L’AVION DE L’APOCALYPSE

Incubo sulla città contaminata – Italie, Mexique, Espagne – 1980
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Umberto Lenzi
Acteurs : Hugo Stiglitz, Laura Trotter, Maria Rosaria Omaggio, Francisco Rabal, Mel Ferrer…
Musique : Stelvio Cipriani
Durée : 91 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et français LPCM 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : Artus Films
Date de sortie : 3 septembre 2024
LE PITCH
Un avion se pose mystérieusement sur l’aéroport d’une grande ville. En sort une horde de créatures mi infectées mi zombies, qui se mettent à dévorer tout ce qui bouge. Les personnes mordues sont contaminées à leur tour, lançant une grosse épidémie sur la ville. Un journaliste va tenter de retrouver sa femme et sa fille dans la panique générale.
Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?
Symbole d’un cinéma italien en pleine glissade irresponsable sur la vague de l’invasion zombies Nightmare City, alias City of the Living Dead et surtout L’Avion de l’apocalypse en France, porte irrémédiablement la marque du faiseur Umberto Lenzi : ça à l’air d’un classique du genre, mais houlà que ça en est loin.
Considéré dans quelques contrées comme un réalisateur culte (« ils ont toujours eu beaucoup de goût les allemands ») l’artisan chevronné Umberto Lenzi semble avoir construit presque intégralement sa carrière en sous-main. Il enquille les productions et les genres sans vraiment s’y investir, suis tranquillement ses confrères et emballe le tout grâce à un sens évident de l’appareil cinématographique, mais sans y apporter une personnalité inoubliable. Après une pelleté de polars plutôt honnêtes (Brigade spéciale, La Guerre des gangs), un ou deux giallo méritants (Le Tueur à l’orchidée) et des films de guerre francs du collier (La Grande Bataille) le voilà qu’avant d’enchainer avec un surévalué Cannibal Ferox, il livre son film de zombie. Un métrage qui ne manque d’ailleurs pas d’ambitions sur le papier puisque plutôt qu’une poignée de survivants retranchés dans un huis-clos géographique bien défini, le bougre imagine une apocalypse plus globale qui s’étend lentement sur une Amérique tétanisée. Un Walking Dead avant l’heure ? Un petit quelque chose des futurs 28 jours plus tard avec ses infectés qui galopent dans tous les sens, mais clairement les moyens vont à l’encontre de cet élan. Les effets spéciaux tout d’abord, font tristement chiches autant dans les quelques effets très sanglants à base de cranes explosés et d’énucléations visiblement piqués à L’Enfer des zombies, mais surtout à cause des maquillages des vérolés, ressemblant atrocement à des masques bricolés seulement jusqu’au menton avec des restes de pizza trop cuites.
Dance with de dead
Au passage, ces créatures vaguement putréfiées et assoiffées de sang, font preuve de réflexes étonnants, s’armant de faucilles et de mitraillettes, volants des voitures et parant les coups comme des membres chevronnés d’un club de self defense. Constamment ridicule, autant dans sa scène inaugurale où les membres de l’équipage d’un avion anéantissent en quelques secondes les force de police de l’aéroport, que dans la succession d’attaques incompréhensibles sur divers points de la ville (le parc de l’hôpital, l’émission d’aérobic…), L’avion de l’apocalypse assure certes un rythme excessivement soutenu et se visionne sans ennui, mais ne peut convaincre sans second degré, régulièrement atteint par la multiplication inutile de personnages secondaires sans étoffe, et une propension à arracher les corsages très fragiles des pauvres demoiselles. Un film bien bis, mais surtout très bête, qui tente de se donner un peu de consistance en se lançant régulièrement dans quelques discours froids sur la bêtise humaine, l’urbanisation et la menace nucléaire, mais entonné par des acteurs totalement déconnectés. Héros en titre, l’acteur mexicain Hugo Stiglitz, constamment absent, en est tellement resté dans les mémoires que Quentin Tarantino lui a rendu un hommage détourné dans son Inglorious Basterds, alors que le classieux, mais très vieux, Mel Ferrer (Le Jour le plus long, Guerre et paix) semble envoyer des SOS au spectateur à chaque regard caméra.
Un bon gros navet qui s’échappe dans tous les sens qui ose au passage faire le malin avec un twist final, aussi vu et revu que définitivement prohibé par la ligue des scénaristes. On n’atteint pas encore les rives du mythique Virus Cannibale de Bruno Matei, mais on peut y trouver un très amusant avant-goût.
Image
Même si le film a largement été distribué sur tous les supports vidéo existants, il a dû souffrir de sources rapidement épuisées et terriblement marquées par quelques altérations (dégradation des teintes, segments très abimés…) avec lesquels les éditeurs ont dû batailler pour leurs sorties Bluray. Artus reprend ici manifestement un transfert 2K du négatif produit il y a quelques années par Arrow Video où on aperçoit encore à de multiples reprises les différents soucis mais gommés au mieux. Le film fait son âge, chancelle parfois, mais offre cependant une excellente définition, une gestion solide du grain et de la profondeur et un rendu impeccable des argentiques et des teintes grisâtres de la photographie.
Son
Même si le film à été essentiellement tourné en anglais, l’éditeur réunit la version italienne et le bon vieux doublage français. Chacune est délivrée avec un mono d’origine restauré et non compressé qui affirme une belle clarté qui sied parfaitement aux musiques angoissantes du prolifique Stelvio Cipriani (Alligator, La Baie sanglante…) mais ne peut décemment pas sauver la médiocrité des performances… doublées ou non.
A noter que comme le montage français initial avait été joyeusement raboté d’une dizaine de minutes (quelques dialogues, les personnages secondaires de la fille du général et son maris…) ces derniers font réapparaitre temporairement la vost.
Interactivité
Artus Films propose à nouveau un très joli objet avec un fourreau cartonné contenant son fin digipack comprenant le film sur supports Bluray et DVD, ainsi qu’un livret conséquent entièrement rédigé par le talentueux David Didelot. Une grande déclaration d’amour au cinéma artisanal de Lenzi qui traverse une grande part de sa carrière et explore les vastes rives de L’Avion de l’apocalypse par le prisme des modes bisseuses de l’époque (films de zombis, de cannibales…). Même si on ne partage pas toujours les avis du monsieur, qui ne peut d’ailleurs cacher les grandes faiblesses du film, on ne peut qu’apprécier l’efficacité de son l’écriture et ses connaissances savantes.
Sur les disques Bluray et DVD, on découvre en supplément vidéo une nouvelle conversation entre Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud qui sur un ton détendu évoque à leur tour le « style » Lenzi, ses plus grandes réussites, sa « mauvaise » réputation et bien entendu les éclats de L’Avion de l’apocalypse.
Liste des bonus
Le livret « L’Avion de l’Apocalypse, l’horreur malgré soi » rédigé par David Didelot (64 pages), Présentation du film par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud, Diaporama d’affiches et photos, Bande-annonce originale.