LA MALEDICTION : L’ORIGINE

The First Omen – Etats-Unis – 2024
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Arkasha Stevenson
Acteurs : Nell Tiger Free, Ralph Ineson, Sonia Braga, Tawfeek Barhom, Maria Caballero, Charles Dance, Bill Nighy…
Musique : Mark Korven
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 7.1 anglais, Dolby Digital Plus 7.1 français et allemand…
Sous-titres : Français, anglais, allemand, danois…
Durée : 119 minutes
Éditeur : 20th Century Studio
Date de sortie : 14 août 2024
LE PITCH
Après avoir été envoyée à Rome pour entrer au service de l’Église, une jeune Américaine se retrouve bientôt confrontée à des forces obscures qui l’amènent à remettre en question sa propre foi et à lever le voile sur une terrifiante conspiration qui entend donner naissance à l’incarnation du Mal.
9 mois plus tôt…
Le mal ne meurt jamais… La Malédiction non plus manifestement. Une franchise entamée en 1976 par une Fox qui courrait après le succès du révolutionnaire L’Exorciste de la Warner, et signé par un Richard Donner talentueux et bien plus classique dans ses formes. Deux suites pas inintéressantes, un téléfilm, une série vite oubliée et un remake sans saveur plus loin, il ne manquait plus effectivement que la prequelle tardive.
Le risque étant alors de tomber dans la proposition naphtaline, multipliant les clins d’œil à l’original, passant son temps à évoquer des évènements à venir, singeant les plans et les morts les plus spectaculaires. Si effectivement les dernières minutes ne peuvent s’empêcher de faire le lien avec les prémisses de La Malédiction (c’est une prequelle tout de même), elles le font finalement avec une certaine modestie et une relative discrétion. C’est que comme le montre la scène d’ouverture, détournant justement un effet bien connu du classique, la jeune réalisatrice Arkasha Stevenson (appréciée sur les séries très typées Channel Zero, Legion, Briarpatch et Brand New Cherry Flavor) quête plus la modernité que l’hommage. Un peu à l’image en effet de cet Immaculé, sortie chez nous une petite poignée de semaines plus tôt, avec lequel le film partage des ressemblances plus que troublantes, mais qui démontre surtout d’une démarche équivalente dans une inspiration « nunsploitation » qui vrillerait vers une réflexion en écho avec la monté inquiétantes de la droite fondamentaliste aux USA et les attaques répétées sur le droit à l’avortement. A la différence du film de Donner, The First Omen est donc bien un film anticlérical, l’église se résumant à une secte d’illuminés voulant réveiller l’antichrist pour raviver la flamme de la foi dans la peur, trouvant un cadre idéal dans cette Italie des 70’s secouée par le mélange d’agitation culturelle et d’affrontements urbains.
Neufs cercles plus tôt…
Le décor et le cadre ne sont jamais sanctifiés, transformés en musée figé, mais réinvestis pour conter le récit d’une émancipation dans la douleur d’une jeune sœur prétendante au voile, jouée par la convaincante Nell Tiger Free (The Servant), comme une littérale descente aux enfers. En ligne de mire, le droit à disposer de son corps, l’affirmation de sa féminité et l’opposition au fondamentalisme. Pourtant, The First Omen ne joue jamais la carte de la leçon de morale, et préserve très efficacement ses attributs de film d’horreur au cadre classique. Avec une mise en scène très esthétisante, et souvent particulièrement inspirée dans la confection de tableaux aux couleurs et aux compositions très renaissance italienne, Arkasha Stevenson de dévie pas des habituelles apparitions cauchemardesques de nonnes ricanantes, d’ombres se transformant en monstres, de visions paranoïaques et infernales, mais les abordent toujours avec une appréciable efficacité. Surtout, en particulier pour une production mainstream et une franchise comme celle de La Malédiction, elle montre régulièrement une audace inédite autant dans les surgissements très lovecraftiens (voir nippons) du démon, que dans deux scènes d’accouchements (par voie basse et par péridurale) qui attardent leur regard là où la plupart préfèrent d’habitude le détourner. Culotté et totalement en adéquation avec les ambitions « politique » du métrage.
Un nouvel opus qui fait tout à fait honneur à la série qu’il aborde, voir même qui lui donne un sacré coup de fouet. Belle surprise non ?
Image
Privé de sortie 4K à peu près partout, The First Omen n’est donc disponible que sur format Bluray. Un peu dommage pour une source 4K DI et pour un travail aussi remarquable sur les couleurs, les lumières et zones sombres. Le disque s’en sort cependant assez bien avec une définition très solide et des teintes joliment contrastées, mais avec quelques petites réserves sur des séquences très sombres qui ont tendance à légèrement baver. Pour le reste piqué, profondeur, petit grain numérique et matières organiques se mêlent parfaitement.
Son
Là encore, quel dommage de ne pas pouvoir profiter d’une piste Dolby Atmos tant la version originale en DTS HD Master Audio 7.1 se montre déjà particulièrement dynamique et enveloppante. Les voix et murmures sont omniprésents et semblent sortir de toutes part, la musique se dote d’une belle solennité et les voix sont toujours claires et restituées avec beaucoup de naturel. Juste en dessous, mais absolument pas honteux, le doublage français en Dolby Digital Plus 7 s’en sort très bien lui aussi.
Interactivité
Bien timide, la section bonus propose en effet trois segments tournant autour de l’apport de la réalisatrice, la construction des personnages, les décors et plus généralement la reconstituions historique, mais tout cela semble un peu expédié, succinct et surtout surproduit. Quelques interventions et propos intéressants, souvent de la part de Arkasha Stevenson, quelques images du tournage et des coulisses mais un véritable making of aurait été bienvenu tout comme un documentaire rétrospectif sur la franchise… Tiens d’ailleurs les Bluray de La Malédiction 2 et 3 c’est pour quand en France ???
Liste des bonus
La vision de la réalisatrice (4’), Le Mystère de Margaret (6’), Les Signes de La Malédiction : L’origine (9’).