LA MANIÈRE FORTE

The Hard Way – Etats-Unis – 1991
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier, Action, Comédie
Réalisateur : John Badham
Acteurs : Michael J. Fox, James Wood, Stephen Lang, Annabella Sciorra, Luis Guzman, Christina Ricci, LL Cool J…
Musique : Arthur B. Rubinstein
Durée : 111 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-Titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 07 avril 2021
LE PITCH
L’acteur hollywoodien Nick Lang rêve de jouer le rôle d’un policier cynique et coriace. Afin de s’y préparer, il décide de passer du temps avec un vrai flic. Pendant quelques semaines, il va arpenter les rues de New York, aux côtés de l’inspecteur John Moss.
L’art et la manière
Dans la foulée du fendard Comme un oiseau sur la branche, John Badham embraye avec un autre buddy movie particulièrement populaire : La Manière Forte. Et cette fois-ci c’est à James Wood et Michael J. Fox de faire des étincelles dans un jeu de duettistes savoureux sur fond de polar nerveux.
Genre particulièrement plébiscité au cœur des fructueuses années 80, suite au succès de 48h et L’Arme Fatale, le buddy movie a largement nourrit les soirées pop-corn du public américain, séduit forcément par ce mélange d’action débridé et de comédie à l’ancienne, reposant essentiellement sur l’opposition de nature entre les deux personnages principaux. Un aspect qui avait déjà bien teinter la réussite de Comme un oiseau sur la branche, assez logiquement interprété par Mel Gibson, et que poursuit plus encore La Manière forte, s’engouffrant pour le coup plus ouvertement dans les traces laissées par la série des Armes fatales ou Le Flic de Beverly Hills 2, en retrouvant justement les contours beaucoup plus dessinés du polar US, du film d’action urbain. Avec sa veste cuir, sa nervosité constante, sa faculté à frapper avant de discuter, le détective John Moss, interprété par James Wood, a tous les tics du héros hard boiled, froid et vénère aux faux airs de Clint Eastwood. L’esprit de New York en somme, celui qui n’a pas encore été karchérisé par Giuliani, auquel le film va opposer l’esprit décontracté et poseur de Los Angeles sous les traits de la star Nick Lang (Michael J. Fox) venu observer sur le terrain la dure réalité des flics. L’un déteste le monde de l’autre et s’horripile devant la légèreté de son boulet, le second le suit avec une admiration et une naïveté désespérante, mais bien entendu au cours de l’enquête les deux bougres vont se rapprocher, s’entraider et s’allier.
The Easy Way
Classique, efficace, pas si loin finalement dans son illustration d’un choc générationnel du La Relève de Clint Eastwood sorti à peine un an plus tôt, La Manière forte fonctionne immédiatement grâce à la dynamique parfaite mise en place par les deux acteurs qui savent ici s’amuser justement de leurs rôles habituels, tout en s’envoyant la balle avec une camaraderie non feinte. Voir J. Fox tentant d’expliquer à un James Wood éberlué comment s’ouvrir aux femmes, où le même passer son temps à singer les postures outrées du vieux briscard, donnent de vrais moments de comédie particulièrement réussis. Et comme il est question d’une icône hollywoodienne qui tente de s’échapper de son image d’éternel héros juvénile, autant s’en donner à cœur joie dans les clins œil au petit monde du cinéma, aux derniers divertissements à succès et plus directement à la place particulière d’un Michael J. Fox tout juste sorti de Retour vers le futur 3. Une mise en abîme aussi ironique que touchante, que le réalisateur John Badham manie avec brio jusqu’à mêler les deux fictions dans un même générique de fin. Artisan d’un certain divertissement américain, le cinéaste fait preuve une fois encore d’une maîtrise totale du genre, ne lâchant jamais l’arrière-plan policier et sa petite noirceur esthétique, et surtout calibrant avec précision sa petite mécanique pour offrir un divertissement ultra rythmé et sans aucune baisse de régime. Les scènes d’actions sont aussi énergiques qu’attendu jusqu’à un final aussi déjanté que celui de Comme un oiseau sur la branche, mais aussi plus « crédible » et percutant : un affrontement rocambolesque sur une figure publicitaire gigantesques à l’effigie de Nick Lang surplombant un Time Square bondé. That’s Fucking Entertainment !
Image
La Manière forte est un titre du catalogue Universal et il fait malheureusement partie de cette liste que le Studio a préféré laisser à la réserve, le mettant à la disposition d’éditeurs tiers plus courageux. Comme souvent dans ce cas-là, le studio a fait le minimum requis pour la remasterisation, laissant de côté la restauration réelle au profit d’un travail entièrement numérique à partir d’une copie déjà existante. Une méthode un peu lourde s’efforçant d’upgrader le matériau en creusant la définition, en réduisant le grain, en boostant les noirs, tout cela de manière des plus artificielles. Et cela se ressent fortement, même si effectivement les cadres sont propres et que la copie reste tout à fait regardable.
Son
Pas de modifications outrancières ici, les deux pistes stéréo d’origines sont retranscrites au mieux dans des DTS HD Master Audio clairs et propres. Si le doublage hexagonal a effectivement un certain charme, on lui préférera comme toujours la VO beaucoup plus franche et énergique.
Interactivité
Seul bonus de l’édition américaine, le commentaire audio réunissant le réalisateur, son producteur Rob Cohen et un journaliste américain, Daniel Kremer, a été repris et sous-titré par Rimini. Bonne nouvelle, surtout que ce dernier offre, sur un ton très collégial et décontracté, une multitude de petites informations sur les origines du film, le tournages, les acteurs… avec une bonne quantité d’anecdotes croustillantes et souriantes. Même si, Covid oblige, les participants semblent loin les uns des autres, cachés derrière leurs téléphones, le moment est bien agréable.
A cela notre éditeur français a choisi d’ajouter une interview de la journaliste Rania Greffete qui forcément évoque son attachement au film, mais brasse plutôt le petit historique et les particularités du buddy movie et du divertissement américain des années 80/90.
Liste des bonus
Commentaire audio du réalisateur John Badham, Rob Cohen et Daniel Kremer, “Une ode au Buddy Movie ?” par Rania Greffete (30’).