LA MORT AUX TROUSSES

North by Northwest – Etats-Unis – 1959
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Alfred Hitchcock
Acteurs : Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Leo G. Carroll, Josephine Hutchinson, Martin Landau…
Musique : Bernard Herrmann
Image : 1.78 16/9
Son : Dolby Atmos et DTS HD Master Audio 2.0 mono Anglais, Dolby Audio 1.0 Français, Allemand, Italien…
Sous-titres : Français, Néerlandais, Coréen, Allemand…
Durée : 136 minutes
Éditeur : Warner Bros. Entertainment France
Date de sortie : 20 novembre 2024
LE PITCH
Le publiciste Roger Tornhill se retrouve par erreur dans la peau d’un espion. Pris entre une mystérieuse organisation qui cherche à le supprimer et la police qui le poursuit, Tornhill est dans une situation bien inconfortable. Il fuit à travers les Etats-Unis et part à la recherche d’une vérité qui se révèlera très surprenante…
L’homme qui en savait trop peu
Bien encadré par Vertigo et Psychose, La Mort aux trousses peut être vu comme le film centrale de cette trilogie de la perfection hitchcockienne. Le maitre du suspens s’y laisse aller à ses facéties les plus gamines dans une trame d’espionnage conçue comme un rideau de fumé pour un grand divertissement spectaculaire.
C’est parfois dans l’échec d’un rendez-vous manqué avec le public que peuvent naitre les plus grandes œuvres. Une fois n’est pas coutumes en effet, les expérimentations psychanalytiques et pour le moins déstabilisantes de Sueurs froides, certainement trop en avance sur son temps, n’ont pas franchement attirées les foules. Le cinéaste rebondit heureusement assez aisément et propose au studio plus ou moins ce qu’il apparente à une production purement commerciale. Pas de sous-texte nébuleux, par de réflexion sur le double, le mal ou le deuil, cette Mort aux trousses est simplement un grand film d’action et de suspens, suivant avec un rythme savant les multiples mésaventures d’un publicitaire pris malgré lui pour un agent secret américain. Kidnappé dans l’hôtel où il retrouvait ses collègues, il devient l’enjeu d’une guerre froide plus tendues et brouillée que jamais, faite d’agents doubles, triples, et même de certains qui n’existerait pas vraiment. Sorti d’une retraite temporaire, Cary Grant s’inquiéta tout du long du tournage, ne comprenant jamais où en étaient les enjeux, qui était qui et pourquoi. Devant le résultat final, il s’inclinera publiquement devant Alfred Hitchcock. Il s’agit là en effet de l’un de ses plus grands rôles, l’acteur étant absolument parfait dans le rôle de ce pur new-yorkais balloté d’un coin à l’autre du pays, constamment menacé de mort, utilisé par un camp et puis l’autre, mais semblant toujours s’en amuser, le prendre avec une distance flegmatique. Sa décontraction et son charme naturel font le reste.
D’est en ouest
Il s’agit là aussi de l’un des plus grands films qui soit, le metteur en scène dépassant rapidement son scénario canevas pour enchainer à un rythme incroyable les scènes d’anthologie. Chaque grands segments du film pourraient d’ailleurs même être vus comme des courts métrage aux genres et aux tonalité variées, alternant une poursuite mortelle en voiture, passablement éméchée, avec un hilarant duo comique avec la mère de ce Mr Thornill (Jessie Royce Landis) dans la maison du vilain de l’histoire (joué par un James Mason mielleux à souhait), passant à une longue traque qui mène jusqu’au Nation Unis pour un assassinat d’envergure, avant d’embrayer par une grande scène romantique en train où les dialogues ambigus abondent, avec de revenir à une pure énergie de film d’action. Hitchcock expérimente dans le rythme et la construction, mais certainement pas dans sa mise en scène, son montage et son incroyable cohésion avec l’une des plus importantes bandes originales de Bernard Hermann, assurant à chaque fois une rigueur et une précision incroyable sans jamais délester le spectacle de sa légèreté apparente. Tout ici est une leçon de cinéma, de l’utilisation fracassante du format 1.78 tout en hauteur, jusqu’à l’intégration impérieuse de peintures sur verre, les jeux des perspectives et les rapports de forces dans les plans. La grande poursuite finale sur la façade du mont Rushmore contrastant très volontairement avec la visite quelques minutes plus tôt de la demeure ultra moderne du traitre à la nation, reste encore et toujours dans les annales pour sa tension haletante, mais c’est bien entendu la poursuite dans les champs de maïs par un avion épandeur, et surtout la longue attente qui précède, qui n’a depuis jamais cessé d’être analysée et décortiquée. L’équivalent en termes de découpage et de minutie de la scène de la douche de Psychose.
La Mort aux trousses est toujours un objet aussi fascinant, et divertissant, grand moment de cinéma qui réussit à marier élégamment la finesse de l’artiste et le spectacle populaire en diable. Au passage, un certain James Bond contre Dr. No qui sortira à peine deux ans plus tard lui doit beaucoup, si ce n’est à peu près tout.
Image
Sommet de la filmographie de Hitchcock, La Mort aux trousses se dote ici d’une nouvelle restauration, bien plus poussée et éprouvée que celle des anciens Bluray. Proposée dans une 4K éclatante, la copie relève aisément tous les défis, à commencer par le retour, enfin, du véritable format du film (1.85 et non 1.78) et un nettoyage aussi pointu que délicat du moindre photogramme. Intenses et profonds comme jamais, les cadres sont sculptés par un piqué inédit, particulièrement acéré et constamment relevé par une gestion admirable des textures et du grain de pellicule. Excepté quelques rares plans composites, légers fondus ou gros plans plus vaporeux, tout est simplement parfait, avec comme point culminant une photographie plus naturelle et chaleureuse que les dernières prestations Home Vidéo, constamment supporté avec élégance par un traitement HDR soulignant les contrastes et subtiles saturations. Splendide.
Son
Les monos d’origines sont toujours disponibles dans cette édition avec un solide DTS HD Master Audio 2.0 pour la version originale et un plus daté Dolby Digital pour le doublage français, déjà disponible auparavant. On aurait pu émettre dans l’idée quelques doutes sur un Dolby Atmos sur un tel classique 59 et pourtant la proposition est aussi respectueuse des premières intentions que convaincantes dans la plupart des grandes scènes du film. Quelques effets sonores dynamisent la spatialisation, d’autres repoussent la gestion de l’espace et les ambiances (scènes de rue, confrontation dans le restaurant…) avec autant de conviction que d’efficacité.
Interactivité
Warner Bros propose La Mort aux trousses dans un très beau coffret, imposant, avec un boitier carton solide comprenant quelques goodies attendus comme un marque-page reproduisant les affiches du film, des cartes postales, une reproduction A3 de l’affiche et un livret de production doté d’une belle iconographie. Ce dernier comprend aussi le steelbook du film et ses deux disques, UHD et Bluray.
Ils proposent tous deux les mêmes bonus avec une importante reprise du matériel disposé autrefois dans l’édition 50eme anniversaire dont un excellent making of rétrospectif retraçant les origines du film, la production et la sortie tout en scrutant le style et les particularité du film, un imposant sujet sur l’ensemble de la carrière du cinéaste et son fameux sens du suspens avec l’intervention de nombreux spécialistes et réalisateurs (Carpenter, Friedkin…) et un retour sur l’héritage de La Mort aux trousses avec Guillermo Del Toro, Curtis Hanson, Francis Lawrence, Christopher McQuarrie et Friedkin à nouveau. Coté archive, on savoure toujours autant l’excellente bande annonce spéciale concoctée par le maitre en personne. Très dommage cependant de ne pas retrouver la bande sonore en piste séparée ou le documentaire sur monsieur Cary Grant.
L’éditeur propose aussi un supplément inédit « La Mort aux trousses : Cinématographie, musique et l’art du montage » qui pour le coup revisite le film par le biais de la collaboration du cinéaste avec ses camarades Robert Burks (directeur de la photographie), Bernard Hermann et George Tomasini (monteur), soulignant l’apport de chacun et la cohésion de leur style avec celui de Hitchcock.
Liste des bonus
1 livret sur le film (44 pages, français), 1 marque-page recto/verso (8,4 x 16,8 cm), 1 poster recto/verso format A3, 8 cartes collector, Commentaire audio de Ernest Lehman (VO), « La Mort aux trousses : Cinématographie, musique et l’art du montage » (23’), « Destination Hitchcock : Les Coulisses de La Mort aux trousses » : making of rétrospectif (39’), « La Touche du Maître : Le Style signature de Hitchcock » (57’), « La Mort aux trousses : Un film intemporel » : Interviews de cinéastes (25’), Visite guidée avec Alfred Hitchcock (3’), Bande-Annonce.







