LA VENGEANCE DE SIEGFRIED

Die Nibelungen – Allemagne, Yougoslavie – 1966/1967
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : Harald Reinl
Acteurs : Uwe Beyer, Karin Dor, Maria Marlow, Herbert Lom, Rolf Henniger, Terence Hill…
Musique : Rolf A. Wilhelm
Durée : 168 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Allemand et français Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Artus Films
Date de sortie : 05 janvier 2021
LE PITCH
Terminant son initiation chez le nain Mime, Siegfried se forge une épée, et va tuer le dragon Fafnir, se baignant alors dans son sang pour acquérir l’invincibilité. Mais une feuille de frêne se colle sur son dos, lui laissant une partie vulnérable. Il se rend ensuite à la cour des Burgondes, chez le roi Gunther, où il va tomber amoureux de la belle Krimhilde, la sœur du roi. Ce dernier devant repousser une attaque des Saxons, Siegfried va lui prêter main forte. Ses exploits l’amèneront au statut immortel de héros.
Le crépuscule des rois
Découvert par beaucoup lors de sa rediffusion dans l’inoubliable Cinéma de quartier de Mr JPP Dionnet, La Vengeance de Siegfried est une grande épopée de fantasy venant faire la nique aux grandes production américaines de l’époque, tout en réussissant à ne jamais trop ployer sous le poids d’un lourd modèle : Les Nibelungen de Fritz Lang.
Héros légendaire de la grande mythologie nordique, Siegfried a définitivement marqué le cinéma avec le diptyque flamboyant que lui consacra Fritz Lang en 1924. Un conte sauvage, épique et grandiose dont la beauté frappe toujours autant aujourd’hui, et qui était encore dans toutes les mémoires en ce milieu des années 60 tant il est évident que cette nouvelle version s’apparente sans détour à un authentique remake. Si le temps n’est plus au noir et blanc sculpté dans l’argentique, si le temps n’est plus au jeu outré et opératique du temps du muet, Die Nibelungen multiplie les emprunts autant que les choix de certains designs, la forme des décors et les cadrages, suivant d’ailleurs aussi le découpage en deux grands chapitres distincts. Le premier, Siegfried, se consacre ainsi une nouvelle fois à la grande légende de ce héros d’un temps déjà révolu, chanté par les bardes, combattants trolls invisibles et dragon cracheur de feu (un peu kitch ici malheureusement) et son arrivée triomphale à la cour des Burgondes jusqu’à l’ultime trahison, son assassinat par le terrible Hägen qui provoquera la colère de son épouse la belle Krimhilde, finalement figure centrale et tragique du chant. La magie, l’enchantement s’efface violemment dans le second chapitre, alors que l’ancienne princesse, remariée avec le barbare Attila, prépare sa vengeance sanglante, ne sachant pas qu’elle ne fait que perpétuer la malédiction du trésor des Nibelungen.
L’Argentique du Rhin
Là où le film de Lang piochait dans une matière brute et primitive, impressionniste, le désormais long film de 1966 se rapproche plus aisément, par sa riche utilisation de teintes façon Technicolor, par la posture des acteurs (ah tiens un tout jeune Terence Hill) et l’introduction d’une opposition entre les anciens cultes et le christianisme renaissant, à un grand spectacle hollywoodien aux accents nihilistes des plus shakespeariens. Compliqué d’osciller ainsi constamment entre la dévotion aux classiques du muet et les apparats du grand spectacle de l’époque, mais le cinéaste Harald Reinl s’en sort incroyablement bien. Un réalisateur incontournable de l’Allemagne de l’après-guerre s’étant déjà confronté à Lang avec deux opus de Mabuse (Le retour du Docteur Mabuse et L’invisible Docteur Mabuse), ayant signé cinq des meilleurs opus de la saga western consacré au chef indien Wanitou, alternant plus tard les comédies, terreurs gothiques ou films d’espionnages pulp, et qui impose ici autant de prestance et de fougue que ses lointains concurrents d’Amérique. Doté d’un budget manifestement plus que confortable, ses Nibelungen déploient autant de paysages d’une nature éclatante et fastueuse, des intérieures précieux de studios imposants, que des milliers de figurants se lançant dans des batailles héroïques à cheval ou des mêlées sanguinaires enfermées dans une salle d’apparats livrée aux flammes.
Un cinéma généreux, élégant qui ne cesse de rappeler tous les emprunts fait par un certain J.R.R. Tolkien à la légende originale par ses étranges, mais logiques, ressemblances avec Les Deux tours de Peter Jackson. Un bel arbre généalogique.
Image
Copie restaurée à partir d’un nouveau scan 2K, La vengeance de Siegfried n’a sans aucun doute jamais été présenté dans des conditions aussi chaleureuses. Et c’est largement la palette de couleurs, digne d’un resplendissant Technicolor, qui impressionne le plus avec de superbes contrastes et une colorimétrie pétante qui vient souligner une direction artistique luxueuse. La définition n’est pas en reste, venant donner corps à d’imposants décors et costumes, mais on sent souvent qu’on est ici sur le fil avec quelques plans ou courtes séquences issus de sources moins stables, des fondus de transition un peu neigeux et des cadres parfois lissés pour harmoniser le tout. Pas parfait soit, mais l’essentiel est là avec une douce sensation de cinéma à l’ancienne.
Son
Version originale et française sont proposées dans leur mono d’origine avec à chaque fois une sonorité frontale, claire et agréable qui délivre des ambiances sobres mais efficaces.
A noter que bizarrement quelques courts segments ont dû être coupés lors de la première exploitation du film puisque trois passages ne sont disponibles qu’avec un bref passage à la vost. Dommage, mais pas bien grave, car le bon vieux doublage d’époque participe clairement à la petite nostalgie qui se dégage du film.
Interactivité
Disposé dans les jolis Mediapack dont Artus a désormais le secret, ce nouveau titre de la collection Histoires et Légendes d’Europe se montre tristement chiche en supplément sur les disques. Pour trouver quelques informations, il faut alors se diriger vers le livret de 80 pages piqué dans la reliure. Un ouvrage séparé en deux parties distinctes avec d’un côté un retour historique sur la légende proprement dite, de ses premières apparitions aux différentes versions cinématographiques, et de l’autre un retour sur la riche carrière d’Harald Reinl. Et autant Laurent Schang qu’Alain Petit se montrent parfaitement instructifs sans se départir d’une décontraction bienvenue.
Liste des bonus
Livret de 80 pages rédigé par Laurent Schang et Alain Petit : Le trésor des Nibelungen, Diaporama d’affiches et de photos.







