LADY FRANKENSTEIN

La figlia di Frankenstein – Italie – 1971
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateurs : Mel Welles, Aureiano Luppi
Acteurs : Joseph Cotten, Rosalba Neri, Paul Muller, Riccardo Pizzuti, Herbert Fux
Musique : Alessandro Alessandroni
Durée : 99 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais, Français et Italien DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 31 juillet 2022
LE PITCH
Dans un pays d’Europe centrale, au XIXème siècle, le baron Frankenstein, assisté par le Dr Charles Marshall, tente de créer l’homme parfait à partir de cadavres que lui procurent des profanateurs de sépultures. Le savant pense parvenir à ses fins lors d’une nuit d’orage, mais le cerveau utilisé pour la transplantation s’avère endommagé. Une fois animée, la créature tue Frankenstein et s’enfuit. Tania, la fille du baron, arrivée au château depuis peu, décide alors de poursuivre les travaux de son père, avec l’aide de Charles. Pendant ce temps, la créature massacre des villageois dans la campagne environnante.
Prométhée de père en fille
Longtemps affublé d’un sous-titre abusif mais rigolo, Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle (car elle l’est un peu), reste un étrange objet survenu des rives de cet eurociné bien bis produit en Italie, joué par une star américaine et quelques allemands et emballé par un ancien de l’écurie Corman. Du gothique amoureux avec de belles déviances en perspective.
Petit artisan d’un cinéma de genre sincère, Mel Welles est surtout connu pour son rôle inoubliable de propriétaire de la fameuse Petite boutique des horreurs dans le classique de son copain Roger Corman (qui alignera quelques biftons pour achever le film en présence), pour avoir orchestré la version américaine de Spectreman et ce fameux Lady Frankenstein qui pour certain aurait même des accents culte. Il faut dire que l’objet ne fut longtemps présenté que dans une version tronquée d’un bon quart d’heure, faisant fantasmer sur un retour d’une version longue… et finalement pas plus gore ou sexy. Produit donc au tout début des années 70 alors que la Hammer s’apprête à connaitre son déclin et le cinéma d’horreur à s’enflammer pour des univers plus glauques et réaliste, Lady Frankenstein fait presque office de résistant, cultivant ce charme inénarrable des coproductions européennes où une équipe largement italienne (photo superbe, musique évocatrice, star féminine attractive) cohabitait donc avec les gueules respectables des allemands Paul Muller (La Belle et le corsaire) et Herbert Fux (La Marque du diable) et même l’immense star hollywoodienne, mais en fin de carrière, Jospeh Cotten.
Héritage douteux
La présence ce grand nom instaure d’ailleurs une certaine noblesse au film, présentant la nouvelle expérience de ce Docteur Frankenstein avec beaucoup de sérieux et de soin, citant ouvertement les classiques de la Universal et les revitalisations de Terence Fisher, même si le monstre en lui-même avec son crâne hypertrophié, son visage à moitié brulé et sa démarche d’handicapé orthopédique n’a pas tout à fait le charme de Boris Karloff. Un film hommage certainement, mais qui va dévisser totalement dès lors que la créature va tuer dans un accès de rage son géniteur. Jospeh Cotten écarté, Lady Frankenstein donne tout sa place à sa fille, Tania, scientifique tout aussi passionnée mais largement plus dissolue que papou. Sublime Rosalba Neri (Hercule contre les vampires, Angélique marquise des anges) qui incarne à la perfection une comtesse particulièrement perverse et manipulatrice qui va réussir à convaincre l’ancien assistant du père d’éliminer le serviteur au joli minois mais un poil limité pour y placer son cerveau afin d’obtenir l’amant idéal. Il faut voir la donzelle séduire le pauvre Thomas devant le regard mi-jaloux mi-avide du Dr Marshall, puis obtenir un orgasme manifestement historique pendant que le second étouffe le premier jusqu’à la mort. On s’amuse aussi forcément du détournement de la plus célèbre séquence du film de James Whale où une jeune femme nue attrapée en pleine étreinte remplace l’autrefois si innocente petite fille. Un érotisme léger à l’écran, mais torride et décadent dans l’esprit, qui transforme véritablement le film en délire bis, aux lisières de la parodie douteuse où sexe et mort se mêlent jusqu’à la vision des deux amants, elle et son ultime création, brulant littéralement dans une ultime étreinte.
Un gothique de fin de règne, qui annonce sans le vouloir le festival totalement dégénéré Chair pour Frankenstein d’Andy Warhol, Paul Morrisey et Antonio Margheriti qui ne sortira que deux ans plus tard.
Image
Nouveau master produit à partir d’un scan 2K du négatif de la version la plus complète du film, cette restauration apporte effectivement une patine inespérée pour le film. Les cadres sont super propres, limites virginales, les teintes ravivées (en particulier en extérieur) révélant un travail photographique et des décors bien au-delà du petit budget du film. Il semble cependant qu’un filtre numérique ait aussi été utilisé pour gommer un grain peut-être trop proéminent, en résulte une définition souvent un peu trop douce, voir patinée.
Son
Trois choix s’offrent à nous : anglais, italien et français d’origine sont proposés dans leur mono d’époque mais acclimatés à des DTS HD Master Audio 2.0 étonnement clairs et équilibrés. Même si les séquences ont plus majoritairement été jouées en anglais (visible sur les mouvements de lèvres), seule la version italienne recouvre l’intégralité du montage uncut, les autres faisant apparaitre quelques segments en italien sous-titrés pour combler les trous.
Interactivité
Encore une très belle édition signé Le Chat qui fume. Le visuel choisit pour le digipack avec fourreau est simplement superbe, et le boitier contient en plus du Bluray un CD de la bande originale complète des compositions romantico-gothiques d’Alessandro Alessandroni. Bel objet donc, agrémenté d’un long et très complet making of rétrospectif produit par des passionnés allemands, avec la participation du réalisateur et des acteurs. Un peu figé et en SD, le doc laisse largement la parole aux intervenants, certains revisionnant pour la première fois le film en même temps, qui multiplient les anecdotes, racontent le tournage et une production un peu fauchée, les souvenirs du cinéma de genre de l’époque, où même dérives sur des questions plus générales autour des codes du gothique. Le segment est complété par un item exclusif prenant la forme d’une interview croisée entre Rosalba Neri, toujours aussi loquace sur sa trop courte carrière, et l’historien du cinéma italien Fabio Melelli. Quelques redites forcements, mais le propos n’en reste pas moins intéressant. Toujours amusant de trouver en dessert quelques séquences du film tournées ou montées en versions très soft (cut ou avec beaucoup de vêtements) pour rassurer les distributeurs les plus frileux.
Liste des bonus
Le CD de la musique du film par Alessandro Alessandroni (56’), La vérité sur Lady Frankenstein avec Mel Welles, Herbert Fux, Rosalba Neri… (73’), Chez la baronne avec Rosalba Neri et Fabio Melelli (22’), Séquences habillées (3’), Bande-annonce.