et la définition, bataillant aussi avec un flou très artistique de l’époque, manque franchement de mordant. C’est l’unique copie HD existante à l’heure actuelle et ce n’est sans doute pas prêt de changer.
Son
La version doublée anglais restera de l’autre côté de l’océan. Pas plus mal, la version postsynchronisée italienne étant quand même ce qu’il y a de mieux en terme d’interprétation et d’équilibrage dans le mixage audio. Même si quelques scories se font encore entendre. Le doublage français, d’époque, montre très bien l’intérêt que les distributeurs locaux pouvaient avoir pour le film : on dirait un mauvais film érotique du dimanche soir sur M6 (oui, c’est vieux).
Interactivité
Nouveau et inattendu titre de la collection Lucio Fulci de l’indispensable Artus Films, Le Miel et le diable est donc proposé à son tour dans un Digibook du meilleur effet, ou le livret piqué dans la reliure a été, comme il se doit, confié à Lionel Grenier, LE spécialiste français du cinéaste. Il y est forcément question de la phase descendante de la carrière de Fulci, d’un corps de plus en plus défaillant qui l’avait amené à s’éloigner deux ans durant des plateaux de tournages et de l’arrivée salvatrice du projet en question. Film incompris à sa sortie et souvent boudé encore aujourd’hui, il est analysé avec précision et passion pour enfin pouvoir le réintégrer fièrement dans les opus majeurs du cinéaste.
Pour les suppléments vidéo disposés sur le Bluray, en plus d’une interview inédite d’Antonella Fulci (script-girl sur les films de papa) ne parlant jamais vraiment du Miel du diable mais toujours touchante sur le regard qu’elle porte sur l’homme et son cinéma, on retrouve une partie des entretiens présents sur l’édition US. Le compositeur Claudio Natili évoque cette première bande originale produite pour le cinéma, tandis que la franco-italienne Corinne Cléry se remémore plus sa carrière que ce tournage proprement dit, même si elle en garde un assez bon souvenir. Un poil plus loquace, Vincenzo Salviani, à vraiment tous les charmes du producteur italien à l’ancienne, revenant sur son intention première de filmer le projet lui-même, puis de son accompagnement d’un metteur en scène un peu fébrile à l’idée de tourner des scènes purement érotiques.
Liste des bonus
Livre 80 pages de Lionel Grenier « Mourir d’aimer », Le saxo du diable, entretien avec Claudio Natili (9’), Produire Le miel du diable, entretien avec Vincenzo Salviani (13’), Entretien avec Corinne Cléry (12’), Entretien avec Antonella Fulci (12’), Diaporama d’affiches et de photos, Générique français (3’).