LA NEUVIÈME CONFIGURATION

The Ninth Configuration – Etats-Unis – 1980
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : William Peter Blatty
Acteurs : Stacy Keach, Scott Wilson, Jason Miller, Ed Flanders, Neville Brand, George DiCenzo, Moses Gunn, Robert Loggia, Joe Spinell, Tom Atkins, Richard Lynch…
Musique : Barry De Vorzon
Image : 2.39 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 118 minutes
Editeur : Intersections Films
Date de sortie : 1 février 2026
LE PITCH
Le colonel Kane est envoyé en mission dans un château abritant un hôpital psychiatrique militaire afin de déterminer si les patients, tous de hauts gradés, simulent leur condition ou sont atteints d’un mal inconnu. Lui-même en proie à un doute profond et à d’affreux cauchemars, il décide d’approcher la vérité intérieure de chaque homme par de nouvelles méthodes.
La prophétie de Reagan
Redécouvert tardivement par chez nous, et pour cause, la première réalisation de William Peter Blatty, auteur inoubliable de L’Exorciste, est effectivement un objet difficilement identifiable. Une curiosité certainement, à l’étrange drôlerie, à l’inquiétante profondeur, au dérangement constant mais où affleure une réflexion personnelle et profonde sur le vacillement de la raison et la naissance du mal.
Vendu par la Warner comme un film d’horreur dans la lignée de L’exorciste, La Neuvième configuration imaginé par le même auteur William Peter Blatty n’est cependant pas une œuvre aussi facilement identifiable et classable. Devant l’objet fini, le studio n’hésita pas lui faire subir quelques coupes, puis à mettre en avant que les rares images les plus fantastiques le tout sous une affiche façon Orange Mécanique. Difficile de faire une rencontre sereine avec son public dans ces conditions-là, le réalisateur réussit heureusement à faire retirer le film des écrans pour le ressortir quelques mois plus tard dans un nouveau montage et sous le titre Twinkle, Twinkle, ‘Killer’ Krane dans une version plus longue. Prix du scénario au Golden Globe, et pourtant il faudra attendre le travail des ressorties en vidéos et le bouche à oreille pour que ce métrage en constante réorganisation et quêtes identitaire ne trouve son public et devienne, pour certains, un petit objet de culte. Mais le fait que La Neuvième configuration est plusieurs fois changé de visage n’est pas si étonnant puisque dès le départ cette histoire connu une double naissance littéraire. En 1966 sous le titre de Twinkle, Tinkle, « Killer » Kane avec un angle presque burlesque et s’engouffrant dans les aspects les plus truculents de la folie de ses personnages, puis un peu plus de dix ans plus tard par sous la forme d’un texte nettement plus sérieux, angoissant même parfois, sous le titre The Ninth Configuration.
Shock Corridor
Deux nouvelles qui reflètent l’évolution de la carrière de leur géniteur, tout d’abord scénariste pour Blake Edwards sur des films comme Quand l’inspecteur s’emmêle ou Qu’as-tu fait à la guerre papa ? avant d’être identifié comme un maitre moderne de l’horreur suite au succès de L’Exorciste, le roman et le film de William Friedkin. Et cette dualité vient constamment nourrir l’étrangeté de la version portée à l’écran par Blatty en personne multipliant les scènes non-sensiques, illustrant avec une certaine tendresse la folie débordante des patients du château (gothique) transformé en hôpital psychiatrique, mais avec une forme de douleur et de violence refoulée omniprésente, et une étrangeté, sombre et profonde à la Twin Peaks. Si les apparitions de Moses Gunn en superman, la traversée de l’écran par un apprenti rocket-man, les élucubrations de Robert Loggia en black face et surtout les vaines tentatives de Jason Miller (père Karas dans L’Exorciste) et Joe Spinell (Maniac) pour mettre en scène un Hamlett joué par des chiens, ne manquent jamais de piquant, ils dessinent surtout un tableau profondément chaotique, bordélique et perturbant qui offre un éclairage unique sur le véritable enjeu du film : la confrontation entre le Colonel Vincent Kane (Stacy Keach impressionnant) et Cutshaw (Scott Wilson). Le psychiatre et le patient, le militaire solide et le cosmonaute qui refusa de monter dans sa fusée, mais aussi l’homme de foi et celui qui n’en a plus, celui qui se bat et celui qui a abandonné… Ils font naitre des échanges qui vont rejoindre la vision théologique de L’Exorciste (si le mal existe alors le bien aussi) dans un jeu de bascule surprenant et une incroyable remise en question du postulat initiale par un twist redoutable.
Première réalisation de William Peter Blatty qui ne sera prolongée que par un excellent L’Exorciste III, La Neuvième configuration peut facilement se perdre dans ses postures et ses élans lourdement cryptiques, accusant parfois un rythme hésitant dans ses variations de genres et de tons, mais son optique métaphysique est aussi ambitieuse que fascinante, culminant dans quelques cauchemars allégoriques et surréalistes inoubliables dont une crucifixion sur la lune qui devint immédiatement l’image la plus symbolique du film.
Image
Différents montages du film existent, mais seul celui durant 118 minutes et reconstitué en 2016 finit par avoir l’aval de son metteur en scène. Des retouches des distributeurs, des variations optées par Blatty en personne (un couteau ou pas de couteau ?), finalement le « Director’s cut » doit forcément travailler avec des sources disparates. Un scan 2K des négatifs 35mm mais aussi quelques éléments provenant de sources plus fatiguées, granuleuses et floues. Malgré les efforts de l’étalonnage, les différences sont immanquables, mais cela souligne de la même façon le travail rigoureux effectué pour accoucher de ce master HD le reste du temps très propre, stable, aux matières harmonieuses et à la colorimétrie naturelle… Et à la différence du vieux DVD, le tout est au bon format 2.35.
Son
Inédit en France officiellement jusqu’en 2004, le film ne connait pas de version doublée française. Dans tous les cas, la version originale retrouve sa stéréo d’origine, disposée dans un DTS HD Master Audio qui souligne la bonne tenue des dialogues et sa dynamique soft mais présente d’origine. Sobre et efficace.
Interactivité
Intersections propose le film dans une édition en boitier scanavo full frame avec fourreau cartonné et livret. Sur le disque Bluray, l’éditeur reprend les suppléments produits par l’équipe de Severin soit une importante série d’interviews rétrospectives. Le scénariste et réalisateur relate les difficiles débuts de production et du tournage du film (avec le changement des deux acteurs principaux à quelques temps d’intervalle) et offre quelques anecdotes sur les petits plaisirs de tourner en Pologne quand Stacy Keach vient rendre hommage à ses collègues disparus (en particulier Jason Miller et Joe Spinell, déconneurs et camarades de bar). L’acteur Stephen Powers lui regrette forcément que son rôle ait été largement réduit mais garde tout de même un excellent souvenir du tournage. On retrouve aussi Barry de Vorzon, le compositeur et aussi ami de longue date de Blatty, qui révèle quelques clefs sur ses inspirations pour la musique du film. La dernière intervention est collective avec William Malley et Dennis Washington qui évoquent les coulisses de la production, les trouvailles matérielles et une image d’ouverture, spectaculaire, qui fut imaginé à la dernière minute. L’édition propose aussi un commentaire audio assez complet de William Peter Blatty, entre souvenirs, petites questions techniques et réflexions plus philosophiques, le tout avec sous-titres. Les scènes coupées, très abimées et brouillées, sont elles aussi très intéressantes puisqu’elles montrent la volonté initiale de l’auteur d’ajouter quelques moments étranges et comiques supplémentaires, où ses hésitations autour de la symbolique du suicide.
De son coté Intersections s’est tout de même fendu d’un suppléments maison. En l’occurrence une rencontre avec Fleur Hopkins-Loféron auteur de Génération Body Horror et Mercredi Addams : Icône gothique, qui aborde le métrage en premier lieu par ses liens avec les deux versions littéraires préexistantes. Elle souligne les variations, les différentes manières d’aborder les thèmes du récit et un entrelacement de scènes et de personnages qui finissent par éclairer la rencontre entre les deux personnages principaux.
Liste des bonus
Un livret (32 pages), Commentaire audio de William Peter Blatty (VOST), Fleur Hopkins-Loféron à propos de « La Neuvième configuration » (38’), « The Writer, Producer, Director » : William Peter Blatty (17’), « Confessions of Kane » : Stacy Keach (15’), « The Debrief of Sgt. Christian » : Stephen Powers (8’), « Designing the Configuration » : William Malley, accessoiriste et J. Dennis Washington, chef décorateur (12’), « Killer On My Mind » : Barry de Vorzon (9’), 8 scènes coupées (21’), Bande-annonce (2’).







