LE LAC AUX OIES SAUVAGES

南方车站的聚会 – Chine, France – 2019
Support : Bluray
Genre : Policier, Thriller
Réalisateur : Diao Yi’nan
Acteurs : Hue Ge, Kwei Lun-Mei, Liao Fan, Wan Regina, Yang Shuju
Musique : B6
Image : 1.85 16/9
Son : Mandarin DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 113 minutes
Éditeur : Spectrum Films
Date de sortie : 2 mai 2023
LE PITCH
Un chef de gang en quête de rédemption et une prostituée prête à tout pour recouvrer sa liberté se retrouvent au cœur d’une chasse à l’homme. Ensemble, ils décident de jouer une dernière fois avec leur destin.
Apportez-moi la tête de Zenong Zhou
Nouveaux grand nom du cinéma chinois, en particulier depuis l’Ours d’or collecté en 2014 à Berlin, Diao Yi’nan prolonge ici directement les effluves noirs de son polar Black Coal. Plus vraiment d’enquête cependant mais une traque en forme de fuite sans espoir dans une Chine contemporaine écrasée par la nuit.
En choisissant d’ancrer son action en 2009, quelques années avant le changement de présidence, Diao Yi’nan s’affranchit forcément d’une certaine censure. Sa description extrêmement noire et crue d’une Chine contemporaine résumée à divers gangs criminels violents et sans pitié, aux milieux desquels la police s’intègre à la perfection, détonne en effet des illustrations touristiques et de la propagande souriante. Dans un décorum urbain partagés entre façades bétonnées ornées de néons arc-en-ciel, soirées dansantes sur fond de tubes discos et ruelles sombres, voir lugubre et toujours crasseuse, Le Lac aux oies sauvages est l’évocation d’une sorte de no man’s land (le « lac » du titre) oublié par le régime. Ici c’est à qui se fera écraser le premier, à qui se fera descendre pour un crime, une trahison ou simplement pour l’appât du gain. Chef de troupe mais de bonne âme Zenong est ainsi devenu la cible d’une chasse à l’homme généralisée, accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, affublé d’une prime colossale qui motive autant les services d’ordres que les autres délinquants du coin. Persuadé qu’il n’a aucune échappatoire, il imagine alors mettre au point un stratagème pour que son épouse en récolte les bénéfices. Mais dès le premier rendez-vous donné, c’est Aiai Liu, prostituée (une baigneuse comme on dit ici), qui sert d’entremetteuse.
Courants contraires
Deux trajectoires qui se rencontrent, lui en quête de rédemption, elle espérant s’offrir une nouvelle vie, et leurs récits respectifs se découvrent en flashbacks. Diao Yi’nan cultive encore plus l’éclatement narratif que dans ses précédentes métrages, construisant sa trame en alternant les temporalités, mais aussi en emboitant constamment les grandes séquences contemplatives, les dialogues presque rêveurs, avec des accélérations beaucoup plus vives et percutantes : poursuite étouffante dans un parc animaliers aux accents sauvages, échappée en scooter après une altercation collective des plus sanglantes… Les hommes tombent sous les coups et les femmes, comme souvent, comptent les points.
Une œuvre particulièrement esthétisante, aux cadre tirants vers le plan séquences, aux constructions et à la photographie constamment léchée, mais le film a aussi tendance à s’extraire progressivement vers une certaine désincarnation plastique. A la viscéralité où pourrait naitre émotion et rage filmique, Le Lac aux oies sauvages opte plutôt pour un fatalisme froid et une poésie parfois trop consciente d’elle-même. Ainsi, fascinant à observer, l’association constamment ambivalente entre les deux protagonistes, alliés et amants par circonstances, n’arrive pas à créer un véritablement attachement ou à nourrir cette fameuse tension crescendo qui caractérise justement les grandes chasses à l’homme du cinéma. Au-delà de sa maitrise formaliste, le film intrigue alors finalement beaucoup plus pour son cadre social et culturel que pour ses enjeux de polar.
Image
Déjà sorti en 2020 chez Memento mais uniquement en DVD, Le Lac aux oies sauvages revient chez Spectrum Films avec cette fois un Bluray très attendu. Tourné entièrement en numérique le film se prête en effet nettement plus à un transfert HD mettant nettement mieux en valeur les effets de lumières, les néons et les atmosphères nocturnes. Le master est d’une grande fluidité, affirme une bonne netteté et une précision extrêmement ciselée et pointue.
Son
Même sentiment d’amélioration considérable du confort de visionnage avec une piste DTS HD Master Audio 5.1 qui apporte une bonne amplitude urbaine, avec des atmosphères sonores présentes, minutieuses et constamment dynamiques. La fameuse séquence nocturne dans le zoo de la ville transforme l’espace en jungle moderne, et tous les dialogues sont posés avec clarté.
Interactivité
Là encore le DVD précédent ne proposait en supplément que le petit making of plutôt sage délivrant quelques images de tournages et des morceaux d’interviews essentiellement pour célébrer le talent et le calme de Diao Yi’nan.
Spectrum Films muscle largement son édition en enregistrant en premier lieu une présentation du film par la spécialiste du cinéma chinois Brigitte Duzan qui retrace la trajectoire du metteur en scène et explore les nombreuses références culturelles, picturales et politiques du récit. Très intéressant, tout comme la rencontre avec le monteur Mathieu Laclau qui a justement fait toute sa carrière en Asie sur des productions comme A Touch of Sin, Adieu Mandalay ou Les Éternels. Il y évoque forcément le film en présence ici mais aussi ses débuts de carrière et son statut très particulier d’occidental au sein de l’industrie chinoise. Le programme s’achève par l’étonnant court métrage 1 Dimension, mélange d’estampes numériques, de jeux d’ombres, d’animations et de prestations live qui tend vers le conte philosophique chinois tout en symbolique. Très esthétique.
Liste des bonus
Présentation de Brigitte Duzan (28’), Entretien avec Mathieu Laclau (27’), Making of (14’), Court métrage : « 1 Dimension » de Lu Yue (2013, 17’), Bande-annonce.