LA VENGEANCE DU DRAGON NOIR

一代劍王 – Taiwan – 1968
Support : Bluray
Genre : Action
Réalisateur : Joseph Kuo
Acteurs : Polly Ling-Feng Shang-Kuan, Peng Tien, Yang Meng-Hua, Nan Chiang, Chien Tsao…
Musique : Szu Li
Image : 2.35 16/9
Son : Mandarin DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 86 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 04 juin 2024
LE PITCH
À l’âge de six ans, Tsai Ying-jie assiste au massacre de sa famille orchestré par cinq seigneurs malfaisants dans le but de s’emparer de la légendaire Épée Chasseuse d’Âmes. Bien des années plus tard, devenu maître dans le maniement de la lame, le jeune homme part à la recherche des assassins de ses parents afin de venger leur mort. Au cours de sa quête meurtrière, Tsai Ying-jie sera secouru par l’intrépide Hirondelle. Mais il ignore que cette dernière n’est autre que la fille de Yun Chung-chun, l’un des hommes sur sa liste…
Les larmes du tueur
Déjà sorti il y a bien longtemps en France, mais sous le titre La Revanche du dragon noir, le premier wu xia de Joseph Kuo (Le Retour des 18 hommes de bronze, Les Sept grands maitre de Shaolin…) est à nouveau mis en avant grâce à une toute nouvelle restauration 2K. Occasion de redécouvrir un cinéma martial où l’émotion a autant de tranchant que le fil de l’épée.
Le wuxia, ou film de sabre chinois, ne saurait-ce se réduire aux nombreuses exactions populaires de la Shaw Brother, car ce fut toutes les Chines qui furent frappées par cette réactivation des vieux motifs littératures et héroïques séculaires. Tout autant que Hongkong d’ailleurs, Taiwan apposa rapidement sa marque sur le genre doublant littéralement le nombre de productions annuelles dédiés aux fresques à l’épée. Si bien entendu le nom de King Hu résonne toujours très fortement, celui de Joseph Kuo a lui aussi son importance et le cinéaste prolifique finira même par faire un détour par le célèbre studio hongkongais. Mais en cette fin des années 60 ce dernier n’a pour l’instant pas vraiment marqué le genre de son empreinte. Après des débuts comme romancier puis scénariste très demandé, ce dernier a surtout pris ses marques de réalisateur du côté des films de romances, ces belles bluettes chinoises aux sentiments exacerbés. C’est, comme beaucoup, sa découverte en salle du chef d’œuvre L’Hirondelle d’or qui va tout changer, entrainant chez lui une passion nouvelle pour le cinéma d’art martiaux et surtout son versant le plus gracieux, le plus minutieux et esthétique. C’est alors que King Hu est en plein tournage de son Dragon Inn, que Joseph Kuo entame donc son premier wu xia, La Vengeance du dragon noir, engageant d’ailleurs au passage la même actrice, Polly Ling-Feng Shang-Kuan dans le premier rôle féminin.
L’homme à l’épée
Un récit de, comme son titre français l’indique, vengeance qui embrasse de prime abord tous les codes du genre (pour ne pas dire clichés), avec son jeune héros noble, silencieux et courageux, qui en chemin pour restaurer l’honneur de son père, tué il y a bien longtemps par quatre combattants hors pairs, prend la défense des innocents ou entame un duel avec un autre combattant quettant l’excellence. Le destin se forge, comme toujours, par l’épreuve virile et grâce à la maitrise de l’épée, les combattants hésitent entre les mouvements sobres traditionnels et quelques envolées plus fantastique, les opposants tombent comme des mouches, souvent transpercés par leurs propres armes… et pourtant le chemin de Tsai n’est pas si rectiligne qu’il y parait. Joseph Kuo préserve en effet son intérêt pour la psychologie de ses personnages, pour les tourments de leurs âmes et leurs sentiments amoureux, et développe peu à peu un mélodrame où le héros droit et obsédé par sa mission, doit désormais faire face à des ennemis aux motivations loin d’être manichéennes, une jeune duelliste qui lui sauve la vie espérant lui faire épargner celle de son père et même un ennemi final qui au seuil de sa vie ne fera que réclamer son pardon.
Comme si la complexité du monde réel, une certaine réalité de la vie toujours en dégradé de gris, venait transformer le cadre habituellement théâtrale et symbolique du wuxia. Un angle alors totalement inédit, pour un film de sabre qui, s’il ne subjugue pas forcément par ses chorégraphies un peu plates et peu énergiques, séduit fortement par son mélange de suspension presque philosophique (King Hu n’est jamais loin) et d’efficacité souvent empruntée autant aux compositions crépusculaires du western italien qu’à la stylisation épurée des chanbaras japonais
Profitant de superbes paysages naturels (là où la Shaw n’allait presque jamais), La Vengeance du dragon noir inscrit sa tragédie de sabreur aux seins de tableaux d’une rare élégance dont un grand duel final où les fracas des lames résonnent au gré des vagues qui s’échouent sur la plage et les combattants n’apparaissent plus qu’en silhouette face à un soleil couchant du plus bel effet. Dans un monde violence, un peu de poésie n’a jamais fait de mal.
Image
Un classique qui a été restauré par le Taiwan Film and Audiovisual Institute à partir d’un scan 2K des négatifs 35mm et pour lequel les technicien ont dû souvent pousser très loin leurs efforts autant pour gommer toutes les taches, griffures et décolorations présentes (certaines légère marques persistent tout de même) et surtout redonner à l’ensemble des textures et des teintes stables et harmonieuses quitte même à reprendre presque totalement deux scènes de nuits américaines avec l’accord du cinéaste. Si la copie ne peut être absolument parfaite (le générique est très abimé, les plans parfois légèrement déformés et le piqué oscillant), la combinaison d’outils numériques et chimiques, aboutissent tout de même à une très belle performance, redonnant beaucoup d’intensité aux couleurs, d’énergie aux contrastes et un grain argentique très élégant aux scènes.
Son
La piste mandarin mono, disposé en DTS HD Master Audio, ne souffre pas comme de nombreuses productions de l’époque d’effets distordus, de saturations ou de perditions notables. Si les voix semblent toujours un peu détachées (tout était postsynchronisé), le son est toujours net, les bruitages bien vifs et la musique bien présente.
Interactivité
Grand habitué des éditions de classiques du cinéma chinois, le journaliste Frederic Ambroisine nous délivre à nouveau l’une de ses archives tournées en festival avec une interview inédite du réalisateur Joseph Kuo (il nous a quitté l’année dernière). Le monsieur revient brièvement sur ses premières années de romancier puis scénariste, sur ses débuts dans le cinéma romantique et enfin son lien avec le cinéma de King Hu mais aussi celui de Chang Che. Une petite dizaine de minutes seulement, mais la rencontre reste très intéressante. En outre, on trouve aussi un petit module sur la restauration du film avec un avant / après particulièrement éloquent.
Liste des bonus
« Le Maître du Wuxia » : Entretien avec Joseph Kuo (13’), La restauration (4’), Bande-annonce.