LE LION DU DÉSERT

Lion of the Desert – Libye, États-Unis, Royaume-Uni – 1980
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Historique, Guerre
Réalisateur : Moustapha Akkad
Acteurs : Anthony Quinn, Oliver Reed, Irene Papas, Rod Steiger, John Gielgud, Raf Vallone, Andrew Keir, Gastone Moschin
Musique : Maurice Jarre
Image : 2.39 – 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, DTS HD Master Audio 2.0 Français, Arabe
Sous-titres : Français
Durée : 173 minutes
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 29 avril 2025
LE PITCH
Libye, 1929. Face à la révolte menée par Omar al-Mokhtar, chef des tribus bédouines, Mussolini envoie le général Graziani, réputé pour sa cruauté. Ce dernier mène une campagne d’une violence inouïe : terre brûlée, massacres, destructions. Ignorant les appels à la paix, il s’attaque à l’oasis de Koufra… sans se douter qu’Omar lui tend un piège.
La mémoire en étendard
Les cinéphiles retiennent surtout Moustapha Akkad comme producteur : inspiré lorsqu’il mise sur John Carpenter pour son Halloween devenu culte, nettement plus opportuniste quand il s’est agi de pressurer jusqu’à l’absurde le mythe de Michael Myers (non, Halloween: Resurrection ne sera jamais absous). Mais Akkad fut aussi un réalisateur engagé, auteur de deux fresques historiques ambitieuses : Le Messager en 1976, puis Le Lion du désert en 1980, consacré à la résistance libyenne face à l’Italie fasciste.
Longtemps censuré en Italie, passé relativement inaperçu en France, Le Lion du désert paraît pourtant capital dans l’histoire du cinéma postcolonial. Le film s’intéresse à la figure d’Omar al-Mokhtar, instituteur devenu chef de la résistance contre l’armée mussolinienne. A travers ses yeux, le spectateur découvre un conflit colonial du point de vue des colonisés. En cela, le film s’impose comme un cinéma de reconquête mémorielle, rare et précieux à l’époque de sa sortie. Cette prise de position s’incarne aussi dans la représentation frontale de la violence : rien ne nous est épargné. Exécutions sommaires, villages incendiés, chars d’assaut écrasant des soldats bédouins… La mise en scène d’Akkad ne cherche pas à édulcorer les horreurs de la colonisation. La crudité du spectacle prend à rebours le classicisme hollywoodien et traduit une volonté politique claire : donner à voir ce qui fut si longtemps tu. Le choc visuel produit par cette violence n’est pas gratuit, il est mémoire.
Contre-discours
Cependant, derrière ce projet hors normes se profile l’ombre d’un commanditaire : Mouammar Kadhafi. C’est lui qui a financé très largement le film, avec une volonté explicite de réhabiliter une mémoire effacée et de glorifier la résistance libyenne à l’occupant italien. Le Lion du désert est donc bel et bien un film de propagande — mais une propagande singulière, presque inverse de celle à laquelle le cinéma nous a habitués. Non pas un récit destiné à masquer ou légitimer une domination, mais un outil pour réparer une injustice historique et briser le silence autour d’un massacre longtemps occulté. Une propagande pour contrer une autre propagande, en somme.
Pour autant, tout n’est pas exempt de contradictions. Le casting occidental pour les rôles arabes (John Gielgud pour interpréter un Lybien… sérieusement ?), le recours aux archétypes du grand cinéma d’aventure, aux ficelles émotionnelles hollywoodiennes, jusqu’à la musique de Maurice Jarre — autant d’éléments qui rappellent les codes du cinéma colonial. Peut-on porter un message anticolonial avec les outils esthétiques de l’ancienne puissance dominante ? Le paradoxe est évident. Mais il est aussi stratégique : parler la langue du dominant pour être entendu au-delà de ses frontières, pour faire exister une mémoire oubliée dans l’espace mondial du cinéma. C’est peut-être là que réside la tension fondamentale du Lion du désert : pour raconter l’histoire des dominés, Akkad a dû emprunter les formes des dominants. Mais l’Histoire, elle, est bel et bien là.
L’écho du désert
Pour donner corps à sa vision, Akkad s’entoure d’un casting international. Anthony Quinn, qu’il avait déjà dirigé dans La Messager et immense star dans le monde arabe depuis Lawrence d’Arabie, incarne avec sobriété et gravité le vieux Mokhtar. À ses côtés, Irene Papas, elle aussi rescapée du premier opus d’Akkad, donne chair au destin des femmes libyennes, dignes et solidaires face à la répression. Oliver Reed, en Graziani, compose un antagoniste d’une brutalité glaçante. Presque trop même : la dimension manichéenne du film finit par nuire à la complexité du récit. D’un côté, une figure sanctifiée, de l’autre un démon en uniforme… On aurait apprécié un peu plus de nuance, même si l’horreur de la politique fasciste ne souffre d’aucune relativisation.
Visuellement, le film est impressionnant. Le soin apporté aux décors, aux reconstitutions, aux scènes de combat témoigne d’une ambition démesurée. Tourné en grande partie en Libye, sur les lieux mêmes des événements historiques, mais aussi à Rome pour les séquences du pouvoir colonial, Le Lion du désert dégage un sentiment d’authenticité. L’ombre de David Lean plane sur chaque plan : le découpage ample, les paysages majestueux filmés en CinémaScope, les longues chevauchées silencieuses dans le désert… Akkad ne cache pas cette filiation revendiquée, jusqu’à faire appel à Maurice Jarre, le compositeur de Lawrence d’Arabie, pour la bande originale. Un choix qui n’a rien d’anodin, tant la musique participe ici aussi à la solennité du récit. Si la mise en scène n’atteint pas la maestria de son modèle, elle n’en demeure pas moins méticuleuse, rigoureuse et souvent inspirée.
De par son financement, certains n’ont vu en ce Lion du désert qu’un simple outil de propagande. Aujourd’hui, avec le recul et la disparition du régime de Kadhafi, il est possible de le redécouvrir pour ce qu’il est aussi : un film historique ambitieux, utile, salutaire. Le devoir de mémoire qu’il accomplit reste intact.
Image
Cette nouvelle restauration du Lion du désert, déjà exploitée dans l’édition américaine de Shout Factory!, offre une qualité d’image remarquable. Le film est présenté dans son format d’origine, large et immersif, respectant pleinement le cadre pensé par le réalisateur. La définition est nette, les détails abondants — que ce soit dans les uniformes militaires, les visages ou les paysages désertiques — tout en conservant un grain cinématographique naturel qui préserve l’authenticité de la pellicule. L’image gagne en finesse et en profondeur, renforçant la sensation de relief et de texture. Elle est parfaitement stable, sans trace de détérioration, taches ou imperfections. Le traitement des couleurs est particulièrement soigné : les tons de peau sont naturels, les terres désertiques offrent des nuances plus chaudes et les ciels apparaissent plus réalistes. Les explosions se révèlent vibrantes sans tomber dans l’excès, tandis que les contrastes sont accentués, avec des blancs éclatants et des noirs profonds, contribuant à une expérience visuelle riche et immersive.
Son
BQHL propose un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 en version originale anglaise, issu du Dolby Stéréo utilisé à la sortie cinéma. Les scènes de combat tirent pleinement parti du surround, avec une utilisation extensive et naturelle des enceintes arrière : avions qui filent, blindés qui grondent, explosions qui claquent avec puissance, et tirs qui déchirent l’espace sonore. Si l’ingénierie sonore n’égale pas les standards des productions modernes, la restitution des éléments naturels est particulièrement réussie, immersive et vivante. La musique épique de Maurice Jarre bénéficie d’une belle présence, portée principalement à l’avant avec un léger soutien en surround. Les voix sont claires, bien centrées à l’avant, avec un léger souffle par moment qui rend certains dialogues un peu moins nets.
Les versions françaises et arabes sont proposées en 2.0, avec un mixage dynamique mais plus contraint. La version française, malgré sa dynamique, présente des voix souvent trop en avant, ce qui nuit au naturel et à l’authenticité de l’interprétation. La langue arabe offre une bonne alternative pour l’immersion dans le récit.
Interactivité
Deux suppléments sont proposés. Le premier est un making of d’époque, lui aussi empreint d’une logique de propagande, mais qui a le mérite de documenter l’incroyable logistique déployée pour « amener Hollywood dans le désert » : tournage en extérieurs massifs, centaines de figurants, matériel militaire en pagaille… Il contient également des images d’archives saisissantes des armées mussoliniennes – pendaisons, camps, violences – rarement vues ailleurs, dont certaines déjà intégrées dans le film mais ici présentées plus longuement. Des images qui frappent.
Le second module donne la parole au toujours passionnant Rafik Djoumi. En une trentaine de minutes, il revient avec clarté et passion sur la genèse du film, son statut singulier, et ses résonances politiques. Sobrement illustré, cet entretien s’avère à la fois accessible et riche, un très bon complément à la redécouverte de cette fresque hors norme.
Liste des bonus
Making of (31’), Présentation du film par Rafik Djoumi, journaliste (32’).







