LA PASSION SELON BEATRICE

France, Belgique – 2024
Support : Bluray
Genre : Documentaire
Réalisateur : Fabrice Du Welz
Acteurs : Béatrice Dalle, Abel Ferrara, Clément Roussier, Dacia Maraini, Rossana Di Rocco…
Musique : Divers
Image : 1.33 16/9
Son : Français DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 80 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 6 mai 2025
LE PITCH
Septembre 2022, Béatrice Dalle arrive en Italie. À l’origine de ce voyage, il y a le désir de marcher sur les traces de Pier Paolo Pasolini, l’homme de sa vie. D’Est en Ouest, du Nord au Sud, elle parcourt les décors de son rêve afin qu’advienne la rencontre. Ce film relate l’histoire de sa quête…
Béatrice Reine
Fabrice du Welz, réalisateur belge, suit Béatrice Dale, actrice française, sur les traces de Pier Paolo Pasolini, l’un des plus grands cinéastes italiens de l’histoire. Presque un triangle amoureux, pour une ballade plus romanesque que romantique, dans des paysages au noir et blanc éclatant.
Actrice et femme à fleur de peau, révoltée, libre, insaisissable et imposante, Béatrice Dale ne joue jamais, ou presque : elle est. Une figure particulièrement attachante du cinéma français, parfois agaçante, parfois naïve, parfois dérangeante, mais définitivement cinématographique et qui est tout autant connu pour ses passions dévorantes que pour sa passionnante filmographie. Et l’une de ses plus grandes passions, elle le dit même « l’homme de sa vie », est Pier Paolo Pasolini, réalisateur de Salo ou du Decameron, dont elle adore autant les œuvres, que les écrits ou les prises de positions politiques. Elle s’embarque alors comme dans un pèlerinage sur les traces de son idole, voyageant dans l’Italie où il a tourné ses plus célèbres films, rencontre certains de ses proches, de ses collaborateurs, se lance dans une conversation à bâton rompue avec Abel Ferrara (qui a justement signé un Pasolini en 2014), entre deux visionnages du sacro-saint L’évangile selon saint Matthieu. Naturellement, le réalisateur Fabrice du Welz (Malodoror, Vinyan, Adoration…) est tout autant intéressé par son sujet à elle, que par ce cheminement qui la confronte parfois aux aspects les plus ambiguës de l’homme et qui se heurte à l’idéalisation.
Célébrations
Dale pense construire un film sur Pasolini, alors que Du Welz fait un film sur Béatrice. Si la plupart des spectateurs n’apprendront pas grand-chose, ou si peu, sur le mythe Pasolini autant que sur le mystère Béatrice, même si cette dernière n’hésite jamais à se livrer sur son enfance cabossée et célèbre encore et toujours cet esprit mystico-punk, c’est véritablement dans cette quête d’un retour au sacré, à l’illumination, que le film réussit le mieux à nous transporter : Quelques échanges autour de la poésie avec l’acteur / traducteur Clément Roussier volés par la caméra, des notes de Mozart ou de Vivaldi qui s’élèvent alors que l’actrice explore quelques ruines antiques, une rencontre inespérée avec l’ange Rossana Di Rocco et cette projection de la vie du Christ par Pasolini où son visage se transforme dans un mélange de douleur, de plénitude et d’adoration baigné de larmes intensément cinématographique. Si Du Welz assure d’une certaine improvisation, d’une construction en forme de journal de bord et d’errance, la réussite esthétique du film n’en est que plus belle, célébrant un noir et blanc structuré et granuleux rappelant autant le Addiction de Ferrara que le néo-réalisme italien (logique), tandis que l’utilisation des lumières, des décors et des gros plans sculptés ravivent une école plus ancienne encore, celle de Dreyer et d’une autre passion, celle de Jeanne d’Arc.
Comme une longue tradition, une généalogie, pour un film parenthèse qui ne cherche finalement qu’à s’émouvoir encore du monde qu’il contemple.
Image
Mélange de caméra DV et de formats pellicules, le tout brossé dans un noir et blanc ultra contrasté et ciselé, La Passion selon Béatrice est superbe au format Bluray. Le mélange de précision creusée, appuyée par un piqué extrêmement fin, et de matières sculptées et solidement maintenues est parfaitement réussi et appuie constamment l’élégance et la force des contrastes. Pas de défauts à l’horizon, que des qualités.
Son
Le film est proposé dans un DTS HD Master Audio 2.0 sobre, frontal et efficace, idéal pour les petites installations, ainsi que dans un DTS HD Master Audio 5.1 forcément plus dynamique. Pas de la dynamique de blockbuster naturellement, mais une jolie capture des ambiances naturelles (vent, bruit de foule ou échos dans un bar…) tout en maintenant la sécheresse du documentaire, et surtout quelques envolées plus mystiques qui peuvent s’avérer particulièrement enveloppantes.
Interactivité
Edition standard et plutôt simple (juste un fourreau cartonné) pour La Passion Béatrice chez Carlotta, mais avec tout de même deux suppléments d’importances. Le premier est une interview passionnante de Fabrice Du Welz qui raconte la naissance du projet (le film devait être une fiction et fut entièrement transformé après l’annulation de celui-ci), sa passion pour l’œuvre de Pasolini, le dispositif de tournage et les nombreuses improvisations et incertitudes qui l’ont accompagné et surtout sa fascination, compréhensible, pour Béatrice Dale. Le second item reprend l’intégralité du premier podcast d’Obsession que Fabrice du Welz avaient enregistré en 2022 pour Carlotta Films et qui bien entendu traitait de Pier Paolo Pasoloni et de son cinéma en compagnie du camarade cinéphile Fathi Beddiar… et de Béatrice Dalle. Beaucoup d’enthousiasme encore une fois, pour un portrait assez complet, mélange d’analyses, d’anecdotes et de considérations personnelles qui se suit avec beaucoup de plaisir.
Liste des bonus
« Dévotion » : Entretien avec Fabrice du Welz (26’), « Obsession, le podcast : Pasolini » : Podcast de Carlotta Films avec Fabrice du Welz, Fathi Beddiar, historien du cinéma, et Béatrice Dalle (83’), Bande-annonce (2’).






