LE GRAND BLEU

France, Italie, Etats-Unis – 1988
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Luc Besson
Acteurs : Jean-Marc Barr, Jean Reno, Rosanna Arquette, Paul Shenar, Jean Bouise, Sergio Castellitto, Marc Duret, Griffin Dunne…
Musique : Eric Serra
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 168 minutes
Editeur : Gaumont
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
La rivalité de deux enfants, dans la mer, en Grèce, qui se poursuit lorsqu’ils sont adultes. Lequel des deux plongera le plus loin et le plus profond ?
Le Jeune homme et la mer
Assassiné par la critique mais devenu instantanément culte par un engouement populaire rarement égalé (rappelons qu’il resta des mois durant à l’affiche du Grand Rex), Le Grand Bleu est le film central de l’œuvre de Luc Besson. Un film manifeste de son imaginaire, de sa volonté de liberté créatrice, de sa vision esthétique du cinéma qui refléta autant qu’il marqua définitivement son époque.
Présenté en ouverture du Festival de Cannes en 1988, Le Grand Bleu était le film français le plus attendu de l’année, précédé d’une campagne publicitaire plutôt mystérieuse mais aussi du succès du précédent Subway. La projection sera une véritable douche froide : ambiance de mort durant tout le film, huées, critiques qui quittent la salle… et papiers sans appels qui suivent. Beaucoup s’attendent alors à un échec commercial mémorable. Quelques mois plus tard pourtant le public leur donne totalement tort, s’enthousiasmant comme jamais pour cette déclaration d’amour à cette méditerranée d’un bleu hypnotique, l’installant comme une œuvre générationnelle et une impulsion nouvelle au sein d’un cinéma français qui, on le sait, a vite tendance à s’encrasser. Le film restera plus d’un an à l’affiche et fera un retour triomphal sous la forme d’une version longue, director’s cut, affirmant totalement la vision du cinéaste. Une fracture publique / critique qui hantera tout le reste de la carrière du metteur en scène, marqué par ce rejet souvent assez gratuit (question de génération, question de défiance aussi à un style nouveau, à un succès trop rapide…), surtout que ce dernier n’a sans doute jamais mis autant de lui-même dans un projet. Cette passion immodérée pour un jeune homme / enfant, souvent incapable de s’intégrer dans le monde réel, pour les profondeurs et les dauphins qui y habitent c’est bien entendu celle de Luc Besson, tout comme cette enfance cathartique en Grèce qui ouvre le film fait échos à la sienne.
A courant contraire
Comme Subway donc, c’est à nouveau l’histoire d’un petit prince perdu sur terre, la beauté de Jean-Marc Barr et ses airs naïfs presque ahuris rajoutant à l’idée d’extraterrestre, qui semble constamment appelé par un monde meilleur. Ici celui des tréfonds de l’océan, où peut-être les fameuses sirènes l’appellent, viles tentatrices qui risquent de le faire passer à coté de la plus belle des histoires d’amour avec Rosanna Arquette, et d’une grande amitié tout en fière compétition avec le copain / rival d’enfance Jean Reno. Tous les autres personnages s’agitent, sont animés de questionnement des plus terriens, sentimentaux ou matériel, lorsque lui multiplie les regards absents, les rêveries, quitte à perdre pied et pourquoi pas la raison. Y a-t-il une part de fantastique dans Le Grand Bleu ? La version complète du film en distille l’idée mais ne tranche jamais, laissant le métrage multiplier les genres et les rythmes, passant de la comédie au drame, de la comédie romantique au film de sport, tout en distillant une atmosphère assez unique, à la fois énergique et contemplative, flottante et solaire, construite de toute pièce par un mariage symbiotique entre la réalisation démonstrative de Besson (grand travellings aériens, grands angles déformants, mouvements fluides, ruptures du montage…) et les musiques inoubliables d’Eric Serra. Une collaboration qui atteint ici un pic frappant tant les notes pré-électro post-Pink Floyd du compositeur habitent littéralement l’image, lui offre son souffle et son identité. C’est lui qui donne à cette notion du plongeon dans un monde liquide et inconnu cette sensation quasi-mystique d’extase sensorielle et donc cinématographique.
Un peu lâche dans l’écriture avec ses personnages secondaire glissant toujours vers le caricatural, ses blagues gamines pas toujours utiles et son championnat du monde de plongée au règles aléatoires et dont tout le monde semble se foutre éperdument, Le Grand Bleu reste cependant la proposition la plus éclatante de Luc Besson, traversée de moments de pure beauté, d’un onirisme tragique, parfois maladroit, mais dont les dernières notes marquent inévitablement.
Image
Nouvelle restauration d’un film de Luc Besson par Gaumont, et c’est enfin le très attendu Le Grand Bleu qui profite de ce traitement luxueux. Travaillés à partir de scan 4K des négatifs 35mm et d’élément tirés d’un interpositif pour les scènes supplémentaires de la version longue, les copies dépassent aisément le précédent Bluray. L’image a été parfaitement nettoyée (pas une poussière à l’horizon) et stabilisée et se découvre une intensité de définition totalement nouvelle. Les plans larges sont plus impressionnants et ciselés que jamais, tandis que les plus rapprochés viennent dévoiler de nombreux détails à peine discernables jusque-là. L’étalonnage n’a pas été révolutionné, mais profite du Dolby Vision pour appuyer plus que jamais sur ses bleus éclatants, pour réchauffer les grandes scènes en plein soleil et déboucher les noirs. Quitte parfois d’ailleurs de ce côté-là, à en montrer un tout petit peu trop dans les séquences sous-marines. Une très belle révision qui s’accompagne tout de même de quelques fluctuations de grain très visibles, dues déjà à la disparité des sources pour la version longue, mais aussi à des choix esthétiques initiaux (fondus, noir et blancs granuleux…) et des captations aquatiques forcément plus difficiles.
Son
Pas de Dolby Atmos à l’horizon et c’est bien dommage. La piste doublée française et l’originale anglaise reposent cependant sur des DTS HD Master Audio 5.1 plus que satisfaisant. La spatialisation est toujours autant à l’avantage des compositions d’Eric Serra, qui viennent constamment donner du relief à l’expérience du film. Les enceintes arrières lui sont presque entièrement dédiées, mais quelques effets d’ambiance restent présents là où les dialogues sont fermement dynamisés sur les avants. Le tout est fluide, élégant et équilibré.
Interactivité
Gaumont se penche enfin sur Le Grand Bleu après quelques années de Bluray toujours incomplets, se limitant à un seul des deux montages, oubliant la version originale ou se présentant sans aucun bonus en fonction des sorties. Si on excepte la disparition du Bluray du documentaire tripant Atlantis proposé en 2008, cette sortie 4K n’est pas loin d’être définitive regroupant les deux cuts chacun sur leurs Bluray et UHD respectifs, proposant systématiquement vo et vf et renouant avec l’excellent et passionnant documentaire sur les coulisses : L’aventure du Grand Bleu. Complet, informatif, bourré d’images de coulisses et de témoignages, il rappelle surtout la belle époque de ces Making of qui faisaient aussi l’effort d’une construction, d’une mise en scène et d’un montage travaillé.
Sur les disques UHD on trouve en outre de touts nouveaux entretien, à l’image de ceux collectés sur les éditions précédentes de Subway ou Nikita, laissant longuement la parole aux intervenants. Les Acteurs Jean-Marc Barr et Marc Duret reviennent naturellement sur le tournage, leur rencontre avec Jacques Mayol, l’impact du film (en particulier lors de l’arrivée à Cannes), tandis que Christian Pétron, cadreur sous-marin, penchera plutôt sur les questions techniques et les dispositifs novateurs mis en place pour le tournage des fameuses scènes. André Labbouz reste dans cette dynamique là avec un retour sur le format « large » mis en place pour les projections au Grand Rex et la restauration du film en 4K. Le plus long reste la conversation avec Eric Serra, qui ne se contente pas d’explorer son inspiration pour Le Grand Bleu mais évoque l’ensemble de ses collaborations avec Luc Besson durant presque une heure !
Liste des bonus
Version cinéma (132’), L’Aventure du Grand Bleu : Making of d’époque (101’), 5 nouveaux Entretiens (2025) : Jean-Marc Barr (29’), Marc Duret (16’), Christian Pétron (30’), André Labbouz (11’) et Eric Serra (58’), Bande-annonce de la version longue.







