LE COLOSSE DE RHODES

Il Colosso di Rodi – Italie, France, Espagne – 1961
Support : Bluray & DVD
Genre : Péplum
Réalisateur : Sergio Leone
Acteurs : Rory Calhoun, Lea Massari, Georges Marchal, Conrado San Martin, Angel Aranda, Mabel Karr…
Musique : Angelo Francesco Lavagnino
Image : 2.35 16/9
Son : Italien DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 143 minutes
Éditeur : Studiocanal
Date de sortie : 28 mai 2025
LE PITCH
Le séduisant Athénien Dario, en visite à Rhodes, est mêlé à une révolte contre le tyran Xerxès. Celui-ci se réfugie à l’intérieur du fameux colosse d’airain, d’où il catapulte du plomb en fusion sur les intrépides assaillants. Mais les dieux de l’Olympe interviennent et retournent la situation en faveur des rebelles.
Le titan
Le premier film officiellement réalisé par Sergio Leone ne fut pas, et non, un western mais bien un péplum. Et sans doute l’un des plus spectaculaires de son époque. Si on ne peut s’empêcher d’y desceller quelques marques de fabrique du futur auteur de la trilogie du Dollar, Le Colosse de Rhode enthousiasme par son mélange de luxe quasi-hollywoodien et son esprit délicieusement bis.
Fils de la balle ayant progressé tranquillement dans la hiérarchie de l’industrie du cinéma transalpin et ayant rapidement fait ses preuves en tant que technicien doué et cinéphile éprouvé (il a toujours affirmé sa fascination pour le cinéma américain), le jeune Leone se sera surtout fait remarqué en tout qu’assistant sur quelques grandes coproductions internationales comme Hélène de Troie (Robert Wise et Raoul Walsh), Ben Hur (William Wyler) dont il aurait selon la légende réglé la fameuse course de chars, Sodome et Gomorrhe et Les Derniers jours de Pompéi, respectivement de Robert Aldrich et Mario Bonnard dont il aurait repris la direction en cours de tournage. C’est d’ailleurs en remerciement pour le dernier cité, que la Cineproduzioni Associate lui propose de mettre en boite officiellement son premier film : Le Colosse de Rhode. Une superproduction clef en main, reprenant plus ou moins toutes les grandes scènes clefs du genre (le duel au glaive, les jeux du cirque et la course de char, le tremblement de terre…), ici très inspirées du modèle Les Derniers jours de Pompéi justement, avec un large déploiement des superbes décors de Cinecitta (essentiellement), mais aussi la construction d’une version fantasmée du fameux Colosse de Rhode, l’une des Sept Merveilles du Monde de l’Antiquité. Un cahier des charges relativement pesant, mais dont le cinéaste, finalement déjà chevronné, s’acquitte avec une indéniable efficacité et un sens du grand spectacle déjà frappant.
Dernier empire
Avec l’énergie d’un serial où les chapitres et les péripéties s’enchainent sans faiblir, multipliant les épreuves physiques, les affrontements armés, les grandes visions épiques, les séquences de tortures bis et gratuites (un peu d’acide ça réveille !) et même une poursuite sur la fameuse statue digne de celle de La Mort aux trousses sur le Mont Rochemaure, Le Colosse de Rhode représente aisément tout le faste et la générosité des grands péplums italiens façonnés par des artisans de talents : musiques, photos, costumes et trucage optiques sont à l’avenant. Sauf que Sergio Leone n’a jamais vraiment beaucoup aimé le péplum, préférant le film noir et le western, et qu’il s’efforce constamment d’en dynamiser et renouveler les contours. Par l’excès d’un scénario qui accumule les évènements, les alliances, les traitrises et les morceaux de bravoure, mais aussi en faisant de son protagoniste principal, présenté comme un grand héros de guerre mais sans vraiment en avoir la carrure, une sorte d’électron libre, presque toujours en décalage avec le récit proprement dit. Décontracté, canaille, un poil flegmatique, il semble toujours hésiter entre son confort personnel et son sens moral, son devoir et le bonheur d’aller séduire les demoiselles (et en particulier la sublime Lea Massari, seule figure véritablement ambiguë du film). Il assiste à cette confrontation entre les forces rhodiennes rebelles et les manipulations d’un général félon préparant dans l’ombre du tyran Xerxès l’invasion de la ville par les phéniciens, avec une certaine nonchalance et sera le plus souvent témoin, et non moteur, des segments les plus impressionnants et fatidiques. L’américain Rory Calhoun, très loin des canons bodybuildés ritals de l’époque, se dote déjà de quelques caractéristiques du futur Homme sans nom de Pour une poignée de dollars, le regard inquiétant et l’aspect crasseux en moins.
Un grand classique du genre, spectaculaire et populaire en diable, déjà admirablement mis en scène par un Sergio Leone déjà loin de faire ses gammes mais qui ronge son frein en attendant de pouvoir relancer à lui tout seul la mode du western. Loin de la simple commande ou de l’œuvre de jeunesse, Le Colosse de Rhode est indéniablement un film de Leone, certes en toges et en Technicolor, mais déjà habité par quelques belles notes crépusculaires.
Image
Etonnement Le Colosse de Rhode aura mis du temps à nous parvenir sur support HD. Après une sortie US, chez Warner Archive (et donc avec tirage très limité) en 2018, ce dernier arrive chez nous dans la collection Make My Day ! Comme toujours pas ou très peu d’informations sur les origines de la copie elle-même, mais le nouveau master 2K reste cependant très satisfaisant avec une image sérieusement nettoyée et stabilisée, et surtout une colorimétrie qui retrouve toute sa splendeur d’autrefois. Si on excepte quelques plans de transitions, composites et autres fondus, le piqué est plutôt solide, quoi qu’encore un poil doux, mais le grain et les matières ont encore de très beaux restes. On est ici largement au-dessus des anciens DVD, neigeux et trop ternes.
Son
Seule la version originale italienne est disposée sur le Bluray. Cela s’explique par la diffusion, enfin, du montage complet du film qui n’avait jamais été doublé dans son intégralité. Le mono d’origine se pare d’un DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait clair et équilibré, sans perditions notables et rendant parfaitement la frontalité généreuse du spectacle.
Interactivité
Studiocanal fait régulièrement de curieux choix éditoriaux. On ne se plaindra surement pas de voir apparaitre Le Colosse de Rhode mais on peut par contre se questionner sur la pertinence de ne proposer le montage français, avec le doublage d’époque donc, uniquement en SD sur le DVD, là où de plus petits éditeurs se fendent de doublages partiels ou de reconstitutions appliquées sur Bluray. On peut aussi déplorer, mais l’éditeur n’est pas seul fautif dans l’espoir, qu’un film de cette stature et de cette importance ne soit toujours pas accompagné d’un véritable documentaire making of ou d’images d’archives.
Reste heureusement une toujours excellente présentation signée par le directeur de collection Jean-Baptiste Thoret et une évocation plus large du film en compagnie d’Olivier Père (Arte). Tous deux reviennent sur les débuts de Léone, ses premières armes sur le péplum, le tournage du film et surtout les bribes de l’auteur décelable dans un tel spectacle. Très intéressant naturellement.
Liste des bonus
Le DVD du film, montage français (123’, VF), Préface par Jean-Baptiste Thoret, « Le Colosse de Rhodes » revu par Olivier Père.





