LE GORILLE VOUS SALUE BIEN & LA VALSE DU GORILLE

France – 1958, 1959
Support : Bluray
Genre : Polar, Espionnage, Action
Réalisateur : Bernard Borderie
Acteurs : Lino Ventura, Roger Hanin, Charles Vanel, Yves Barsacq, Pierre Dux, Bella Darvi, Marie Sabouret, René Lefèvre…
Musique : Jean Leccia, Georges Van Parys
Image : 2.35 et 1.66 – 16/9
Son : DTS HD Master Audio Français 2.0 mono
Sous-titres : Anglais
Durée : 105 et 106 minutes
Éditeur : Pathé
Date de sortie : 25 juin 2025
LE PITCH
Le Gorille vous salue bien : En 1957, Géo Paquet, surnommé « Le Gorille », est l’agent secret numéro un des services de renseignement français. Sa nouvelle mission, confiée par son supérieur, « Le Vieux », consiste à démanteler un réseau d’espionnage tout en enquêtant sur la mystérieuse disparition de plans ultra-secrets liés à l’aéronautique militaire.
La Valse du Gorille : Un missile top secret attise les convoitises des services secrets russes, britanniques, américains et allemands. Lorsque « Le Gorille » découvre que son ancien patron, « Le Vieux », est directement menacé, il quitte sa base de Bayonne pour plonger au cœur de cette dangereuse valse d’espions.
Deux mandales ou rien !
Créé par l’auteur Antoine Dominique (pseudonyme de Dominique Ponchardier), le personnage de Géo Paquet, alias le Gorille, est un agent des services secrets français, massif, redoutable, sans illusion. Il apparaît dès 1954 dans une série de romans populaires mêlant espionnage, action et dialogues vachards. Il incarne une certaine idée de la France virile de l’après-guerre, celle qui cogne avant de discuter. Forcément, le cinéma s’y intéresse.
Le cinéaste Bernard Borderie est déjà un habitué des héros de papier lorsqu’il s’attaque au Gorille. Fils du journaliste et scénariste Raymond Borderie — producteur, entre autres, des Enfants du paradis —, il est passé par la critique avant de se lancer dans la mise en scène au début des années 50. En 1952, il signe La môme vert-de-gris, première adaptation d’un roman de Peter Cheyney, où il impose Eddie Constantine dans le rôle de Lemmy Caution, figure de détective yankee expéditif, qu’il retrouvera notamment dans Cet homme est dangereux (1953). Borderie aime les séries, les héros récurrents, les univers balisés et populaires, où l’efficacité prime sur la sophistication. En 1958, pour le compte des productions Pathé, il jette donc son dévolu sur un autre dur à cuire de la littérature de gare : le Gorille, alias Géo Paquet, agent des services secrets français, expert en baston, déguisements et réparties qui cognent.
Paquet… Géo Paquet !
Le Gorille vous salue bien (1958) est un polar sec, sans détour, qui va droit au but, à l’image de son héros. Bernard Borderie y applique une mise en scène fonctionnelle : pas d’effets superflus, juste l’essentiel pour valoriser la mécanique du récit et la silhouette massive de son interprète principal. Dans le rôle de Géo Paquet, Lino Ventura impose une figure inédite dans le cinéma français de l’époque : un homme d’action taiseux, massif, brutal, mais jamais dénué d’intelligence. Ex-lutteur professionnel, doté d’une filmographie naissante mais pas encore élevé au rang de vedette, Ventura trouve dans ce personnage de barbouze aux méthodes expéditives un costume taillé à la mesure de son charisme brut. Autour de lui, un casting solide contribue à structurer cet univers d’hommes de l’ombre : Charles Vanel, en supérieur bourru, mi-père mi-patron, évoque une version française du « M » de 007. Et puis il y a ce très jeune Jean-Pierre Mocky, encore tout frais, gueule de jeune premier vissée au visage, à des années-lumière du trublion qu’il deviendra.
Le scénario d’espionnage ne s’embarrasse ni de géopolitique, ni de technicité. Il avance au rythme de dialogues secs, de filatures nocturnes et surtout de coups de poing. Le Gorille frappe plus qu’il ne parle, infiltre les milieux interlopes et traverse les situations avec un flegme de bulldozer. Ici, l’efficacité narrative repose sur la vivacité des scènes et la rapidité des transitions. Pas de longs apartés, pas d’exposition laborieuse. On ne nous dit rien ou presque de Géo Paquet, de ses liens avec les services secrets ou de son historique personnel. Tout est à deviner, à reconstruire en observant ses actes, ses réactions, ses quelques échanges avec alliés et ennemis. Le film nous propose ainsi de découvrir progressivement un personnage rude, ambigu, mais attachant — une figure de l’ombre que l’on apprend à connaître au fil des scènes, comme si l’on avançait à ses côtés, sans mode d’emploi.
Le film mise davantage sur des séquences de bourre-pif bien réglées que sur des intrigues géopolitiques : on est dans une logique de série B nerveuse, sans prétention théorique, mais diablement efficace. Borderie n’essaie pas de rivaliser avec les grands films d’espionnage internationaux ; il préfère donner dans le musclé, le direct, avec une efficacité que peu de productions françaises de l’époque peuvent revendiquer.
Politique… géopolitique !
Fort de son succès en salle, Le Gorille vous salue bien appelle une suite. Tous les protagonistes sont prêts à rempiler. Tous ? Non ! Car Lino Ventura, conscient des risques d’être enfermé dans ce rôle, refuse de se laisser piéger comme Eddie Constantine l’a été avec Lemmy Caution. Pathé clame alors en générique l’arrivée d’un « Nouveau Gorille », mais prend soin de différer son apparition : la première demi-heure de La Valse du Gorille (1959) est consacrée aux seconds rôles survivants du premier opus – Charles Vanel (Le Vieux) et Yves Barsacq (Berthier), fidèles au poste. Puis arrive enfin Roger Hanin, dans la peau de Géo Paquet. Hanin, bien que charismatique à sa manière, ne possède ni la présence physique ni la puissance naturelle de Lino Ventura, ce qui rend difficile l’identification du spectateur à ce nouveau Gorille. Ce décalage se ressent tant dans les scènes de combat — où Hanin est clairement doublé — que dans l’interprétation plus verbale et moins instinctive du personnage. On peine à croire qu’il s’agit du même bonhomme. Cela nuit à la continuité, mais pas nécessairement à l’intérêt du film.
Car là où le premier film était une série B musclée, la suite tente une intrigue plus ample, plus ambitieuse. La Valse du Gorille mêle les agences de renseignements française, américaine, soviétique, autour d’une affaire de transferts de secrets entre puissances, avec un antagoniste allemand en embuscade. On est bien dans une fiction de guerre froide, avec ses ambassades, ses réseaux parallèles et ses diplomates ambigus. Quant au McGuffin, on lui pardonnera volontiers son flou artistique. Le film souffre cependant de plusieurs faiblesses notables. Le rythme, parfois inégal, peine à maintenir la même tension que celle du premier opus, avec des scènes d’action moins percutantes et une dynamique parfois émoussée. À cela s’ajoute une absence regrettable de figures féminines marquantes. Contrairement au premier film qui mettait en scène de beaux personnages féminins — notamment Bella Darvi et Marie Sabouret dans le rôle de Chaboute, alias Madame Gorille —, ce second opus est affreusement dénué de telles présences. Seule Suzanne Dehelly, merveilleuse Colonelle dans Cinq Tulipes Rouges, tire son épingle du jeu, mais son rôle reste anecdotique et guère indispensable au bon déroulement de l’intrigue.
Un troisième opus, Le Gorille a mordu l’archevêque (1962), existe bel et bien, mais il est produit par Gaumont — d’où son absence du coffret édité par Pathé — réalisé sans la patte de Borderie, et généralement considéré comme anecdotique. Ce double programme représente donc le meilleur des aventures cinématographiques du Gorille. Un divertissement de qualité, efficace et sans fioritures, témoin d’une époque révolue où l’on pouvait encore croire qu’une droite bien placée pouvait sauver la République. Ce héros musclé, 100 % français, n’aura pourtant pas résisté longtemps à la déferlante 007. Mais, après tout, il était peut-être judicieux de ne pas faire de « Connery ».
Image
Le coffret Blu-ray édité par Pathé réunit enfin Le Gorille vous salue bien et La Valse du Gorille en Haute Définition, répartis sur deux disques distincts. La restauration image est tout simplement remarquable ! Chaque plan bénéficie d’une remise à neuf impeccable, sans la moindre poussière ni griffure à déplorer. On pourra juste relever quelques passages un peu plus doux ou légèrement moins définis, notamment vers la fin des bobines ou lors de certaines séquences à effets spéciaux, mais cela reste très discret. Le confort de visionnage est donc quasi-optimal, avec des images d’une clarté et d’une précision exemplaires, parfaitement respectueuses des formats originaux (Scope 2.35 pour le premier et 1.66 pour le second). Le grain argentique est magnifiquement préservé, offrant une authenticité visuelle rare. Un travail d’orfèvre signé Pathé, qui place ce coffret parmi les plus belles restaurations récentes.
Son
Pour la bande sonore, les deux films conservent leur mixage mono d’origine, ici restauré en DTS-HD Master Audio 2.0. Le son s’avère clair et précis, fidèle à l’acoustique d’époque. Les dialogues sont parfaitement nets, la spatialisation respecte l’esprit mono sans ajout ni altération, offrant une écoute agréable et très proche de celle des projections initiales. Ce travail audio souligne la sobriété et l’efficacité des ambiances sonores, tout en évitant toute saturation ou bruit parasite.
Interactivité
Pathé privilégie une fois de plus la qualité à la quantité avec ce coffret. Un module unique de 38 minutes (présent sur le disque du deuxième film) rassemble tout ce qu’il faut savoir sur le diptyque de Bernard Borderie. Ce supplément réunit Jean Ollé-Laprune et Matthieu Letourneux pour un entretien croisé où ils explorent avec passion la carrière du réalisateur, le contexte de production, la genèse des deux films, ainsi que le casting. Tous les aspects essentiels sont abordés avec précision… et beaucoup d’enthousiasme !
Liste des bonus
« Espions, gorilles et barbouzes » : Entretiens autour des films avec Jean Ollé-Laprune et Matthieu Letourneux (38’).





