LE LION ET LE VENT

The Wind and the Lion – Etats-Unis – 1975
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : John Milius
Acteurs : Sean Connery, Candice Bergen, Brian Keith, John Huston, Geoffrey Lewis…
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 120 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur :Rimini Editions
Date de sortie : 11 novembre 2020
LE PITCH
Maroc, 1904. Un conflit oppose la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Le chef Berbère El-Raisuli, « Le Magnifique », enlève Eden Perdicaris, une jeune américaine et ses deux enfants. Par cet enlèvement, il veut provoquer un incident diplomatique et s’opposer au sultan Abdelaziz, compromis avec les puissances occidentales.
Les rois du désert
Plus mal aimé que jamais dans ces années de politiquement correcte et de divertissements sans aspérités, John Millius reste pourtant l’un de ces cinéastes frondeurs qui ont creusé coûte que coûte leur sillon dans un Hollywood dont ils n’avaient que faire des modes. Film désuet par nature, mais flamboyant par passion, Le Lion et le vent est clairement un grand film d’aventure comme on en fait plus.
Trop souvent mis de côté dans les petites tablettes du public, du monde critique et des historiens du cinéma, John Milius a sérieusement souffert de l’image qu’il s’était lui-même en partie construite. Celle d’un mercenaire grande gueule, aimant bousculer ses interlocuteurs, fier membre de la NRA et collectionneur d’armes de guerres, chasseur à ses heures, machiste invétéré, surfeur réac mais anarchiste… Apparu dans le cortège du célèbre Nouvel Hollywood et camarade de George Lucas, Francis Ford Coppola (pour qui il a écrit Apocalypse Now tout de même) ou Steven Spielberg, il fait forcément tache au milieu de ses collègues. Ses scripts pour Jeremiah Johnson de Sidney Pollack, Juge et Hors-la-loi de John Huston, Melvin Purvis G-Man, et surtout Dirty Harry et sa suite Magnum Force, et sa première réalisation Dillinger attestent d’une fascination certaine pour une violence sèche et sans détour, mais aussi et avant tout pour les figures légendaires, les guerriers solitaires, modernes, mais encore pétris des valeurs viriles d’autrefois. Avec Le Lion et le vent, belle production conjointe de la MGM et la Columbia, il pousse même encore plus loin, s’emparant d’un authentique épisode historique qui faillit enflammer l’Afrique du Nord, pour le transformer en un fantasme tout droit sorti des grands romans épiques de jeunesse. Le regard principal n’est ainsi par celui du héros, Raisuli chef berbère et rebelle s’efforçant de repousser l’occident, ni la fière Eden Pedecaris qui ne cesse de troubler son kidnappeur, mais bien ses deux enfants, et plus particulièrement le jeune garçon. Une touche de Kipling qui permet au métrage de dévier du modèle Lawrence d’Arabie pour se teinter d’un mélange aujourd’hui déroutant de violence sèche (on y découpe les têtes et les langues autant qu’on fusille les ennemis) et d’une naïveté picturale parfaitement assumée.
Rugissements lointains
Ainsi le portrait de Théodore Roosevelt, oscille constamment entre la célébration d’une Amérique indépendante et puissante, encore passionnée par l’ouest sauvage et la figure du cowboy, et la parodie d’une ingérence militaire et commerciale pas loin du concours de celui qui pisse le plus loin. Malgré l’inclusion de ses propres valeurs que l’on dira profondément républicaines, Milius s’amuse énormément, moquant la civilisation moderne et sa grande et belle guerre mondiale à venir, pour mieux célébrer l’héroïsme d’autrefois, plus simple, plus honnête, mortel certes, mais honorable. De quoi éclairer le monde arabe, et plus particulièrement le Maroc colonial, avec une chaleur et un respect malheureusement pas si fréquent dans ce type de grandes productions. Même le choix assez étrange vu d’aujourd’hui de Sean Connery dans le rôle principal (ce devait être Omar Shariff), fonctionne parfaitement grâce au charisme viril, racé mais aussi ironique, d’un acteur encore fougueux et qui allait enchaîner avec L’Homme qui voulut être roi, La Rose et la flèche, mais que l’on rapproche ici plus volontiers de son apparition plus tardive en Roi Agamemnon dans la fantaisie Bandits Bandits de Terry Gilliam. Encore ce regard de petit garçon, fasciné par ce héros rustre mais morale dont les chevauchées, batailles sabre à la main et l’incroyable scènes de rapt à Tanger ont déjà des airs de Conan Le Barbare.
Encore un pied dans les grandes épopées hollywoodiennes (péplums, westerns…) Le Lion et le vent profite constamment de la maîtrise incroyable du cinéaste pour les belles séquences épiques, multipliant les angles iconiques, les gros plans fiévreux, les cadres larges lançant les troupes à bride abattus sur fond de soleil couchant, le tout forcément emportés par une bande originale guerrière et noble d’un Jerry Goldsmith démesuré. L’une des dernières grandes fresques épiques.
Image
Distribué par chez Warner Archive aux USA, la copie HD du Lion et le vent impose, malgré ses petites années au compteur, un rendu assez enthousiasmant. La restauration a clairement été effectuée avec beaucoup de soin s’efforçant de tirer le meilleur de chaque image en y retrouvant la définition, les teintes joliment saturées, la profondeur marquée et les matières minérales d’origines. Pas une once de grain vidéo à l’horizon, mais il reste encore parfois quelques petites taches, un reste de griffures vertes et des fondus enchainés plus lissés, qui viennent rappeler les 45 ans du film.
Son
Les pistes sonores, anglaise et française, préservent leur rendu d’époque avec des DTS HD Master Audio 2.0 qui restituent à merveille l’énergie du métrage, associant une dynamique frontale très généreuse et efficace, avec la limpidité nécessaire pour profiter de la voix chaude de Connery mais aussi de la puissance des compositions de Jerry Goldsmith.
Interactivité
Longtemps espérée, l’édition française du Lion et le vent se veut certainement un petit évènement éditorial. Rimini reprend alors son packaging Mediabook de Khartoum (assez logique du coup) accompagnant les disques Bluray et DVD d’un livret de 116 pages composé de photos de production bien entendu et de quelques biographies, mais aussi et avant tout d’une grande réflexion sur le cinéma de John Milius avec comme point central le film en question. Complété d’une interview de l’acteur Darell Fetty (qui joue un des vice-consuls mais qui a aussi participé à Dillinger ou Big Wednesday), le portrait questionne constamment la personnalité du bonhomme tout autant que son savoir-faire unique et ses thèmes de prédilection. Des facettes complémentaires mais aussi parfois antinomiques sur lesquelles revient aussi le journaliste Samuel Blumenfeld dans sa longue présentation vidéo. On y retrace les coulisses de la production tout autant qu’on y décrypte les étranges tonalités et la vision « hors du temps » du cinéma à grand spectacle. Plus original, l’éditeur propose aussi un commentaire audio entièrement dédié à la partition de Jerry Goldsmith par les spécialistes du bien nommé « The Goldsmith Odyssey », rappelant par ce geste que c’est bel et bien là l’une des plus belles bandes originales du maitre. Est-ce que cela suffit à faire oublier le commentaire audio d’un Millius dans ses grandes œuvres sur le bluray américain ? Pas loin oui.
Liste des bonus
Un livre de 116 pages intégré à l’étui, Interview de Samuel Blumenfeld, journaliste au Monde (43’), Commentaire audio autour de la musique de Jerry Goldsmith de Yavar Moradi, Clark Douglas, Jens Dietrich et W. David Lichty, animateurs du podcast « The Goldsmith Odyssey ».







