LE COUTEAU SOUS LA GORGE

France – 1986
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Claude Mulot
Acteurs : Florence Guérin, Alexandre Sterling, Brigitte Lahaie, Natasha Delange, Jean-Pierre Maurin…
Musique : Alain Guélis
Durée : 80 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Anglais
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 26 novembre 2020
LE PITCH
Mannequin pour une agence spécialisée dans la photo de charme, Catherine débarque un soir dans un commissariat de Paris, en proie à une peur panique. Elle prétend avoir subi un viol. Cependant, le commissaire l’éconduit gentiment, Catherine ayant une réputation de mythomane — victime de cauchemars récurrents, la jeune femme a fini peu à peu par confondre rêve et réalité. Aussi, quand un maniaque se met à décimer son entourage proche et à la harceler, personne ne la croit, pas même la police. Seul Nicolas, son voisin, est en mesure de lui apporter un peu de réconfort. Mais, à son tour, il est agressé…
Estafilade
Dernière réalisation de Claude Mulot (La Rose écorchée, La Saignée, Les Charnelles…), Le Couteau sous la gorge est une ultime tentative de proposer un cinéma de genre à la France, en l’occurrence le giallo, dans un contexte économique des plus compliqués. Un petit film maudit, réduit aux VHS bas de gamme, qui trouve grâce au Chat qui fume un nouveau regard pas forcément salvateur, mais plus indulgent pour sûr.
Si aujourd’hui encore Claude Mulot est surtout connu et plébiscité pour sa carrière dans le cinéma pornographique sous le pseudo Frédéric Lansac qui reste un gage de qualité certain (Le Sexe qui parle, La Femme objet…), le travail effectué par Le Chat qui fume ces dernières années a permis de faire redécouvrir une ambition autre. Celle d’un jeune metteur en scène s’efforçant de creuser le sillon trop délaissé d’un certain cinéma bis à la française, entre fantastique poétique (La Rose écorché) ou thrillers malaisants (La Saignée, Les Charnelles), mais que le manque de reconnaissance va entraîner dans un versant X où il était, selon tous les témoignages, pas à son aise. Au tout début 1981, il réussit enfin à s’en échapper grâce au copain Johnny Hallyday, mettant en boite la comédie potache Le Jour se lève et les conneries commence, avant de verser dans un érotisme plus soft pour une relecture d’Honoré de Balzac avec Black Venus. Une œuvre de commande qui en mène à une autre, ce Couteau sous la gorge qui certes est écrit par Mulot en personne, et en porte nettement sa marque, mais qui doit largement se plier aux desiderata de ses producteurs : Japhila Productions spécialiste de la farce franchouillarde et René Château pour une distribution qui impose sans doute l’icône Brigitte Lahaie. Clairement, les deux sociétés s’entendent pour mettre largement en avant le casting féminin (comme viendra le confirmer les futures jaquettes façon Marc Dorcel) et appuyer l’aspect dénudé du métrage.
Le couteau dans l’eau
Pas désagréable une nouvelle fois d’apprécier Lahaie nue dans son bain et surtout la candide et charmante Florence Guérin (Les Sous-doués en vacances, Le Déclic, La Bonne…) se trimbaler constamment à poil d’un bout à l’autre de la ville, mais la démarche est trop appuyée, le plus souvent gratuite. Une forte teneur en érotisme, en nudité frontale, qui a sans doute permis à Mulot d’obtenir son budget ridicule, mais suffisant, pour tenter de mettre en boite un véritable hommage au giallo italien, fermement ancré dans le sillon du maitre Dario Argento qui avait livré quelques années plus tôt un Ténèbres relativement proches. De l’introduction posant les bases d’un futur whodunit vengeur, du milieu de la photographie de charmes, de son casting essentiellement féminin et surtout de part la personnalité trouble de sa jeune héroïne présentée tour à tour comme une nymphomane affabulatrice et une victime de la misogynie environnante, Le Couteau sous la gorge capture efficacement les codes du genre. Jusqu’à sa révélation finale dont l’hystérie et l’absurde affirmée n’a rien à envier aux modèles transalpins. Le cinéaste semble ici faire des efforts considérables pour se débattre avec une photographie trop terne et une musique synthétique crispante, amorçant quelques cadres chiadés, quelques mouvements de caméras plus ambitieux, l’atmosphère insalubre et malsaine ne prend jamais vraiment. Il faut dire que le casting est uniformément assez catastrophique, alternant le non-jeu (Lahaie, Natasha Delange), l’hébétude constante (Guérin) ou l’inconfortable sensation de ne pas être à sa place. Découvert jeune ado dans La Boum, Alexandre Sterling semble bien paumé dans l’affaire, préférant d’ailleurs mettre fin à sa carrière d’acteur dans la foulée.
Toute petite série B totalement fauché et maladroite, mais très loin du nanar total dont il fut longtemps affublé, Le Couteau sous la gorge passa totalement inaperçu en 1986 et restera la dernière œuvre de Claude Mulot. Il décédera dans un accident de noyade quelques mois plus tard laissant derrière lui une filmographie chaotique, parfois insaisissable, souvent sacrifiée, mais qui justement en devient passionnante.
Image
Dire que le film a toujours été distribué sans ménagement ou quelconque forme de respect est un euphémisme. Et les jaquettes tour à tour putassières ou montées par un stagiaire sur un faux Photoshop annonçaient la couleur de copie franchement crados. Comme toujours Le Chat qui fume a sérieusement retravaillé la source proposant une restauration manifeste et imposante. Les cadres sont extrêmement propres, débarrassés de toutes les scories d’autrefois, et la colorimétrie largement plus équilibrée et stable que jamais. Reste effectivement des soucis de définition, souvent aléatoires, dus sans doute autant à un travail essentiellement numérique et une capture d’origine comportant une certaine tendance au flou. C’est sûr qu’à coté des UHD de La Rose écorchées ou Les Charnelles ça fait un peu juste, mais à l’échelle du film c’est déjà une très belle surprise.
Son
La prise son semble elle aussi avoir été un peu problématique, en particulier avec des acteurs pas toujours très francs dans leur diction, perdus dans les excès d’Alain Guélis. La piste DTS HD Master Audio 2.0 fait alors du mieux qu’elle peut pour équilibrer le tout et rester confortable dans son écoute. C’est un peu rustre parfois, mais ça fonctionne.
Interactivité
Pas d’édition UHD cette fois ci pour Claude Mulot chez Le Chat qui fume, mais tout de même une belle édition avec un packaging toujours aussi réussi et quelques suppléments loin d’être inintéressants. Même si en l’occurrence l’interview de Brigitte Lahaie, avec son franc parlé et ses réserves légitimes sur un cinéaste restreint par le système, était déjà présente sur La Rose écorchée et que l’avant dernière réalisation du cinéaste, Black Venus, avait été proposé sur DVD avec Les Charnelles. Ici en HD, ce téléfilm érotique assez ambitieux (belle photo, beaux décors, belles actrices…) reste encore marqué par une copie très abimée.
La nouveauté est donc la rencontre avec Florence Guérin, qui reste manifestement très attachée avec ce cinéaste pour lequel elle a travaillée sur les deux films présentés ici. Une belle femme qui évoque avec naturel ses débuts très jeunes, ses nombreuses apparitions dénudées et sexy, sa carrière toujours active en Italie, mais aussi des choses plus dures et personnelles. Très touchant.
Liste des bonus
Interview de l’actrice Florence Guérin (21’), Claude Mulot par Brigitte Lahaie (20’), Le film BLACK VENUS de Claude Mulot (1983) avec Joséphine Jacqueline Jones et Florence Guérin en HD.