LA VENGEANCE D’UN ACTEUR

雪之丞変化 – Japon – 1963
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Kon Ichikawa
Acteurs : Kazuo Hasegawa, Fujiko Yamamoto, Ayako Wakao, Eiji Funakoshi…
Musique : Tamekichi Mochizuki, Masao Yagi
Durée : 113 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 01 décembre 2020
LE PITCH
Au cours d’une de ses représentations, l’acteur Yukinojo Nakamura reconnaît dans le public le seigneur Dobé et deux de ses complices. Ce sont les hommes qui ont conduit son père à la faillite, et provoqué le suicide de ses parents. Yukinojo va pouvoir venger ses parents.
Performance
Pas forcément le cinéaste japonais le plus adulé dans son pays, ou le plus connu à l’étranger, le productif Kon Ichikawa (La Harpe de Birmanie, Le Pavillon d’or, La Danse du grisbi…) se pliait souvent aux exigences des studios. Pour mieux faire plier le film lui-même sans doute, comme en témoigne La Vengeance d’un acteur.
Artisan d’un cinéma japonais mouvant et changeant, Kon Ichikawa, alternant les œuvres de commandes et les projets plus personnels, est forcément passé sous les radars, éclipsé comme il se doit par des auteurs de la magnitude de Ozu, Kurosawa, Narusé, Oshima…. Plus insaisissable, moins égal, le cinéaste a tout de même signé par moins de 90 longs métrages, entre documentaires, animation et fictions, étalés sur sept décennies ! Un record. Et un témoin des nombreuses évolutions du cinéma japonais, du muet jusqu’au nouveau millénaire. Dans le lot quelques égarements, mais aussi beaucoup de réussites, des productions démontrant autant une efficacité évidente qu’un authentique point de vue (partagé avec son épouse et coscénariste) dont La Vengeance d’un acteur peut être considéré comme l’un des sommets. On est pourtant loin ici d’un projet intime, car il s’agit clairement d’une pure commande de la Daiei, voir même d’une « punition » tant en 1963 le film de sabre glisse lentement en désuétude et que la star revendiquée Kazuo Hasegawa est désormais bien loin de sa beauté juvénile. C’est d’ailleurs un simple véhicule pour tenter de le remettre sur rails à l’occasion de son 300ème film (!) en offrant un remake de la trilogie Yukinojô henge : Daiippen dainihen, énorme succès des années 30 où déjà trônait l’acteur sous le costume d’un onnagata préparant sa revanche contre les nantis qui ont poussés ses parents au suicide.
Les jupons de l’histoire
Un acteur travesti, à l’androgynie poussée à l’extrême, typique du théâtre Kabuki qui a joué de manipulations et de séductions pour s’introduire au plus près du shogun, par l’entremise de sa fille (la sublime Ayako Wakao), et les pousser à la folie. Une trame assez classique dans le cinéma populaire japonais que va préserver Ichikawa, mais qu’il va constamment dédoubler en insufflant les codes du théâtre kabuki dans la réalité du film. Optant pour un cinémascope (ici Daeiscope) éclatant, il estompe les frontières entre les performances scéniques de Yukinojo, colorées, maniérées, méticuleuse à l’obsession, avec celle qu’il est obligé de maintenir dans les coulisses de la cour et dans sa romance avec la belle demoiselle. Les décors extérieurs tirent vers l’épure et les peintures sur toiles, les combats aux sabres frôlent l’abstraction, les sentiments se perdent entre réalité et fantasme, et Kazuo Hasegawa se prête même au double jeu en interprétant en plus du rôle principal celui de Yamitaro, voleur au grand cœur, narrateur et figure d’une virilité indiscutable. A l’unisson, les cibles de l’acteur perdent leur repaire, perdent leur masque et leur identité et finiront par disparaître littéralement de l’écran. Objet fascinant, La Vengeance d’un acteur n’est clairement pas un film en costumes comme les autres, et insuffle même dans ses apparats des réflexions purement contemporaines.
Annoncé par une utilisation osée de séquences jazz dans sa bande son, La Vengeance d’un acteur n’hésite pas à faire quelques parallèles entre les péchés de l’aristocratie du shogun, leur avidité, leur corruption et leur inhumanité, avec la caste politique et bourgeoise du japon de l’après-guerre. Beau et vénéneux.
Image
Rediffusé en salles il y a quelques mois La Vengeance d’un acteur a profité d’une nouvelle restauration on ne peut plus soignée et fouillée. Un travail admirable effectué à partir d’un scan 4K du négatif original 35mm et qui restitue fermement le moindre détail des cadres (profondeurs, matières, éclairage…) tout en soulignant le travail fabuleux sur les contrastes et la profondeur des noirs. Et la propreté impressionnante de l’image n’entache en rien le rendu organique de l’image avec un léger grain assez fin et de très beaux reflets argentiques.
Son
Restaurée en même temps que l’image, la piste mono d’origine fait preuve d’une belle clarté et d’une stabilité très agréable. Quelques légers chuintements dus aux accents propres à la langue japonaise se font entendre, mais le mix est délicat avec une belle emphase portée sur la musique et surtout ses instants jazz.
Interactivité
Disposé dans un digipack sobre mais élégant, le film est accompagné de deux suppléments à l’attention des cinéphiles. Avec une petite rigidité et un bon accent Bastian Meiresonne propose une longue et très intéressante présentation du film et de son réalisateur. S’efforçant alors de montrer par quelques analyses esthétiques et historiques, la manière dont Kon Ichikawa a réussi à dépasser la simple œuvre de commande pour proposer une œuvre engagée et moderne
Pas forcément attaché au film (d’ailleurs Kon Ichikawa en est absent), le segment de l’émission Un siècle de cinéma consacrée au cinéma japonais reste un document synthétique captivant, d’autant plus qu’il a été écrit par le cinéaste Nagisa Oshima qui met alors l’accent moins sur les évolutions formelles que sur la prise de pouvoir et de liberté des auteurs nippons.
Liste des bonus
Interview de Bastian Meiresonne, co-auteur du Dictionnaire du Cinéma Asiatique (31’), Un Siècle de cinéma japonais (51’).





