LA TENDRESSE DES LOUPS

Die Zärtlichkeit der Wölfe – Allemagne – 1973
Support : Bluray
Genre : Drame, Thriller
Réalisateur : Ulli Lommel
Acteurs : Kurt Raab, Jeff Roden, Margit Carstensen, Ingrid Caven, Wolfgang Schenck, Brigitte Mira, Rainer Werner Fassbinder…
Musique : Peer Raben
Image : 1.78 16/9
Son : Allemand DTS HD Master Audio 5.1 et 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 82 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 3 juin 2025
LE PITCH
Allemagne, années 1920. Fritz Haarmann, ancien boucher et petit délinquant, sert d’indic à la police. L’homme au faciès débonnaire est en réalité un tueur en série, qui attire chez lui de jeunes garçons à la rue ou contraints à la prostitution, les martyrise et les assassine. Malgré des indices troublants, la police ferme longtemps les yeux…
Fritz, un homme allemand
Film phare du cinéma underground allemand des années 70, auréolé du sceau de la présence, à la production et dans un petit rôle, du maitre Fassbinder, La Tendresse des loups est le portrait trouble et malaisant de Fritz Haarmann, alias Le Vampire de Hanovre… celui-là même qui déjà en 1931 inspirait le chef d’œuvre M Le Maudit.
A ce titre, le film de Fritz Lang était un œuvre précurseur, visionnaire même, reprenant de nombreux faits et éléments de la véritable affaire s’étant déroulé à peine dix ans plus tôt pour aborder le visage le plus honteux et malsain de la société allemande de l’époque. Une dénonciation du glissement inquiétant de la morale du pays, l’omniprésence de la haine, de la paranoïa et d’une folie généralisée. Quarante ans plus tard, La Tendresse des loups se réapproprie le même cadre, s’épanchant même forcément d’un ou deux plans hommage, mais ne peut plus alerter le spectateur sur ce qu’il va se passer dans un avenir proche, devant se contenter de conter ce qu’il s’est déjà passé. Sauf que le traitement historique est caduc, transporté dans l’Allemagne de l’après Seconde Guerre Mondiale, et avec une reconstitution historique ne s’offusquant pas de quelques anachronismes, comme pour souligner que ce mal là est encore et toujours présent. Même dans un pays qui tente de se reconstruire (le mur de Berlin était encore d’actualité) et de dépasser ses vieux démons réactionnaires (d’où aussi l’omniprésence du regard porté sur l’homosexualité du protagoniste). Rien n’est net, rien n’est clair, tout n’est qu’ambiguïté dans un métrage qui montre bien comment les proches, les voisins, la police et finalement toute la population allemande accepte consciemment de fermer les yeux sur les horreurs qui sont en train de se jouer à quelques rues de là.
Gouttes de sang sur pierres brulantes
Véritable prédateur quettant les jeunes hommes tout autant que les petits garçon, Fritz les attire dans son antre, les viole, les assassine, mais aussi les garde quelques temps à ses côtés avant de les découper, les manger en partie et revendre ou offrir généreusement les restes alentours. Une Allemagne du marché noir, de la faim, de la survie où on ne regarde même plus d’où la viande peut provenir. D’autant plus glaçant que le film, imaginé au départ par Rainer Werner Fassbinder pour simplement profiter de quelques subventions non utilisées puis finalement confié à son fidèle collaborateur Ulli Lommel, ne va jamais choisir les chemins les plus aisés. Du cinéma de genre il retient purement une superbe photographie rejouant les enjeux de l’expressionnisme allemand par ses compositions et ses éclairages (avec des hommages évidents à Nosferatu), mais il la croise avec un réalisme froid, distant et scabreux. La lenteur constante du film, son absence de saillies horrifiques nettes et sa crudité frontale, lui donne une atmosphère austère et déliquescente constamment dérangeante et ambivalente. Rien n’est fait pour mettre le spectateur dans une position confortable, lui qui assiste à un fait divers sordide et graveleux sans qu’aucun jugement moral ne soit apporté comme bouée de sauvetage. Autre réalisateur de la « famille » Fasbinder, Kurt Raab (il était assistant sur Les dieux de la peste et Le Soldat américain) incarne à la perfection ce monstre à visage humain, être pathétique et cruel, affichant tour à tour un regard d’enfant, innocent sur le mal qu’il fait, et une silhouette massive aux faux-airs de vampire du muet, trafiquants avec la Légion étrangère, les forces de l’ordre allemand et pratiquant allègrement le vol et le recel. Trouble, flou et forcément effrayant.
Image
Carlotta reprend ici la restauration produite par Arrow Video en association avec la Rainer Werner Fassbinder Foundationen 2015. Quelques années de retard mais cela n’empêche pas le travail d’être particulièrement appréciable. Le film a manifestement été très sérieusement nettoyé et stabilisé, aboutissant à une copie 2K d’autant plus solide qu’elle préserve au mieux le grain de pellicule, les argentiques et une certaine rugosité. Les contrastes sont bien marqués et les jeux de lumière, primordiaux ici, admirablement dessinés.
Son
La version originale allemande est disposée aussi bien dans son mono d’origine, frontal, cru mais toujours clair et équilibré, et une tentative de modernisation un peu moins convaincante en DTS HD Master Audio 5.1. Les ambiances restant plutôt froides, ce sont surtout les dialogues qui s’efforcent de développer un peu de dynamisme, mais cela reste surtout essentiellement artificiel.
Interactivité
Là aussi l’éditeur français reprend une partie du matériel de son voisin britannique avec trois longues interviews retraçant la naissance du film, ses origines, son tournage express et économe et le succès inattendu à sa sortie. Le réalisateur Ulli Lommel tout d’abord se réapproprie la paternité du métrage et nous partage sa vision sans langue de bois de son camarade producteur, des thèmes du film, du cinéma allemand à renfort de quelques anecdotes sur des coulisses bousculées par des personnalités bien trempées. Le chef opérateur décortique plus volontiers ses choix esthétiques et les impératifs techniques d’une telle entreprise tandis que l’acteur Rainer Will, alors âgé de 17 ans au moment de la production, garde de très bon souvenir de l’expérience malgré justement une scène de meurtre et de nudité pas si évidente.
Liste des bonus
« Ulli Lommel, le loup tendre » : Entretien avec le réalisateur (25’), « Images de Fritz : Comment filmer un tueur en série » : Entretien avec le chef opérateur Jürgen Jürges (24’), « Morsure d’amour : La Victime de Haarmann parle » : Entretien avec Rainer Will (16’).






