LAME DE FOND

White Squall – Etats-Unis – 1996
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure, Drame
Réalisateur : Ridley Scott
Acteurs : Jeff Bridges, Caroline Goodall, John Savage, Scott Wolf, Jeremy Sisto, Ryan Phillippe…
Musique : Jeff Rona
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 129 minutes
Editeur : ESC Editions
Date de sortie : 3 septembre 2025
LE PITCH
Treize adolescents embarquent sur le voilier L’Albatros pour huit mois, sous les ordres du prudent et avisé capitaine Sheldon. Pendant ce voyage, ils vont apprendre à se connaître et se découvrir, entre amitié et rivalité, et affronter les dangers de la mer…
« C’est la mer qui prend l’homme… »
Film souvent oublié dans la riche filmographie de Ridley Scott, Lame de fond et son aventure humaine aux confins des océans n’avait clairement pas provoqué l’enthousiasme à sa sortie à la fin des années 90. Le sujet était pourtant en or pour le cinéaste et sa rencontre avec Jeff Bridges aurait dû faire des étincelles…
Prolifique et régulièrement traversée de très grande œuvres, la carrière de Ridley Scott ne manque pas non plus de rendez-vous manqués et d’œuvres mineurs un peu oubliées sur le chemin. Entamées par le magnifique et populaire Thelma et Louise, les années 90 auraient dû être une décennie en or pour le réalisateur. Ce sera malheureusement tout l’inverse, son fameux 1492 : Christophe Colomb, ambitieux mais inégal, lui portera un sacré coup. Quatre ans sans tourner de long métrage (pour Scott c’est très long) et la création de sa société de production avec son frère Tony Scott, Scott Free en résulteront. Amusant d’ailleurs de voir que tout deux, pour leurs premiers films signés sous cette nouvelle égide, se tourneront vers les océans : USS Alabama pour l’un, le présent Lame de fond pour l’autre.
Adapté du roman The Last Voyage of the Albatross rédigé par Charles Gieg et Malcolm McConnell, deux des survivants des véritables évènements dramatiques, le métrage revient sur cette aventure de 13 mois vécue par un groupe d’adolescents de bonnes familles à bord d’un grand voilier, l’Albatros, navire-école censé, entre autres, leur apprendre les valeurs de l’obéissance, de l’effort et de l’entraide. Un « beau » programme mené par le capitaine Sheldon et son petit équipage, figure autoritaire et charismatique élevant les gosses à la dure mais avec un grand respect et une droiture évidente. Pas vraiment un film d’homme, mais plutôt un récit initiatique où les gamins, issus de milieux très favorisés mais pas toujours faciles, un poil égoïste ou fragiles voir agressifs pour certains, vont peu à peu se redécouvrir, apprendre à faire corps et à embrasser leur devoir à bord du navire afin de former véritablement un équipage efficace et donc, d’une certaine façon devenir adultes.
« Tant que le vent soufflera… »
Une histoire presque classique, jamais très loin finalement (les petits échos militaires en plus), du modèle Le Cercles des poètes disparus de Peter Weir sorti 7 ans plus tôt, où la reprise en main de son existence, de sa destiné et surtout de son identité ne peut en passer que par des expériences douloureuses et une certaine forme de rébellion. Mais si la petite troupe de jeunes acteurs comme Scott Wolf (5 à la maison), Ryan Phillippe (Sexe Intentions) ou Jeremy Sisto (May) s’en sortent très bien, il faut reconnaitre que leurs personnages pèchent par manque de caractérisation, tous un peu coincé dans des archétypes attendus et par une illustration de l’adolescence masculine (l’alcool, les filles, la bagarre…) jamais très loin de la caricature. Pas de quoi les faire vraiment exister à l’écran en effet, tout comme les camarades d’équipage (où on reconnait pourtant l’excellent John Savage) et même ce fameux « skipper », capitaine stylé, un peu froid et taiseux, auquel Jeff Bridges apporte heureusement une certaine forme d’humanité. Ridley Scott passe ici souvent à coté du facteur humain de son film et ce jusqu’à un grand procès final aux grands élans mélodramatiques.
Là où cependant Lame de fond intrigue tout du long, c’est dans la cohabitation purement picturale des corps humains (ici jeunes et athlétiques tant qu’à faire) et une immensité constamment présente à l’écran. Celle des ports à peine visités, d’une guerre froide dont on n’apercevra qu’une courte anecdote, de paysages insulaires à couper le souffle et celle bien entendu figurée par ce somptueux voilier perdu au milieu des mers, résistant aux vents, aux vagues, aux nuits et au temps jusqu’à finalement être emporté par la fameuse « Rafale Blanche » du titre original. Une tempête sans nuage, sans signe annonciateur, qui semble tombé de nulle part, comme le jugement de forces qui nous dépassent tous. Tourné pour l’essentiel en condition réelles, et pour le spectaculaire climax dans une cuve géante en poussant les acteurs jusque dans leurs limites, Lame de fond fait constamment ressentir la sensation de dépassement de soit autant que l’immuabilité de cette grande bleue indomptable.
Moins humains que lyrique, Lame de fond semble souvent naviguer à contre-courant, mais il affirme à l’écran une mise en scène impressionnante et passionnée. Comme ce sera encore le cas sur le suivant G.I. Jane, Ridley Scott semble chercher un nouveau souffle. Il faudra attendre 2000 et le somptueux Gladiator pour que sa carrière retrouve tout à fait sa voie.
Image
Souvent peu chanceux du coté de l’édition vidéo, Lame de fond se pare enfin d’un Bluray en France… avec une bonne dizaine d’années de retard sur les USA. Ceci explique forcément la nature du transfert HD, produit certainement à partir d’une source un peu plus ancienne. Pas de retour à la source donc et un nettoyage uniquement numérique qui entraine une disparition quasi constante du grain initial, une sensation de trop grande douceur et des noirs qui bataillent pour se maintenir. De petits défauts mais qui ne gâchent pas trop le visionnage tant la propreté proposée, la force des contrastes et les textures retrouvées offrent vraiment un bon rafraichissement au film.
Son
La version originale est dotée d’un DTS HD Master Audio 5.1 plutôt agréable dans sa gestion, soft, de la spatialisation. De beaux efforts surtout marqués lors des séquences en mer, puissantes, mais les dialogues ne sont jamais en reste. En dehors de cet étrange écho mécanique, la proposition est tout à fait satisfaisante. Plus sobre, nette et frontal, le doublage français perd forcément en efficacité dans les scènes spectaculaires, mais le jeu et sa restitution sont plus que corrects.
Interactivité
Bel effort d’ESC pour ce jalon souvent un peu boudé de la filmographie de Ridley Scott qui lui offre un digipack avec fourreau du meilleur effet, contenant un livret sur les coulisses d’une trentaine de pages et les disques Bluray et DVD. Sur ces dernier les amateurs peuvent enfin visionner le Making of d’époque, promo forcément mais avec d’impressionnantes images du tournage en plein mer ou au cœur d’une tempête des plus réalistes, puis enchainer avec les interventions de deux journalistes. Frédéric Mercier (Positif) se consacre à la grande carrière de Jeff Bridges et sa figure de l’américain type confronté au désenchantement de la réalité, et Clara Sebastiao (Filmo) décortique le film en présence par le prisme du « Coming of Age » ou récit initiatique. Deux approches intéressantes et qui sortent des présentations un peu plan-plan habituelles.
Liste des bonus
Livret, « Jeff Bridges, itinéraire hollywoodien d’un enfant de la balle » par Frédéric Mercier, critique au Cercle et Positif (21’), « Grandir à l’écran » : l’histoire du coming of age à travers « Lame de Fond » par Clara Sebastiao (21’), Making of d’époque (5’), Bande-annonce.






